Ce type avait le Sida...
... et on le montrait du doigt. ..
Ouais je sais, à peine croyable hein. Les gens je vous jure, des fois, on croit les comprendre mais on comprend que dalle. Bref, à moins que ça vous emmerde, laissez-moi vous raconter son histoire à mon pote, parce que je vous jure, des histoires comme ça, ça devrait jamais exister.
Je me rappelle, on était en 79, et avec Jim on trainait dans ce parc de paumés vers la 163ème rue. Sans déconner, y'avait tous les déchets de la ville. Drogués, traves, mecs en costard qui pétaient les plombs, enfin, vous voyez le tableau quoi. Bien sûr, j'étais l'un d'eux. Et Jim aussi. Ouais, c'est clair, c'est pas un truc dont on est super fier mais la vie est parfois une belle chienne qui vous collerait d'un peu trop près. Quand vous avez la loose, des fois, vous avez beau essayer de casser le joujou, y'a rien qui fait que. Avec Jim, on traînait donc dans ce parc minable et il le soleil se faisait déjà la malle quand il m'a annoncé la nouvelle.
« - Jim, qu'il m'a dit, tu sais quoi ? Je crois bien que je suis foutu. J'essayais de capter ce qu'il disait mais comme j'avais pris de l'héro j'étais un peu parti voyez.
- Quoi ? Qu'est-ce tu racontes, j'ai demandé d'une voix pathétique.
- J'ai dit que je suis foutu mec. Je vais y passer.
- Passer où ? Tu dois passer où ?
- Mec, j'ai été à l'hosto ce matin. Mes globules blancs se font la malle. Putain, j'étais dans les vapes complètes. Je pigeais que dalle.
- Mec, je pige que dalle, j'ai alors dit.
- Je vais crever dans pas longtemps. J'ai rien dit pendant quelques secondes. J'étais pas sûr s'il se foutait de ma bibine ou quoi.
- Tu me racontes des conneries ?
- Merde, tu fais chier à planer. J'ai le Sida.
- Tu déconnes. Y'a que les pédés qui choppent ça. T'es pédé ?
- Je suis aussi pédé que toi t'es clean. Tu piges ?
- Je pige mes fesses ouais.
- Arrête, suis sérieux. Je vais en crever dans pas longtemps ils ont dit les médicos. Y m'ont dit que c'était parce que je trainais trop avec les mecs, tu vois. Et que je couchais avec eux. J'ai dit que c'était pas vrai et j'ai tout balancé leurs résultats. En partant je me suis souvenu d'une nuit avec ce type qu'on avait croisé chez Barry. Tu te souviens, drôlement baraqué je crois. Et bon, vite fait, peut-être bien que, la dope aidant… enfin, j'sais pas. J'sais juste que j'ai cette merde en moi et qu'elle va m'enterrer.
- Mec, personne enterrera personne, c'est bien compris ? On a encore des tonnes de matches de basket – on jouait dans l'équipe de l'école, on était des cracks, sans déconner – à jouer et des tas de filles à grimper.
- Tu les grimperas tout seul. Ciao ».
Après ça, il s'est levé et a mis sa capuche sur la tête. J'crois qu'il est allé chialer dans un coin, seul, pour pas que je le vois. Merde, au début, je voulais pas y croire. Je me figurais qu'il me faisait un sale plan et tout. Puis quand je l'ai vu maigrir comme un vrai squelette, là, j'ai sérieusement commencé à flipper. Surtout qu'il se shootait de plus en plus. Je crois qu'il faisait ça pour oublier. En fait, on fait tous ça pour oublier.
Jim, c'était la star de l'équipe de basket. Juré. C'était lui le meilleur. Il marquait des paniers, putain je sais pas comment il faisait. Une fois avec les potes, on lui avait même bandé les yeux et il avait continué à marquer. Terrible je vous dis. S'il avait pas clamsé, sûr qu'il serait devenu un grand, un très grand. Enfin, y'avait la dope aussi…
Bien sûr, deux jours après, tout le monde savait qu'il avait choppé cette merde. Putain, partout où on allait d'habitude pour se fournir, les gens le regardaient d'un sale air. Ils n'osaient même plus lui serrer la main. Sans déconner. Même une tape dans le dos ça les faisait flipper. Comme on était inséparable, bien sûr, j'avais choppé le Sida aussi. Bordel, je sais pas comment vous dire, mais voir la réaction des ces crétins, j'en aurais chialé. D'ailleurs j'en ai chialé. Pas pour moi. Mais pour Jim. Parce que c'était le mec le plus super que j'ai jamais connu. Y'en avait pas un pour arriver à sa cheville. Alors quand je les voyais le traiter comme un moins que rien, j'avais envie de tous les flinguer, rien que pour leur montrer que c'était des cons, une sale bande de cons.
Une fois, y'a même eu un type qui lui a balancé une pierre sur la tronche. Jim, il sortait à peine de chez lui et il a reçu le truc en pleine poire. Bien sûr, le mec qui avait fait le coup avait mis son écharpe jusqu'au nez, et avec sa capuche sur la tête, on pouvait pas savoir qui c'était. Super courageux quoi.
Bref, sur la pierre y'avait un bout de papier accroché, et c'était écrit « va te faire sucer sale pédé ». La classe. Je crois que de lire ça Jim en a vomi. Comprenez, tous ces gens avant, ils disaient que c'étaient ses amis, et voilà il avait choppé sa merde et c'était devenu un ringard, ou pire, un trou-du-cul. D'ailleurs, cette remarque vaut aussi pour moi. On était devenu deux beaux trous duc aux yeux des autres.
Je crois que ça l'a achevé. Le coup de la pierre je veux dire. Même ses parents osaient plus lui parler. La vérité. Alors bon, comme vous savez, y'a eu une fin. Une saleté de fin. Je me rappelle on était à l'hosto quand c'est arrivé. Bon sang, vous l'auriez vu, c'était même plus un squelette, c'était pire que ça. J'arrêtais pas de me dire que je devais pas chialer ni rien, parce que ça faisait mauviette et des conneries de ce genre. Sauf que j'ai pas pu me retenir et lui non plus.
Je lui ai tenu la main et je lui ai souris. J'savais pas quoi dire, alors je souriais comme un con.
« - T'as l'air con de sourire comme ça, il m'a dit. On a rigolé et merde, rien que de rire, on voyait trop bien que ça le faisait souffrir. J'aurais tout donné pour être à sa place.
- Mec, j'ai dit. Le plus grand c'est toi.
- Ouais, c'est gentil de le croire.
- Non sérieux mec. Dehors ils sont tous laids. Et toi t'es beau.
- Ouais, je me défonce avec les infirmières tellement suis beau. Bon trêve de conneries tu veux ? Promets-moi un truc, promets--moi de gagner le championnat pour moi. Pour nous. Parce qu'on est les meilleurs, pas vrai ?
- Tu parles qu'on est les meilleurs. Les autres, c'est tous des ploucs à côté. On croirait qu'ils leur manquent une jambe quand ils courent. Et j'ai mimé les mecs qui couraient comme des nazes et on a rigolé encore un peu. Mais j'ai vite arrêté quand je me suis rappelé que ça le faisait souffrir. On s'est alors regardé et on a rien dit pendant un moment. C'était super fort et tout. On se disait dans les yeux que c'était la fin et que c'était bien comment on a déconné nous deux. Avant. Je vous jure, je pleurai grave. Je pleurai mon pote qui chialait aussi et qui se faisait la malle. Et qui le savait. Je me suis alors approché de lui et je l'ai embrassé sur la bouche. Je savais que c'était risqué et tout mais avant qu'il parte je voulais lui montrer que ses putains de globules blancs je les enculais à sec. Que c'était mon seul pote et que je l'aimais ce con. Alors j'ai fais ça, et c'était beau. Quand j'ai retiré mes lèvres il m'a sourit une dernière fois et m'a dit en rigolant :
- Pédé, va. ». Et il est mort. Dans mes bras.
Bon voilà, c'était son histoire. C'était notre histoire. Rien que de vous raconter ça j'en ai encore les larmes aux yeux. Bien sûr j'ai continué à me shooter. Mais plus chez les mêmes salopes d'avant. Des fois je les croisais dans la rue et ils me souriaient comme si rien ne s'était passé. J'avais qu'une envie, c'était de leur cracher à la gueule à ces enfoirés. Mais je continuais comme si de rien était, je les snobais et tout. Parce que merde, crever pour crever, je ferais pas ça avec n'importe qui. Des cafards y'en a partout dans la ville, c'est sûr, mais pour le coup, pour les regards qu'ils avaient jeté à la fin de Jim, je me suis dis qu'il valait mieux que j'aille voir ailleurs. Ca prendrait trop de temps à tous les tuer.
Et j'ai pas que ça à faire.
La petite fille au sexe froid
La petite fille rêvait d'une autre histoire. Un peu moins suicidée, un peu moins tâchée. De son enfance elle ne se souvenait de pas grand chose. Trop trash pour en être fière. Elle se rappelait encore l'image de son père au bout de cette ceinture, ceinture pendue au plafond. Un jeu sm on lui avait dit. Mais qui avait mal tourné. Elle avait commencé à se maquiller juste après. Parce que son père, bon dieu, elle l'aimait. Il lui offrait toujours des bonbons.
A l'enterrement, c'était en mode rimel et mascara, noir sur teint pâle. Pour oublier ça, qu'il n'était déjà plus là. Et pour faire corps avec lui, être ce beau cadavre ambulant dont on parlerait si longtemps. Parce que personne ne la comprenait, parce que personne ne voulait guérir ses plaies, elle s'était dit qu'il était temps d'en finir avec ces conneries.
Parce que quoi, la vie c'était ça ? A l'école ils ne voulaient pas, non ils ne voulaient pas d'elle. Parce qu'elle était si seule, qu'elle ne riait pas, qu'elle était différentes des autres, alors on la montrait du doigt on disait des choses sur elle, des choses pas très belles vous comprenez. Au début elle s'en fichait, et puis, elle les regardait, les amoureux, et ça faisait mal. Beaucoup trop mal. Elle se demandait pourquoi le monde était comme ça, pourquoi l'amour, son amour, n'était que masturbatoire et blasphématoire ? Pourquoi faisait-elle ça maquillée, mettant le pied nu sur le carrelage blanc de la salle de bain, plongeant habillée dans l'eau froide de la baignoire, ouvrant grand le trou béant, ses lèvres sa bouche sur le flingue de papa. Et elle pleurait, elle pleurait ses longs cheveux bruns sur ses yeux noirs de ne plus pouvoir avancer. Elle pleurait d'être condamnée. Ce monde était une folie, il fallait trouver la porte de sortie, la force d'appuyer sur la gâchette, s'éclater le putain cerveau en mille morceaux.
En fait Justine en voulait au monde entier. Oui elle devait les tuer eux. Elle s'imaginait à l'école, à l'enterrement. Elle les tuerait tous ces chiens, ceux qui crachaient maintenant sur son père, ceux qui crachait sur elle à l'école. Elle s'enfonçait dans l'eau de son bain et fermait les yeux. C'était si beau le paradis, son paradis. Elle rêvait de ce jeune homme brun qui entrait dans la pièce, qui pénétrait le bain sa solitude son interlude. Il ne dirait rien, juste un regard juste des mains sur son corps. Lui aussi habillé dans l'eau froide, il se rapprocherait d'elle, lui lécherait ses cicatrices, lui lécherait les lèvres. Pas de sexe. Non pas de suite. Juste deux ou trois caresses là ou il faudrait. Juste assez pour se sentir en vie. Et il partirait, et il reviendrait, la baiser sur les seins sur le sexe. Avec de l'amour. Beaucoup d'amour.
Après ça elle prenait l'arme et la laissait glisser où ça importait. Et elle jouissait ainsi. Comme ça ne se fait pas. Et après chaque jouissance elle pleurait plus fort, oui plus fort encore, parce que les fées viendraient la réveiller dans le noir, la sortiraient de son de amant de tout le temps.
Les gens se demandent souvent pourquoi les jeunes veulent en finir. Pourquoi un jour ils veulent tous mourir. Mais les gens ne comprennent pas l'histoire d'une souffrance adolescente. Quand grandir fait tant souffrir, quand pleurer n'est plus assez. Oui les gens ne comprennent pourquoi on se maquille au fond de soi, au fond de sa joie. Pour allez plus loin plus fort la mort. Parce que comprenez, se faire mal, se taillader, se saigner la peau s'est encore être vivant. C'est sentir l'amour du fer sur la chair.
C'est un signe d'espoir, pas un au-revoir.
Je ne vais pas vous mentir, je vais vous le dire. Justine ne voulait plus voir ça. Elle était bien allée chez le psy mais il ne l'avait tout simplement pas cru. Il lui avait dit que c'était normal qu'à son âge, qu'à cause de son père etc etc, toutes les conneries que vous pouvez imaginer en somme. Justine lui avait expliqué que la solitu..ait avant son père, c'était comme ça depuis ses 7- 8 ans… qu'elle ne savait pas pourquoi… qu'elle passait ses journées devant sa télé, à rêver d'être une star, cette star aimée d'elle et d'eux. Oui elle voulait les avoir tous à ses pieds. Ne pas crever en vain. Et puis elle s'était vite rendu compte que tout ça était perdu d'avance. Quoiqu'elle puisse faire, la mort viendrait la chercher. Elle avait parlé de tout ça, de toutes ces angoisses-là à ce psy. Mais il avait rit encore une fois.
Ce fut une fois de trop.
Elle avait toujours douté des adultes qui prenaient les ados de si haut. Il avait rit, lui avait dit de ne plus penser à ça. Son c--ur, bon sang, vous auriez vu son petit c--ur, il avait exploser en tout plein de petits morceaux partout dans son corps. Alors elle lui avait expliqué sa masturbation, avec l'arme de son père et son regard avait soudainement changé. « Fais moi voir comme tu fais » lui avait-il dit.
Et elle lui avait fait voir. Ou presque.
Car la dernière fois qu'elle eut joui, il n'était déjà plus en vie. Elle s'était levée de sa chaise et avait fermé la porte à double tour. Le psy se disait qu'il pourrait sans doute y mettre la langue. « Tout va bien se passer, avait-il continué. Montres-moi. Montre-moi comment tu fais. » avait-il continué. Et elle lui répondu qu'il pourrait faire tout ce qu'il aimerait. Puis elle sortit son arme et l'exécuta d'une seule balle.
Après ça, assise sur sa chaise, elle a commencé a relever sa jupe et à se masturber. Oh comme c'était bon les yeux fermés, l'arme chaud sur sexe froid. Elle les entendait mais ne les entendait pas. Ils voulaient forcer la porte et elle rêvait qu'elle était dans son bain, habillée les cheveux bruns mouillés. Et elle le voyait entrer, souriant et doux et il la pénétrait cette fois, il l'embrassait sur les joues sur les lèvres. Oui… oui, il lui disait « je t'aime, je t'aime, je t'aime ». Et c'était beau, et ça faisait mal, ce sang qui coulait de son sexe.
L'arme avait déchargée en même temps qu'elle. Elle souriait.
Elle n'avait jamais été aussi belle.
Pauvre petit nazi. Personne ne t'as compris.
Bon. L'autre jour je regardais la télé. Ouais je sais, je devrais pas, vu que y'a rien de plus nase la télé. Mais bon je suppose que j'ai eu un moment de faiblesse et bref j'étais allongé dans le canapé et je matais les infos. C'est là que j'ai vu qu'on arrêtait pas de passer sa photo à ce type qui vivait dans ce foutu pays où y eu deux avions qui se sont écrasés sur deux tours. Ce type, c'était un mec, pffff, vous savez quoi ? Il devait même pas avoir dix-sept piges. Sans déconner. Dix-sept piges. C'est que dalle. Je veux dire, on a peine vécu et paf on se tire une balle dans la tête. Et dans celle des autres aussi, tant qu'on y est. Parce que bon, voilà ce qu'il c'était passé. Le mec il était tellement seul qu'à à un moment donné il a pété un câble et il a pris un flingue qu'il avait acheté et il est allé dans son bahut avec. Alors bon, vous devinez la suite, le mec, ni une ni deux il a flingué tous pleins de types qui lui avaient cherché des crosses avant et il a aussi tiré dans le tas voyez. Forcément, y'a eu des tonnes et des tonnes de morts et forcément aussi la télé a pas tardé à venir sur les lieux. Juste après que le type se soit flingué et tout.
Le truc, si vous voulez savoir, c'est ce que ce type, il lisait des magazines ou ça parlait de nazis et de tous ces types qui ont fait plein de mal dans une guerre y'a super longtemps. Du coup, tout le monde a été d'accord rapidos. Le mec, c'était un nazi et voilà. Ca justifiait toutes les conneries qu'il avait fait. Les gens, c'était tout vu, c'était la faute aux nazis et ils allaient pas chercher plus loin. Le truc qui me faisait bien délirer, c'est quand j'ai entendu la voisine et qui disait « on voyait bien que ses lectures étaient pas saines. Une fois je suis tombé sur un de ces livres dans sa chambre ». Alors bon, déjà, je me demandais bien ce que la voisine pouvait bien foutre dans sa chambre à ce môme, et puis surtout, si elle le voyait que trop bien que le mec allait pas fort dans sa tête, pourquoi elle l'a pas aidé. Et là, ça a été le grand déferlement. Tous ses amis et toutes sa fichue famille disaient qu'ils savaient pour le coup des magazines et que selon eux, c'était vraiment un mauvais chemin qu'il empruntait le mec. Là je savais plus s'il fallait chialer ou se bidonner. Je veux dire, quoi, y' a ce type, tout le monde voit qu'il file du mauvais coton, tout le monde hein, et pas un ne vient l'aider, lui dire qu'il devrait pas lire ça ou faire ça. Juste les gens ils disent c'est pas bien maintenant et le pire dans tout ça, c'est que pour eux c'est comme s'ils étaient super fiers que eux ils savaient eux ils avaient bien compris que ça tournerait mal. Eux avaient une longueur d'avance sur tout le monde.
Sauf que eux, ils avaient rien capté au truc je crois. Parce que voilà, le mec – à mon avis – il demandait pas mieux qu'on l'aide, qu'on vienne lui dire qu'il se mélangeait sérieusement les pinceaux dans sa tête. Sûr que ça, ça l'aurait aidé. Mais non, tout le monde l'évitait, parce qu'il s'habillait comme ci comme ça et surtout en noir. Il portait pas mal de piercings aussi voyez. Alors bon, forcément, ça lui donnait une drôle d'allure. Je veux dire le genre de drôle d'allure qu'on croise pas vraiment partout voyez. Les gens, y'en avait pas mal qui l'évitaient, qui le regardaient bizarrement, et je crois bien que ça l'énervait drôlement.
Parce que ce que les gens savaient pas, c'est que le gars il avait comme qui dirait été violé par son grand –père quand il avait eu cinq six piges. Forcément, niveau mental, il avait jeté l'éponge. Je veux dire, des saloperies comme ça, on en sort pas indemne. Ca laisse des tas et des tas de traces dont certains se remettent jamais vraiment. Alors le type il s'habille super extrême et on trouve rien de mieux que de se foutre de sa gueule. Et c'est là où je me dis que peut-être si on c'était intéressé un peu plus à son c--ur, et non à son look, peut-être qu'il aurait pu s'ouvrir, parler de tout ces trucs nases qu'il avait refoulé en lui. A mon avis, le truc, c'est que le mec, comme il avait ni frère ni s--ur ni potes, il était là devant son pc et y'a eu ces fils de pute –pardon pour le gros mot – de mecs qui déversent leur haine à travers l'écran et ils ont bien vu que le type était super fragile et tout. Qu'il en fallait pas beaucoup pour qu'il dérive complètement. Alors ils lui ont dit que tous les autres c'étaient des salauds et qu'ils méritaient pas mieux que de crever. Au début le mec, il y croit pas, sauf qu'en allant au lycée, y'a un sale crétin qui lui crache sur la gueule et quand il revient devant son fichu pc les gens haineux lui disent qu'ils avaient bien raison, qu'ils méritaient pas de vivre ni rien. Et c'est là que le type le croit. Toutes ces conneries, il est à fond dedans. C'est devenu une foutue marionnette.
Une marionnette salement seule.
C'est pour ça qu'on pourra jamais excuser c'qu'il a fait. Même si c'étaient des gros crétins, les autres, ils méritaient pas de crever. Faut dire que ces crétins, le pire, c'est que ce sont juste des gens seuls aussi et qui trouvent pas d'autre manière de s'exprimer qu'en faisant les cakes. Ils se donnent des airs et tout, ils ont l'impression d'être des durs sauf qu'ils cherchent juste à exister, à dire qu'ils sont là, qu'ils voudraient bien qu'on leur montre le chemin. Le truc, c'est qu'ils savent pas le dire. Faire le cake et tout le reste, c'est comme ces filles qui se maquillent comme jamais, c'est pareil. Je veux dire, si elles font ça, c'est pas pour coucher ni rien de ces conneries. C'est juste pour faire croire qu'elles en sont capables. Parce que comme ça, y'a un tas de mecs qui les regardent et ça leur donne l'impression d'être quelqu'un, d'être l'attention de quelqu'un je veux dire.
Alors voilà, le monde c'est déjà assez compliqué comme ça je trouve. Faudrait vraiment qu'on apprendre à s'accepter comme on est.
Vous croyez pas ?
Au nom du Christ va te faire...
Au début j'en ai pas cru mes yeux. Je vous jure, ce sont eux qui on fait que je préfère Satan. Bon sang, vous les auriez vu, ce type et cette femme, avec leurs airs hautains et tout. Ils sont passés devant elle comme si elle avait la peste, et à vrai dire, pour eux, elle avait bel et bien la peste. Comprenez, la fille était pauvre et elle tendait la main. Vous devinez pourquoi. Elle avait l'air d'une prostituée droguée. Ce qu'elle était. Mais elle était pas méchante. Bon ok, c'est sûr, le fric qu'elle demandait, c'était pour de la dope. Sa putain de dope qui lui rendait le monde meilleur. Elle avait les cheveux blonds complètements ébouriffés et son rouge à lèvres partait dans tous les seins. Ses yeux, eux, bon sang, on voyait trop bien qu'elle avait chialé un bon milliard de fois tant son rimmel coulait sur ses joues. Perso, je la trouvais vachement chouette, belle je veux dire. On aurait dit une petite fée un peu beaucoup paumée voyez. Et j'allais la protéger, la sortir de tout ça. Enfin, c'est ce que je me disais.
J'arrivais pas à lui donner d'âge. Au début, je pensais dix-sept piges, quelque chose comme ça. Mais les prostituées font jamais leur âge. Alors bon, ça se trouve, peut-être qu'elle avait dans les quatorze quinze. J'essayais de m'imaginer comment elle en était arrivée là. Je me disais qu'avec ces vieux, ça avait pas du coller quelque part et elle s'était fait la malle. Ca arrive vachement souvent ces trucs-là. Je veux dire, que les vieux ils captent que dalle, que l'adolescence ça peut être vachement merdique quand on y pense. Que des fois, on voudrait que tous ces crétins à l'école ils meurent un bon coup. Non mais. Sérieux, les parents, ils pensent qu'à leur boulot ou à leur voiture, c'est tout ce qui compte. Vous pouvez crever rien à fiche. J'sais pas si vous vous rappelez ces deux mômes, elles avaient ce truc qu'il y a partout sur le net, des blogs qu'on appelle ça. Elle avaient dit qu'elles voulaient se barrer de là. Et quand je dis barrer, c'est genre dans les étoiles et tout. Bref, elles l'avaient écrit sur leur blog, mais quoi ? Les vieux, ça se trouve, ils savaient même pas qu'elles avaient un blog. Sérieux, les mômes, faut pas les laisser crever. Bordel, pourquoi y'a jamais personne qui nous tend la main ? Alors bon, y'a ces profs à l'école, mais c'est pas ça. Ca reste des adultes comprenez. Bon, et puis y'a la musique. Putain ce que c'est bon de s'isoler dans sa bulle. Moi je fais ça tous les soirs. Je me branche un truc et hop je pars.
Parce que faut bien comprendre que cette société, y'a quand même un paquet de trucs qui clochent dedans.
Alors bon, forcément, vu qu'on a vingt piges, on comprend rien au monde, soit disant. Mais putain ce qu'ils sont naïfs, putain ce qu'ils sont loin de nous. Ca fait peur. Je vous jure ça me fait flipper à mort.
C'est pour ça que j'ai choisit Satan. Parce que dieu, c'est qu'un sale crétin. Sans déconner. Jésus, il raconte que si on lui fou une baffe, il tend l'autre joue. Tu m'étonnes qu'il a fini sur une croix après. Bon, en même temps je sais bien que tout ça c'est des conneries. Déjà ce gars, Jésus, y'a personne qui parle de lui dans les cent premières années. Et là je blague pas. Les cents premières années y'a personne qui a écrit sur lui. Ou alors c'est qu'on a rien trouvé. C'est pour ça, la religion, tout ça, ça me fait bien rire, c'est mensonge sur mensonge. C'est laid, c'est nous. Avilissant et désespérant.
Alors quand je suis rentré sur le seuil de l'église j'ai vu ce type, ce mec qu'on dit curé, et il faisait des grands gestes avec ses bras et patati et patata et les gens écoutaient comme si c'était super important ce qu'il disait. Pour eux ça devait l'être en tout cas. Là, j'ai comme qui dirait hésité entre chialer et me bidonner. Putain, mais y'avait que des moutons. Je me disais, quoi, ces gens, c'est nos parents ? Ils sont si crétins ? Je veux dire, on a vraiment besoin de gens qui nous disent ce qu'il faut faire de nos fichus vie ? Merde, on est pas capable de décider par nous-mêmes ce qui est nase ou ce qui l'est pas ?
Alors j'ai rigolé, et la fille à côté aussi. Elle savait pas pourquoi je rigolais mais elle trouvait ça cool que quelqu'un s'éclate en regardant une messe. Sérieux, c'était vachement chouette de rigoler avec elle. Entre nous, si vous voulez savoir, ça a tout de suite passé. On sentait trop bien qu'on était sur la même longueur d'onde et tout. Qu'on pensait la même chose sur les gens qui s'enchaînent à leurs peurs, juste pour croire qu'un monde meilleur les attend. Sauf qu'on est attendu nulle part. Enfin, les vers peut-être, à diner...si nos os sont pas trop pollués. Merde, ça me ferait bien chié que mes os fassent du mal à des bestioles qui ont rien demandés rien cherchés. Sans déconner, je voudrais pas ça.
Bon, avec la fille, on s'est embrassé juste devant l'église et c'était vraiment chouette. On aurait dit un mariage. Ouais, carrément. Le truc, c'est quand on a eu fini avec la langue, elle a sortit son flingue de son bas et s'est tirée une balle dans la tête.
Je me rappelle encore, je lui ai soulevé la tête et je lui ai demandé pourquoi elle avait fait. Vous savez ce qu'elle m'a répondu ?
- Je voulais juste partir sur un bon souvenir.
Papa ôtes ta main de là, non me touche pas
..:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />
Viens plutôt m'embrasser comme tu sais faire. Avec ta langue et tout le reste ». Voilà ce qu'elle lui avait dit tout bas. Et il l'avait embrassé comme jamais il n'avait embrassé personne. Non ça ne les gênait pas, non ils n'étaient pas comme les autres. Juste un peu trop amoureux. Personne ne le savait et personne ne devait le savoir. Ils n'auraient pas compris. On choque les gens si facilement. Comprenez, il y a la société qui dit que c'est si immoral, si interdit, que tout le monde finit par le croire. Parce que tout le monde a baissé les bras, parce qu'il est plus facile de reculer que d'avancer. Mais ils voulaient s'aimer coûte que coûte, parce que l'amour, pour eux, il n'y avait rien de plus beau, de plus pur. Oui, il aimait la prendre dans ses bras, oui elle aimait se faire pénétrer par son âme, sucer sa peau et mordre ses lèvres. Elle se rappelait encore comment tout ça était arrivé. Elle se rappelait comment les gens la traitaient dehors, à l'école, au restaurant où elle était serveuse. Ils se moquaient tous d'elle, parce qu'elle était différente. Elle était so trash, avec ce bébé qu'elle avait eu si tôt, à cause ce type qui l'avait violé. Alors on la jugeait, on disait d'elle qu'elle couchait ci et là, que c'était un de ces nouvelles putes, une de ces prostituées de seize ans nouvelle génération. Qui regardait un peu trop la télé, qui pianotait trop sur son pc. Qui rêvait d'être ailleurs, d'être aimé pour exister. Alors elle aurait couché avec ce garçon, parce que c'était le chemin que suivent toutes ces petites filles absentes.
Alors ils la jugeaient, ils ricanaient sur son passage. Ils lui inventaient des surnoms, juste parce qu'elle avait gardé ce secret d'avoir été violé.
En rentrant ce soir-là, ce soir de trop, elle avait juré de ne plus y mettre les pieds, chez les tristes. Personne ne comprendrait jamais sa douleur, personne ne lui donnerait sa chance.
Mais lui n'était pas comme les autres. Il avait connu ça, oh, pas aussi méchamment, mais il savait que l'adolescence est parfois trouble et solitaire. Il ne l'avait pas laissé tombé. Ils s'étaient rapprochés, embrassés. Tout le monde disait que c'était mal, que cela ne se faisait pas. Que c'était contre tous les principes. Mais tout le monde n'étaient sûrement pas amoureux, mais tout le monde n'est pas mouton, hélas. Qu'importe, pour eux, il fallait désormais vivre vite et intensément. Sans perdre de temps. Parce qu'on peut mourir demain. C'est certain.
Souvent, quand ils roulaient de ville en ville, elle reposait sa tête sur les cuisses du conducteur, ses pieds nus pendant à travers la vitre, flirtant avec le vent. Ils riaient. Ils parlaient et ils…. La société, pour eux, c'était trop compliqué. Que voulait-elle cette sordide société ? Que les gens qui s'aiment ne le puissent pas, qu'ils soient malheureux juste parce « ça ne se fait pas » ? Mais qui sont-ils ces gens pour dire ça, qui sont-ils pour savoir ce qui est bien ou mal, eux qui se font tant de misères entre eux, qui jugent sans savoir les douleurs, peuvent-ils vraiment se permettre de donner des leçons ?
Et la société, qu'est-ce que c'est si ce n'est une chose mouvante et instable construite par des hommes et des femmes, tels quel lui et elle ? Ces créateurs étaient-ils différents ? Non, c'étaient juste des humains, comme papa, comme la petite fille. Des semblables qui avaient érigé LEUR morale, LEUR vision des choses… mais s'est t-on jamais demandé si c'était il et elle qui avait crée la société, peut-être que tout ça aurait été bien différent, peut-être, qu'il aurait pu l'embrasser en tout liberté, sans doute ils auraient permis aux gens de s'aimer, quelque soit le sang qui coule dans leur veines. C'est pour ça qu'il et elle avaient décidé de tous les emmerder. Oui, qu'ils aillent tous se faire foutre avec leur morale de merde. Parce que personne n'a le droit de dire ce qui est bien ou mal, parce que le bien et le mal n'existent pas. Ce sont juste des concepts pour que tout tienne debout, cette société surtout. On a créé ça pour nous tenir en laisse, comme des gentils toutous qui acceptent tout.
Il et elle savaient bien que tout ça c'était des conneries. Ils vivraient comme ils l'entendaient eux, et pas comme le voudrait les autres. Souvent, quand ils s'arrêtaient à une station d'essence ou dans un hôtel, et qu'il lui mettait gentiment la main sous sa jupe à fleur, il y avait toujours quelqu'un pour s'offusquer. Alors ils continuaient de plus belle. Elle était brune avec deux grains de beauté sur la joue, et des yeux si pleins de joie de vie. Lui était si apaisant, toujours rieur et philosophe. Il n'arrêtait pas de parler de tout et de rien et elle l'aimait pour ça, elle buvait ses paroles et c'était beau. Il aurait pu dire n'importe quoi ça aurait été pareil. Juste parce que c'était lui. Et ça lui suffisait à son bonheur.
Dans les toilettes, avec les garçons, part 1.
Il y avait une soirée. Et il n'était pas invité. Il était seul dans son lit dans sa robe noire. Il se demandait pourquoi le monde était comme ça, pourquoi ils ne voulaient pas d'elle. Seul au fond de son lit, shemale pas assez femelle, shemale pas assez male, mis au banc, à l'index d'une société un peu trop fermée, qui crevait la différence en toute indifférence. Andy se travestissait depuis l'âge de treize ans. Au début, c'étaient de simples déguisements innocents de ses héros télévisés préférés, puis, alors qu'il entrait au lycée, il commença à mettre des robes qu'il bourrait dans ses pantalons. Il n'osait pas encore montrer sa nudité vérité. Alors il faisait semblant. Il mettait une robe sous la chemise et dans le pantalon et, à la fin des cours, il s'en allait dans une petite ruelle à l'abri du monde entier et il sortait de son sac sa petite trousse de maquillage qu'il s'était confectionné. Il s'en mettait sur le visage, sur les paupières et le reste. Il ôtait son pantalon et sa chemise et laissait voler les pans de sa robe dans les airs. Il rangeait alors toutes ses affaires dans son sac et se promenait ainsi, beau et belle à la fois. Bien sûr, les gens le regardaient bizarrement mais il s'en foutait maintenant. Ne comptait plus que le souffle de l'air sur ses jambes, cette impression de liberté totale. Oui, oui les premières fois, les premiers regards furent ambigus, étranges. Il avait eu peur d'être reconnu mais ce reflet lui plait. Ce reflet de soi sur cette fenêtre. Et il s'était trouvé belle. Si belle qu'il en avait pleuré un long moment, si longtemps que les gens s'étaient arrêtés autour de lui, lui demandant ce qui n'allait pas, et comment il pouvait l'aider. Et de les entendre, ça le faisait pleurer de plus belle. Car ils disaient « elle ». Ils le prenaient pour une fille et c'était le plus beau jour de sa vie.
Jusqu'à ce terrible soir….
Jusqu'à ce terrible soir où d'autres élèves l'avaient vu se maquiller, ôter ses vêtements et déployer sa robe noire. Bien plus que leurs moqueries, ce fut le fait de vivre un cauchemar éveiller qui l'effrayait. Car il allait bientôt devoir se réveiller. Oui ses parents n'allaient pas tarder à être mis au courant et tout serait fini, la liberté et la vie infinie. Mais plutôt que d'attendre qu'ils l'apprennent de la sale bouche des autres, Andy préféra tout avouer. Il se présenta chez lui habillé en noir, en robe noire je veux dire. Ses parents mirent bien des mois avant d'accepter les « déviances » de leur fils. Les voisins, la famille, on parla beaucoup d'Andy, beaucoup trop à son goût. Pourquoi ne pouvait-il pas être différent ? Pourquoi fallait-il à tout pris rentrer dans le moule ?
Les mois et les années s'étaient écoulées et rien n'avait changé. Il avait vingt ans et aimait toujours autant porter des robes noires. Sauf que maintenant, il ne s'en cachait plus. Puisque tout le monde savait son vice artifice, autant l'exposer au grand jour, dans les cours et aux plus beaux atours. Bien sûr, railleries et insultes ne manquaient guères à l'Université, mais ces moments-là, du moment qu'on s'y attend, ils font quand même un peu moins mal. Non, Andy s'en fichait d'eux, il ne pensait désormais plus qu'à lui, qu'à ce garçon aux cheveux longs, qui, contrairement aux autres, ne détournait pas le regard sur son passage. Bien au contraire, ses pupilles bleues ne cessaient de le fixer alors qu'ils se croisaient dans les couloirs.
Et, imperceptiblement, la nuit, il se pinçait les seins et il imaginait ses mains, sa bouche, son corps si fragile et si gracieux. Bien des fois, il avait voulu l'aborder, le toucher. Mais il n'avait jamais osé. Il se disait que s'il l'écartait il ne s'en remettrait pas. Alors il retardait l'instant, il retardait l'échéance. Trop de douleurs suffisent à tous les cœurs. Horloge du temps qui passent et trépassent pour les grandes peurs.
Il n'avait pas été invité à la soirée. Ce n'était pas comme lui. Lui était populaire. Il y serait. Pas de doute. Et cela le rendait fou. De désir, de jalousie, d'envie. D'amour. Oui, de l'amour, car il le savait, il le savait qu'il ne le laissait pas indifférent, que ces yeux ne le trompaient pas. Il y avait une pulsion dans son corps qui ne mentait pas. Et cette pulsion, il y avait fort à parier que lui aussi la ressentait. Andy fit donc la seule chose qui lui sembla sensée en cet instant rempli de fébrilité. Aller le voir et tout lui avouer. Sans fard ni honte. Lui dire la plus belle chose au monde. L'envie d'aimer, de se blottir dans ses bras. Qu'il soit une fille ou un garçon pour lui, peu importe. Qu'il soit, c'est tout.
Il y était donc allé, habillé de sa robe noire, son éternel apparat qui lui donnait cette confiance dont il avait tant besoin ce soir-là. Comme il s'y attendait, les railleries fusèrent de plus belle. Les garçons de la soirée étaient pour la plupart éméchés et les filles discutaient entre elles de savoir avec lequel elle se verrait bien défaire le lit …
Andy vit tout de suite Damon. Il était si beau, si élégant. Il portait un costume noir en flanelle et son pantalon – noir également- tombait merveilleusement sur ses bottes en cuir. Quiconque le regardait ne pouvait que tomber amoureux de lui. Andy attendit ainsi prêt des plantes accolées au canapé rouge du salon. Il voulait rester discret, du moins, aux yeux de son amant. Il attendait l'instant propice.
Cet instant ne tarda pas à arriver lorsque Damon s'en alla aux toilettes. Ce n'était certes pas l'endroit le plus romantique pour lui avouer son amour, mais au moins, ils ne seraient pas dérangés. Alors il s'infiltra dans le lieu convenu, prenant grand soin à regarder autour de lui que personne ne l'aperçoive rentrer dans cet interdit. Il posa sa main sur le loquet et entra dans la petite pièce. Son cœur n'avait jamais battu aussi vite et aussi fort. Il lui semblait qu'il allait sortir de sa poitrine à tout moment. Son souffle s'immisçait maintenant dans le cou de l'homme en face de lui. Qui se retourna, qui le regarda et…
Damon lui prit la main avec une tendresse infinie. Cette tendresse, il la ressentait comme il ne l'avait jamais ressenti. Par ce geste doux et délicat il savait qu'il venait de rencontrer l'amour. Bientôt leurs lèvres ne devaient plus faire qu'une seule et même symbiose. Oui ils s'aimaient, oui ils étaient des garçons et oui il se déguisait en fille. Et ils aimaient ça. Ils aimaient que leurs mains caressent la poitrine de l'autre, que les doigts flirtent avec le sexe, et que les habits en tombent aux chevilles. C'était sexuel, intemporel. Ils risquaient de se faire surprendre d'un instant à l'autre mais ça ne les dérangeait plus. De la foule inhibée d'alcool ne survivait qu'un vague brouhaha.
« -Tu me veux en il ou elle ? lui demanda alors Andy, entre deux fellations.
Ca n'a aucune importance. Ce n'est pas ça qui compte.
Tu es sûr ?
Oui. Qu'est-ce qui nous retient ? Aime - moi, prends-moi. Apprends-moi le gout de ta langue, de ton sexe. Montre-moi comment on fait.
Alors ce n'est que sexuel ? Ce n'est qu'une nouvelle expérience ?
Non, j'aime vraiment les garçons. Tu crois que je prendrais tous ces risques juste pour du sexe ? J'attendais cet instant depuis si longtemps…
Dis… Damon… tu me trouves belle ?
Tu es aussi belle qu'une princesse éternelle. J'aime quand tu te travestis. Tu m'excites, tu m'incites à tout, à la folie à la passion. A la déraison. Pervertis-moi. Embrasse-moi comme un garçon, embrasse-moi de mille façons.
Hum. J'ai l'impression que l'on va bien s'amuser…
Chut. Viens me boire maintenant. Allez, ose, allez, viens sur moi, viens en moi et donnes-moi ta bouche.
Oui, inonde -moi, aime -moi»
Et ils s'inondèrent en parallèle, ils s'inondèrent la bouche pleine. Parce que sexe is beautiful sexe is love, life. Oui l'amour qu'on fait seul ou à plusieurs. L'amour le cœur battant pour il et elle. Et qu'importe les mauvaises langues, qu'importent les tristes sans joie. Qu'ils fassent les faux-semblants, qu'ils se cachent dans les secrets de leur lit, et qu'ils y meurent, oui qu'ils y meurent assoiffés de vie, agonisant de ne pouvoir toucher à l'interdit, là où les plus beaux contes sont permis !
En sortant des toilettes, Demon avait une large trace noire sur ses lèvres. Celle du maquillage de sa nouvelle petite amie. Andy le lui fit aussitôt remarquer. Il avait peur que les autres voient Demon ainsi. Damon le regarda avec tendresse et lui répondit qu'ils en avaient la pleine bouche et plus rien à foutre. Que tout ça ne les regardait pas. Que l'intime vérité s'est prosternée sous leurs pieds, que son corps est le plus beau des accords. Et qu'ils pouvaient tous se faire enculer car jamais ils ne seraient autant grossiers que ceux qui voulaient les voir pleurer.
Ils sortirent des toilettes en se tenant la main.
Dans les toilettes, avec les filles, part 2.
Cela faisait maintenant plus de six mois qu'elles se parlaient à travers l'écran, les portes de la nuit grandes ouvertes sur leur nouvelle intimité. Elles avaient à peine seize ans et elles s'attiraient comme deux aimants un peu trop amants. Dehors le monde était si triste et si froid, la pluie sur leurs yeux, sur leurs paupières. Elles n'en pouvaient plus de cette vie, de cette vie qu'on essayait de leur imposer. On voulait d'elles un monde sans rêve sans joie. Qu'Elle ne soit pas avec lui, pas de tout de suite, qu'Elle ne sorte pas ce soir, qu'il pourrait y avoir de mauvaises histoires. Alors elles étouffaient, à petit feu mouraient. Le cœur épanché sur le blog, pour explorer le virtuel imaginaire, pour s'imaginer des vies un peu mieux. Et se dire des secrets tout bas, des secrets qui ne leur plairaient pas.
Elles se parlaient et s'attiraient. Jamais elles n'auraient pensé que cela pouvait être possible. Une fille avec une fille, sexy, décadent, un peu pour faire genre, un peu comme une poupée à la mode dévêtue dans la garde-robe. Mais la réalité c'est tomber les bas, tomber dans les bras. La réalité, c'est embrasser la peau le rêve et les lèvres. Oseraient-elles ? Oseraient-elles s'envoler dans l'interdit, oseraient-elles s'écouler dans leur rivière fatale ?
La nuit elles se connectaient dans le noir, connexion dans une paille d'espoir. Fusion des fils implantés dans le cœur. Ne manquait plus que l'odeur. Alors les mains faisaient le reste, le beau geste, en succion et transpiration. Dans le sexe, sur le clavier, telles des petites filles pas très gentilles, pas très polies. Mais ce n'était plus assez, il fallait passer outre, passer à l'acte. Elles se disaient qu'elles n'avaient qu'une seule vie et qu'elle était courte et que de toute façon ils ne comprendraient pas. Ils diraient qu'elles avaient seize ans et qu'à cet âge on ne saigne pas encore. Du sang, il y en avait plein l'écran. L'écran fatal, l'écran total. Se scarifier pour exister, pour mélanger les veines, pour oublier les peines à la vie comme à la mort. Sceller ce pacte d'amour, couvrir un peu ses plaies. Oui, elles n'en pouvaient plus d'être prises pour des enfants qui se maquillent juste pour exister. Elles étaient fatiguées qu'on croit qu'elles jouent à être rebelles. Pourquoi ne voulaient-ils pas voir qu'on peut pleurer à seize ans comme à cinquante ans ? La solitude serait-elle l'apanage des adultes ? Un cœur bat-il moins fort dans sa jeunesse que dans sa vieillesse ? Non, ils ne s'occupaient pas d'elles, « l'adolescence passera pensaient-ils. Oui, ca leur passera bien ».
Mais ça ne passait pas. La solitude n'est pas une question d'âge.
Alors elles s'étaient enfuies un matin. Elles avaient tout préparé depuis si longtemps. Trains, itinéraires, message d'avertissement sur le blog (mais leurs parents regardaient-ils jamais leur blog ?) pour un adieu chez les malheureux. Pour se retrouver vers la mer, sur la plage près du port. Là où le rocher repoussait les vagues, là où les anges se donnaient se rendez-vous.
Toute la journée, elles le passèrent dans le train, baladeur branché sur la fréquence rock. Assises près de la fenêtre, elles regardaient les paysages s'écouler, elles regardaient les gens passer. Parfois elles voyaient une mendiante sur le bord du quai et cela leur serrait le cœur. Elles se demandaient ce qui avait pu arriver à cette femme qui tendait la main et ignorées de tous. Comment la société pouvait-elle encore permettre ça. Etait-ce ce monde là qu'on leur promettait ?
Il ne restait désormais plus qu'un train direction océan. Ce train qu'elles prendraient ensemble. C'était convenu. Le dernier voyage serait la rencontre. Et elles se virent à travers les glaces des portes des wagons. Elles restèrent un long moment figées devant tant de beauté. Alors elles tendirent la main sur le verre et chaque main n'était plus séparée que par une mince paroi de quelques millimètres. Elles y étaient arrivées. Oui, enfin, c'était la fin. Le début de tout, d'une joie et d'autres choses. Puis la porte s'ouvrit et elles s'enlacèrent. Elles s'enlacèrent tendrement et amoureusement. Elles pleurèrent beaucoup aussi. Bientôt leurs mains se cherchèrent, se fouillèrent la peau le corps. Bientôt leurs lèvres fusionnèrent comme une seule âme, comme le plus bel amour jamais existé sur terre. C'était sexy, ravageur et passionné. Collées comme un seul corps, elles allèrent dans les toilettes du train, et bien sûr, fermèrent la porte derrière elles. Seules au monde, seules et loin de l'immonde, de tous ces gens qui sans nul doute cracheraient sur ce qu'elles faisaient. Oui, voir deux filles s'embrasser, se déshabiller, se mordiller la chair les seins, c'était au-dessus de leur force, comprenez, pour eux, l'amour le sexe n'est jamais aussi précoce. Alors leurs mèches s'emmêlèrent dans la lumière, la musique dans leurs oreilles les portait, leur disait d'aller plus loin, plus loin encore, de blasphémer tous les interdits et de toucher la vie, toucher à jamais sa petite amie.
Elles firent l'amour pour la première fois. Une première fois pleine de joie. Plus rien ne les retenait. Plus de secrets, plus de caresses unitaires et solitaires. Deux reines qui se confessent, con et fesses… maximum overdose, et plaisir d'écrire des nouvelles messes.
Et puis elles se séparèrent. Elles avaient passé la journée à se prendre la main, à regarder les vagues se fracasser sur les rochers. Mais il fallait bien repartir. Pour rendre cet amour encore plus fort. Pour ne pas abîmer la magie. Parce que malgré tout, ils devaient se faire du soucis. Et que deux ans passent vite. Deux ans à s'attendre, deux ans dans les écrans géants, à faire circuler le sang dans les câbles, à toucher le verre, s'aimer de toute manière, de toutes les manières. Il y avait leur odeur sur leurs lèvres, c'était beau et sale à la fois. Marcher de travers dans la droite société, c'était tous les condamner. Elles se regardèrent ainsi une dernière fois, s'échangeant leur petit bracelet de ficelle noire. Un cordon ombilical pour ne jamais oublier l'amour le sexe, la découverte. Pour croire que rien n'est jamais écrit, et que seules dans leur lit, la main qui caresse et couvre leurs petits cris restera à jamais celle de l'autre.
10:23 AM
Powered by  |
| English |
| Albanian |
| Arabic |
| Bulgarian |
| Catalan |
| Chinese |
| Croatian |
| Czech |
| Danish |
| Dutch |
| Estonian |
| Filipino |
| Finnish |
| French |
| Galician |
| German |
| Greek |
| Hebrew |
| Hindi |
| Hungarian |
| Indonesian |
| Italian |
| Japanese |
| Korean |
| Latvian |
| Lithuanian |
| Maltese |
| Norwegian |
| Polish |
| Portuguese |
| Romanian |
| Russian |
| Serbian |
| Slovak |
| Slovenian |
| Spanish |
| Swedish |
| Thai |
| Turkish |
| Ukrainian |
| Vietnamese |