Encore une fois, on a préféré la répression à l’éducation et la
prévention, ou au moins à la mise en place d’un système
« gagnant-gagnant ». Avant même d’être appliquée, cette loi est déjà
décriée pour être coûteuse et inefficace. C’est une vision assez
hypocrite qui n’a qu’un seul but, faire plaisir aux Majors. Quand on
sait que l’offre commerciale des fournisseurs d’accés est basée sur la
vitesse du débit, on imagine bien (sans le dire) que ce n'est pas
seulement pour afficher plus vite des pages web… On peut prendre
l’exemple de l’américain AOL qui fait partie du groupe Time Warner qui
produit notamment aussi des films et de la musique. Est-ce que les
dirigeants de cette multinationale n’ont pas vu les risques que pouvait
engendrer sa filiale internet vis-à-vis de sa branche qui fabrique du
contenu ? Ou alors l’idée c’est de faire cracher au bassinet le
consommateur à tous les étages ? Avec en prime une bonne couche de
culpabilisation et de moralisme à deux balles.




LTB Vous a-t-on demandé votre avis en tant
qu'artiste à propos de cette loi ou des mécanismes à envisager pour
régler la crise du disque ?




Ah bon ? Maintenant on aurait quelque chose à dire ?


LTB Avez-vous pris part à l'élaboration du rapport Olivennes ?


Qui ça...???


LTB De manière générale, vous sentez-vous concerné par la crise du disque ?



Fort heureusement il y aura toujours des groupes pour faire des
disques. C’est plus cool à exhiber dans son salon qu’une clé USB… On
croyait le vinyle mort et enterré, pourtant on en fabrique toujours.
Pour le CD ça sera pareil, dans un marché de niche. Globalement, si on
prend la France (parce que c’est là que j’habite et je peux
difficilement parler du marché US ou Allemand) la crise du disque est
pour moi avant tout une crise de contenu. Pourquoi les cinémas font le
plein malgré un prix d’entrée très prohibitif ? Parce que l’offre y est
variée et nombreuse. Aujourd’hui l’industrie du disque est trop
frileuse, trop consensuelle. Elle ne fait plus son travail de
découverte. Elle recherche surtout le profit à cours terme. Quel
artiste ou groupe signé sur une major depuis disons cinq ans, a réussi
à sortir au moins trois albums de suite ? Si on prend le consommateur
de base (en gros le jeune) on peut comprendre qu’il hésite à lâcher
quinze euros pour un disque dont on entendra plus parler dans six mois…
C’est avant tout ça qui pousse au téléchargement illégal. Le prix du
disque est aussi une variable importante. Dix euros pour album ça
devrait être un maximum. Quant aux fonds de catalogue refourgués au
prix fort, c’est carrément une honte. Même remasterisé un vieux disque
d’AC/DC ou de Motorhead ne devrait pas excéder six euros. On peut
comprendre qu’un type ayant déjà les vinyles, télécharge les mêmes
titres pour les mettre dans son Ipod sans vouloir débourser un kopek.
Autre truc, les sites marchands. Pourquoi acheter à la Fnac un disque
qu’on peut trouver presque trois fois moins cher sur Amazon et en plus
livré chez soi ? Enfin, il y a aussi le soucis de la diffusion. Les
radios sont trop formatées, avec trop peu de titres en rotation, trop
peu de styles représentés. La presse musicale est en berne. L’actualité
musicale a littéralement disparue des grandes chaînes de télé aux
heures de grande écoute et même des deuxièmes ou troisièmes parties de
soirées. Robinets à clips, musique d’ascenseur, même combat. Tout ça
n’excite plus grand monde. Bref, la musique n’est plus « bankable ».
Sauf pour quelques passionnés qui eux, continuent d’acheter des disques.



LTB Que pensez vous d’un point de vue général de cette loi est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose ?



Sans régler tous les problèmes, la solution de la « licence
globale » aurait été préférable. En mettant à contribution les
consommateurs et les fournisseurs d’accès, il aurait été facile de
mettre en place un mécanisme de reversion vers les sociétés de droits
d’auteurs, puis vers les éditeurs, les producteurs et les artistes,
comme c’est déjà le cas avec la taxe sur la copie privée pour les
supports vierges. C’était même évident et sûrement plus juteux pour le
business de la musique. Mais voilà, ça voulait dire faire un grand bond
dans l’idée de la fin du support physique et donc plutôt politiquement
incorrect vis-à-vis de toute la filière disque (fabricants, grossistes,
revendeurs). Il n’est pas certain que l’idée de « licence globale » ne
refasse un jour surface, le jour où par exemple, on se rendra compte
que la loi actuelle est totalement à côté de la plaque...