GHANA FENOU, PREMIER ALBUM DE KAMEL EL HARRACHI
L’hommage au père Dahmane
08 Juin 2009 - Page : 21
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Un opus, composé de dix titres, à l’instrumentation
novatrice, fidèle aux style et sonorités qui ont fait la réputation et
le renom du paternel Dahmane.
En digne héritier de l’un des maîtres du chaâbi,
Kamel El Harrachi, 36 ans, vient de sortir son premier album chez TAM
(Turn Again Music). Un véritable coup de maître pour un coup d’essai.
C’est un opus d’une grande maîtrise artistique, composé de dix titres,
à l’instrumentation novatrice, fidèle aux style et sonorités qui ont
fait la réputation et le renom du paternel Dahmane et revivifiant le
blues oublié de la Casbah d’Alger. C’est à 18 ans que le jeune Kamel El
Harrachi enregistre ses premiers titres au studio Afric Audio, à
Douéra, avant d’émigrer en France où il chantera comme son père dans
les cafés du Paris de l’émigré. Il persévère pour ensuite monter sur
scène pour la première fois lors du Printemps de Bourges, en 2002, puis
à l’Institut du Monde arabe, l’année suivante. L’artiste Kamel El
Harrachi a néanmoins introduit dans la conception de son album une
instrumentation moderne et novatrice. «C’est vrai que le raï et le
rap ont un peu éclipsé ce style. En ce qui me concerne, je tente de
rester fidèle à l’oeuvre de mon père, pour ne pas laisser ces belles
choses finir aux oubliettes, mais j’essaie aussi d’apporter quelques
notes de modernité et d’ouverture, avec la contrebasse, le piano ou les
congas», avait-il déclaré à un magazine. Le premier titre de
l’album Ghana fenou (il a chanté son art/ créé son style) de Kamel El
Harrachi, est un hommage au père rendu avec maestria dans le pur timbre
chaud et rocailleux typique de la chanson mélancolique chaâbie. La
résonance mélodique du grand créateur que fut Dahmane El Harrachi
trouve en ce fils un digne héritier du genre musical qui a envoûté tant
de mélomanes nostalgiques. A travers une palette de thèmes embrassant
la problématique de la destinée d’une jeunesse incomprise, développée
dans la chanson Walahi madrit où se superposent et se cristallisent les
peurs et angoisses d’une franges sociale oubliée et vouée aux gémonies
par les gouvernants. Assez souvent, le thème de la souffrance est pris
comme catalyseur par les artistes pour exprimer le malaise, les
privations qui frustrent cette même jeunesse. C’est le titre de la
troisième chanson Ma yest’has beldjamra, dans laquelle il s’épanche sur
les péripéties douloureuses que renferme un secret, uneconfidence
lourde à porter seul, un réceptacle à regrets. Ou celle qu’il intitule
Khoudi rahtek, par laquelle il interpelle laconfidente traîtresse, à
l’origine d’une déception amoureuse. Le chanteur diabolise cette
matérialisation des rapports humains enrobés dans les dorures du
mensonge et de la trahison, comme ceux aussi des sentiments amoureux.
Dans El Barani (l’étranger), il est question de vilipender la question
de la mise à l’écart de l’individu, la mise en quarantaine de cet autre
qui ne rentre pas dans le moule préfabriqué par un milieu dont on ne
partage pas les mêmes convictions et principes. En revanche, dans Hyati
maak, l’artiste célèbre l’amour et chante une idylle platonique. Il
rend hommage aux vrais sentiments à travers des messages sibyllins
adressés à l’âme aimée, en magnifiant l’amour dans son acception
première. «Chal aayit maesbar», est une chanson dédiée à
l’absence de l’être aimé. Elle renvoie à cette désunion malgré soi,
nonobstant les efforts consentis pour les retrouvailles tant souhaitées
par l’âme frustrée.
Kamel El Harrachi clôt son premier opus par la
reprise du titre phare de son père Ya Rayah qui a fait un tabac dans
les milieux de la scène musicale chaâbie. «J’ai choisi de reprendre certains des vieux morceaux de mon père des années 50 et 60...On m’a poussé à conserver Ya Rayah», explique l’artiste.
Kamel El Harrachi, Ghana fenou», (Turn Again Music/Mosaic) 25 mai 2009, Grenoble (France), 15 E
Hakim HADIDIMerci à Hakim pour cet article