Voici le texte que m'a inspiré un dimanche passé à Pau, à admirer les concurrents de la Coupe du Monde de canoë-kayak slalom.
LA PAGAIE DE JADE
Il ne lui manquait plus que ce détail, mais en journalisme c'était un fameux détail; comme Paris sans sa Tour Eiffel ou la Bigorre sans son Pic du Midi.
Un titre, voilà ce qu'il cherchait; un titre pour son article.
L'article d'ailleurs, il l'avait écrit comme dans un rêve.
« Surement que Mao avait prévu pour sa jeunesse une marche des pionniers; mais aujourd'hui ce fut aux pionnières de montrer la voie. Lachées dans le difficile bassin de Pau, nos jeunes femmes ont eu à dompter un Gave piégeux.
Le gave, un nom qui signifie torrent dans certaines vallées pyrénéennes et qui a rappelé l'origine du canoë-kayak slalom à tous, à savoir la descente de rivière tourmentée entre des portes. Mais Dieu que cette rivière artificielle a posé des problèmes aux concurrents de la manche de Coupe du Monde de canoë-kayak en ce week-end ultra ensoleillé de fin juin, à Pau.
A Bizanos plus exactement; car ici on est fier de son clocher. Pour exemple, les frères Luquet et Boris Neveu sont de Bagnères de Bigorre, tous trois « fils » de l'Adour et de nos champions olympiques Adisson et Forgues; alors que Tony Estanguet est palois, « fils » du gave de Pau qui baigne les pieds du château et champion olympique lui aussi.
Dans ces montagnes de Pyrène, sont venus en voisin les espagnols où eaux vives se dit « aguas bravas », les eaux braves mais que je préfère traduire par l'eau des braves. Des braves et des courageuses de 38 pays différents venus s'affronter sous la canicule béarnaise.
Le vendredi a vu l'inauguration du bassin avec le début des qualifications qui devaient mener aux demi-finales et finales du dimanche.
Plus de 10 000 personnes s'étaient donc massés en ce dimanche sur les bords du bassin pour encourager la crème de la crème. Tout au long des 20 portes du parcours se sont succédés les meilleurs: français, tchèques, slovènes, espagnols et allemands. Au bilan des podiums, France et Slovénie trustent les médailles. Niveau émotion, les athlètes ont tout donné, surfant sur les rouleaux, évitant les pièges, tirant sur les pagaies, se tirant la bourre par chronomètres interposés.
Pour réussir il fallait être un peu truite sur ce parcours. Il fallait savoir lire les remous, dompter les rochers, s'en servir le cas échéant, s'arrêter net dans le courant et remonter les portes inversées vers une fraie impérative pour aussitôt, s'appuyant sur le courant se projeter vers les portes suivantes. Les meilleurs nous ont gratifié de figures dignes du surf, applaudies à tout rompre par le public palois.
Mais, ces héros, aussi bons fussent-ils ne m'ont pas autant impressionnées que ces pionnières, les premières femmes à disputer une épreuve internationale de canoë, sport jusque là réservé à la gent masculine.
J'aurais pu choisir l'australienne ou la française pour vous narrer cette première mais signe des temps, c'est une chinoise qui a gagné. Cen Nankin la bien-nommée a mis 150 secondes en finale soit 50 secondes de plus que les garçons. Mais peu importe le chrono, elle et les autres ont eu le courage d'affronter avec une seule pagaie un des plus durs bassins du monde. En effet, en canoë, la puissance physique est ultra importante pour se sortir des pièges, remous, portes en sens inverse, bouillons et fort courant. Mais Cen Nankin a été la plus forte et la plus sage.
L'Histoire retiendra son nom et qui sait si à Londres aux Jeux Olympiques de 2012, elle ne va pas pointer à l'usine à Champions qu'est devenue la Chine communiste et capitaliste. Fille des jeux de Pékin, cette jeune femme fait partie d'une équipe soudée, toute neuve sur le circuit international qui j'espère profite de la mentalité nature et un peu baba-cool du canoë-kayak pour fuir la rigidité du régime. Puisse ces compétitions ouvrir l'esprit de Cen et de sa délégation.
Qu'il est bon pour un journaliste de suivre un sport respectueux de l'environnement, non pourri par l'argent et loin du star système. Alors si vous voulez voir les braves de l'eau vive, n'attendez pas les J.O et venez nombreux au bord des rivières applaudir les athlètes et vous ressourcer, car il est des combats qui se gagnent aussi à coups de pagaie. »
La pagaie de Jade, il allait titrer son article « La Pagaie de Jade ».