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Doris

Laura Pagano


Last Updated: 7/2/2009

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Saturday, February 23, 2008 
Chapitre 2 : Les matins de pluie

Il pleut.

Mais la pluie ne tombe pas sur moi, oui même elle, elle m'évite, elle me fuit comme la peste, c'est un peu vexant mais pratique, mon brushing survivra un jour de plus.

Depuis janvier 2004, je ne vis plus, je survis, j'attend, sans savoir exactement quoi. Mon c--ur s'est arrêté ce matin la, depuis bien sur il s'est remis à battre, oui je crois que je devais vivre. Je devais connaître encore d'autres douleurs. Alors quelqu'un ou quelque chose a du se dire : « Non, toi t'as pas fini t'as des choses à faire» Oui ou des choses à ramasser dans la gueule, d'autres coups à encaisser, d'autres blessures à désinfecter, à éponger. Mais mon myocarde a ralenti très largement, c'est le Dr C. qui me l'a confirmée « Vous avez le c--ur d'une personne âgée mademoiselle ». Quoi extra systole ? Bref.

Donc je ne suis pas morte ce matin là, ce matin de pluie, comme celui d'aujourd'hui, où mon frère est entré dans ma chambre en pleurant dans les bras de mon père, deux choses croyez moi assez inattendu. Puis s'en sont suivi de longues heures ou sans avoir bu, je me sentais déchiré comme à la pire des fiestas étudiantes. Je marchais et parlais sans le décider, je le faisais car il fallait bien le faire, mais ce n'était pas moi. C'était une ombre, un spectre qui me guidait car moi au fond, j'en étais incapable, je ne pouvais même plus respirer à certains moments. Mon c--ur en verre avait explosé dans ma poitrine propageant les milliers d'éclats dans mon corps meurtri et affaibli.

J'étais à ce moment là un morceau de chair uniquement, mon âme était décédée elle aussi, ce matin avec mon grand père. Le matin où il s'est véritablement endormi. Assise sur un banc, 2h après l'entrée, pour le moins fracassante, de mon frère et mon père dans ma chambre. Je regardais l'église St François, le regard perplexe et humide, désormais je ne contrôlais même plus les larmes qui s'échappaient de mes yeux. Sans s'arrêtées, elles ont déversé leur sel sur mes joues, mes mains, mes pieds, pendant un très long moment. Sans bruit, je regardais ce bâtiment, cette architecture, que j'avais toujours trouvé belle, ce matin la j'avais envie de lui craché dessus, de lui vomir ma douleur, de m'ouvrir les veines sur l'autel et d'hurler « Tiens ton sang du christ, vas y bois, prend le ! Plus rien n'a d'importance, je te haïrais jusqu'à ce que je crève ».

Mais j'ai survécu. Je ne sais toujours pas comment, survivre est bien plus difficile que vivre tout court. Ce matin là, plus quelque suivants, j'ai tenté de mourir une dizaine de fois. J'y ai pensée très sérieusement et sinistrement. Une voiture passait, je voulais m'y jetée dessous, une fenêtre ouverte, je voulais m'y balancer, un couteau sur une table je voulais me poignarder, me découper, me trancher, m'égorger. Progressivement la haine que j'éprouvais envers Dieu et ses acolytes d'alcooliques, s'est dirigée vers moi-même.
J'ai imaginé différentes morts, toutes sinistres et répugnantes. Puis je m'en voulais d'avoir pensée à ça quand ma mère avait tant besoin de moi, donc j'imaginais d'autres morts encore plus dégueulasses pour le fait d'avoir penser de telles choses. Un cercle vicieux, qui a ralenti sa cadence avec les mois, et le beau temps qui revenait. Ainsi chaque matin où il pleut, où le ciel est gris et le vent glacé, je revis cette journée, des envies morbides revienne, la haine se propage dans mes pensées, le vomi se rapproche de ma glotte, mes yeux brûlent de fureur et de désespoir.

Mais pour ne faire fuir personne, les jours de pluie où mon caractère devient insupportable, je dis que je suis une fille du sud, c'est quand même moins flippant, que je n'aime pas le froid et la pluie et que, en Italie, il ne pleut jamais. C'est totalement faux mais ça me fait rire, ces gens aux regards béat se disant « Cette fille est dérangé ». Oui mais, mon chauvinisme n'a jamais tué personne au contraire, il fait même revivre mon grand père. Il redonne sa véritable couleur à ses yeux bleus, sa voie résonne à nouveau dans ma tête, sa musique, sa grandeur d'âme, son sourire, sa démarche, ses pommes, son hoquet, son rire, son accordéon, sa voiture, son odeur, et ses yeux, ses yeux…

Ce regard si intense et vrai. Il aurait mérité un deuil national. Pour ma part je ne l'ai pas fait, le deuil, puisque je crois qu'il n'est pas mort. Son décès croyez le ou non à bouleverser ma vie, je possède toujours les séquelles de son brusque départ. Je les possèderai toujours, jusqu'à la fin de ma vie.

Jusqu'à la fin de ma vie, je serait condamner à revivre cette journée, les matins de pluies.


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