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La Rédaction de Chorus



Last Updated: 11/25/2009

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Friday, June 20, 2008 

Le jour se lève encore

« Quand trompé, déçu, meurtri Quand assis par terrePlus rien pouvoir faire Tout seul, dans ton désert Quand mal, trop mal... Même si tu ne crois plus à l'auroreTu verras, le jour se lève encore...  »Barbara/Jean-Louis Aubert


À Chorus, on se dit tout, on s'est toujours tout dit. Pas de langue de bois, pas de rapports bidon entre nous, encore moins de tromperie sur la marchandise. La vérité. Toute la vérité... « Comme si la vie en dépendait », préciserait Jacques Bertin. Sans qu'on le cherche, c'en est même devenu au fil du temps un signe distinctif, comme une marque de fabrique. Alors, pour rester dans cette ligne, n'y allons pas par quatre chemins : ce printemps nous avons cédé la société éditrice de Chorus, « Les Éditions du Verbe », à Millénaire Presse (l'éditeur de La Scène et de La Lettre du Spectacle, notamment), pour garantir la pérennité du titre dans les meilleures conditions (possibles) d'autonomie rédactionnelle et de respect de sa politique éditoriale – cette fameuse Chorus Line qui lui a valu l'aura, le respect et la confiance que l'on sait.

Ç'a été un devoir pour nous, toujours, de tenir nos lecteurs informés du beau voyage de Chorus (Le Plus Beau Voyage, dirait Claude Gauthier), que des vents favorables ou contraires l'accompagnent ou s'y opposent, voguant (rarement) sur une mer apaisée, ou affrontant les 40es Rugissants... L'automne dernier, au plus fort de la plus forte tempête subie depuis sa mise à l'eau initiale, sous le titre A votre bon chœur (accompagné en pages intérieures d'un article joliment nommé Le Compagnon de la chanson), l'hebdomadaire de référence (du marketing, des médias et de la communication) Stratégies consacrait son éditorial tout entier à Chorus : « C'est le genre d'histoire qui interpelle, écrivait son directeur de la rédaction, François Kermoal. Le magazine de la chanson française, Chorus, en situation financière délicate, est menacé de disparition. Présenté comme cela, ce n'est pas très attirant. Des magazines qui disparaissent, il y en a des dizaines, sinon quelques centaines par an. Et cela ne devrait pas s'arranger dans les années qui viennent. Mais voilà, Chorus n'est pas tout à fait un magazine comme les autres : il a réussi à nouer une relation unique avec ses lecteurs. Les experts appellent cela un contrat de lecture. Et celui de Chorus, qui est à la chanson ce que sont Les Cahiers du cinéma au grand écran, est visiblement synonyme de qualité. »

Voilà pourquoi, une fois Chorus remis hors eau, à flot, nous avons considéré que « notre devoir prioritaire », comme je l'indiquais dans mon précédent édito, était « de tout faire pour assurer sa pérennité ».

Résumons. Il y a un an pile, Chorus fêtait dans la joie son 15e anniversaire avec un n° 60 qui fait déjà date dans les annales de la presse musicale. Et puis, coup du sort inattendu, s'ajoutant à une presse nationale dans le trente-sixième dessous, à un métier du disque en totale déconfiture, une promesse non tenue, une parole trahie... et voilà « la revue de référence de la chanson francophone » confrontée, sans préavis, à un risque de disparition immédiate.

« Mourir d'aimer ? » Face à ce danger, bien réel, exprimé dans un numéro d'automne réduit à une cure d'amaigrissement sans précédent dans l'histoire de Chorus, nos lecteurs ont battu – spontanément – le rappel, montrant « combien ils sont attachés à leur titre » (cf. Stratégies du 1/11/2007) : non, « pas question de laisser Chorus disparaître ! »

Et puis, toutes actions confondues – de l'achat en kiosque à l'abonnement, du réabonnement anticipé  à l'abonnement offert à des amis, de la commande d'anciens numéros pour promouvoir Chorus et tenter de compenser un peu son déficit médiatique incroyable (surtout en regard des services qu'il rend à l'ensemble des médias francophones) à celle d'encarts publicitaires (dont il était jusque-là privé), en passant par quelques belles soirées solidaires de chanson –, le miracle a eu lieu. Traduit par le dossier spécial du numéro d'hiver, « Quand les hommes vivront d'amour », il s'est concrétisé par une situation financière redressée, avec un exercice 2007 équilibré. Tout, alors, est reparti comme en... 1992, avec un numéro de printemps « normalisé » et – vos réactions en ont témoigné depuis à satiété – un « indice de satisfaction » au plus haut.

Soyons clairs : avec cette santé économique retrouvée, nous aurions pu continuer notre « voyage en solitaire » durant quelques années encore. Mais combien ? Car les jours de Chorus, quoi qu'il en soit, étaient comptés... du fait du temps qui passe. Du fait de l'âge. Pas celui de Chorus, mais de ses capitaines qui – pour être aussi enthousiastes qu'au premier jour (rassurez-vous !) – n'ont plus tout à fait la même « pêche » physique, alors que la tâche, elle, se fait d'un numéro à l'autre plus ardue. En outre, nul dans notre bel équipage n'était en position (ni n'avait l'envie) de reprendre la barre, le moment venu. Alors oui, tirant les leçons du coup de semonce du dernier semestre 2007, avant qu'un nouvel impondérable ne vienne se produire (davantage de l'ordre de la santé, d'ailleurs, que des finances), risquant d'entraîner l'arrêt irréversible de Chorus, nous avons préféré prendre les devants... et cédé le titre à l'éditeur qui nous semblait le mieux placé pour l'accompagner après nous, le plus loin possible dans ce beau voyage, dans le respect essentiel de ses « fondamentaux ».

« Après nous » certes, mais avec nous, d'abord... et aussi longtemps que nous le voudrons et le pourrons, d'autant que l'accord officialisé ce 30 mai est parfaitement clair de part et d'autre. Si nous passons la main (en douceur) aux plans de l'administration et de la fabrication (avec une nouvelle maquette en vue, la précédente datant déjà de 2001 – voir L'Embellie du n° 41 – après neuf années d'une première « formule » en noir et blanc), nous la con-servons entièrement sur la Rédaction. Les engagements à cet égard de Nicolas Marc, fondateur-directeur de La Scène et gérant de Millénaire Presse (qui, en tant que nouveau gérant des Editions du Verbe, prend désormais le titre de directeur de la publication de Chorus), sont sans la moindre ambiguïté : « Chorus est une revue d'excellence, écrit-il dans un communiqué, dont nous entendons conserver l'esprit et "la petite musique intérieure". Nous saluons l'extraordinaire travail des fondateurs, Mauricette et Fred Hidalgo, en tous points confortés dans leurs fonctions. Nous mettrons tout en œuvre pour permettre à Chorus de renforcer sa position de leader dans le domaine de la presse chanson, tout en restant fidèles au concept et au positionnement de la revue qui sont à l'origine de son succès. »

Au fait, pourquoi La Scène, plutôt qu'un grand journal ou groupe de presse d'information générale ? Parce que, dans l'absolu, nous avons voulu privilégier un changement dans la continuité, plutôt que de risquer un chambardement (unilatéral) de ligne éditoriale – un grand groupe pouvant aussi mettre fin à tout instant à l'existence d'un titre s'il estime insuffisant (ou pas assez rapide) le fameux « retour sur investissement ».

Secundo, parce que La Scène (qui, d'ailleurs, a fait la démarche de nous contacter) est un éditeur à taille humaine (disons que c'est l'Olympia plutôt que Bercy), installé lui aussi en région (à Nantes), qui travaille à notre façon et parle le même langage d'artisan amoureux du travail bien fait ; bref, qui joue la même partition que nous.

Tertio, parce que nous entretenons des relations confraternelles depuis dix ans déjà (voir le sondage réalisé en commun sur la « relève » dans Chorus 25, p. 156). Quarto, parce que le dynamisme de Nicolas Marc et de son équipe a fait ses preuves, tant dans la gestion de la société Millénaire que dans l'organisation de cette vraie réussite que sont les Biennales internationales du spectacle (voir Chorus 63, p. 178).

Enfin, parce qu'après avoir vécu en 1990 l'assassinat de notre mensuel Paroles et Musique, le mariage de Chorus et de Millénaire, éditeur spécialisé dans la presse professionnelle dédiée au spectacle vivant dans tous ses états, est idéalement complémentaire – Chorus apportant à Millénaire Presse une ouverture « grand public », et Millénaire nous redonnant, à nous, fondateurs de Chorus, la possibilité de revenir de façon pleine et entière à nos vé-ritables amours, celles auxquelles nous avons voué près de trente ans déjà de notre vie : à la chanson, à ceux et à celles qui lui ont donné ses lettres de noblesse, à ceux et à celles qui, aujourd'hui, incarnent les maillons nouveaux de cette jolie et tendre chaîne entre les hommes.

Justement, ce numéro d'été – qui boucle la seizième année de parution (ininterrompue) des Cahiers de la chanson – en propose de bien beaux : de Francis Cabrel nous offrant l'une des plus importantes interviews de sa carrière, à certains des meilleurs représentants de la chanson québécoise, réunis pour une table ronde, la première de ce genre-là au Québec... Après Cabrel, Goldman, Simon et Souchon, après Dan Ar Braz, Servat, Stivell et Tri Yann, après Bénabar, Cherhal et Delerm, place aujourd'hui à Pierre Lapointe, Michel Rivard, Chloé Sainte-Marie, Marie-Jo Thério et Gilles Vigneault à l'occasion du 400e anniversaire de Québec. Place aussi et entre autres à un reportage exclusif sur Cali en tournée, ainsi (et à défaut du questionnaire sur Chorus, annoncé dans l'édito de printemps) qu'à notre index annuel qui recense (beau symbole, en l'occurrence) nos milliers d'articles consacrés aux artistes de la chanson entre le n° 1 du 21 septembre 1992 et le n° 64, inclus, du 21 juin 2008.

Barbara avait bien raison : « Même si tout semble fini / N'oublie pas qu'au bout de la nuit / Doucement l'aube revient quand même / [...] Tu verras, étonné / On reprend le corps à corps / On continue / Le jour se lève encore. » On continue, oui, tous ensemble embarqués dans le même vaisseau, dans la même direction faisant fi de toutes les frontières, mais plus stable, le navire, plus résistant que jamais... Prends le chorus, ami lecteur et cap droit devant !

HERVE TIREFORT

 
Quand je lis "biennales internationales du spectacle", j'ai du mal à imaginer la dimension humaine de l'entreprise... On risque d'enterrer les petits mecs créant en grande pompe, comme c'est trop souvent le cas...hervé
 
Posted by HERVE TIREFORT on Sunday, June 22, 2008 - 23:44
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