Chapitre 22 : Sel
On ne voit presque plus ses yeux derrière sa frange, un petit sourire timide, elle marche sur du velours. Elle parle avec discrétion, chacun de ses mots sont pesés. Ils viennent d'un dictionnaire qu'elle à elle-même écrit. La douceur a posé ses pénates en son être. Sourires interdits à un garçon pommé, elle vit à travers ses yeux, maintenant elle a l'air sure.
Pourtant avant, il en allait tout autrement.
J'aurais aimé lui dire. Lui dire que, j'étais comme elle, je pensais que la seule façon d'avoir leur respect, était d'être à leurs genoux et sentir leur mains dans mes cheveux me faisant comprendre qu'il fallait accélérer. Pourtant le lendemain, pas plus de respect. Pas tant que, mon estomac n'avait ingurgité de la vodka.
Ils ne comprennent pas, mais est ce vraiment notre rôle de leur expliquer ?
J'aurais du savoir ceci, il a fallu que je tombe. Que je réalise que personne ne m'aiderait à me relever, si ce n'est moi-même. Et il a fallu que je connaisse tout ça. Si seulement je pouvais lui épargner, à elle, car les erreurs coûtent cher, et qu'un beau jour, il faut passer à la caisse.
Mais d'un autre côté, si je ne m'étais pas croûté les genoux aurais-je aujourd'hui conscience, du prix d'êtres soi-même ? De ne pas faire les choses par obligation ou déférence, mais par envie et besoin ? De simplement rester libre et intègre?
Faut-il vraiment passer par là ? Par ses soirées beaucoup trop arrosé ? Ce champagne dégoulinant sur les collants ? Ses odeurs moites de corps entrelacés sans amours ? Ce dégoût le matin, face au miroir, le mascara qui coule, les yeux gonflés, des bleus au bras ?
On se ressemble tellement, sauf que, moi j'ai su tout ce qu'elle sait à 20 ans.
Tu as de la chance, car tu connais le remède à tes maux, et toi tu n'as que 15 ans. 5 ans d'avance croit moi, t'éviteront bien des taches sur le visage et le myocarde. Tu connais ce remède, c'est celui-ci : Ces lettres qui s'échappent sous nos doigts et forment des mots, qui forment des phrases, des paragraphes, des chapitres entiers de notre vie. Chacune de ces syllabes nous libéreront. Foutre à ceux qui pensent que c'est Dieu qui fera tout ça ! Tes petites mains, frêles et délicates ont ce pouvoir-là.
Moi un modèle ? Personne hormis toi-même n'est plus apte à te guider. Pense toi seule, bats toi seule, n'attends pas des autres, car un jour, c'est eux qui te caresseront les cheveux…
Ne fait pas ça petit étoile, j'ai fait assez d'erreurs pour toi et moi, évite les, il n'est pas trop tard. Car un matin, tu réaliseras que toutes les lingettes démaquillantes du monde ne viendront pas à bout du sel qui trempe tes joues.