" Elles et LUI ! "
(You and You !)

20 h 50 (houblon en pognes, sous chapiteau chaudement emplis d’humains souriants et détendus, visiblement postés à distance respectable de cette putain de CRISE !) :
La première chose qui interpelle, côté
You and You, c’est ce look atypique en re-descente seventies, arborant barbes et longs ou frisés cheveux à la (pas très sexy)
Grandaddy ; la seconde, c’est la qualité intrinsèque de ce folk de tradition " indé US " qui pousse à y chercher des noms ou influences célèbres dans la tête, sur le bouclé du crâne.
" T’as vu le bassiste, on dirait le Cousin Machin des Addams ! " (me lance un jeune garçon d’un air moqueur. Je me contente de lui faire une hideuse grimace, avec les yeux ET la bouche, en guise de réponse. L’essentiel est ailleurs !).

Dire que j’avais quitté les rives sous moiteurs irrespirables de la Grande Bleue pour exister enfin et récupérer, pour RESPIRER, en somme, et voilà que je sue de nouveau eau et sels minéraux à rigoles, comme sous jet, sans même bouger, avoir besoin…
Lorsque je regarde le casque capillaire du bassiste se coller lentement à sa cutanée enveloppe, c’est encore pire, et je repense à la remarque du tout petit de tout à l’heure ! C’est finalement le très connoté
Wasting Minds – après un morceau précédent interprété au plus proche des regrettés
Grant Lee Buffalo ! – doté du fameux syndrome d’arpèges à la
Jeff/Tim Buclkey, qui parvient enfin à me faire oublier l’omniprésent thermomètre en fusion (et ses désagréments momentanés). Mécontent des résultats affichés par sa première recherche, un neurone plus érudit que ses congénères, me lance
" Jude ! ",
" Andrew Bird ! ",
" Iron and Wine ! ",
" Elliott Smith ? ", et d’autres noms, encore, que je réfute illico d’un court battement de sourcils : peu importe la filiation ou le renom, pourvu que nous ayons l’ivresse du moment et que les chansons tiennent debout toutes seules… Ce qui est largement le cas ici !
Un niveau de qualité musicale également placé au plus haut, mais baigné d’arpèges très
Jeff Buck… (Assez avec " ça ", on te dit !) et d’harmonies qui séduisent d’ambiance et ravissent de public.

" C’est un groupe à filles, c’est clair ! ! ! " (me glisse un pré-ado posté bien fermement sous mèche, juste à proximité). Effectivement, un unique examen des humides pupilles (fixes) prunelles féminines pleines d’amour, et cils dressés (de dévotion) alentours, suffirait amplement à les classer dans cette catégorie à risques… Maîtrisés de groupies en transe et de poursuites " backstage ". Sur
Another Diving Man, rien à faire, cet air de déjà-vu colle de nouveau au derme et interroge le large éventail à influences, sans que jamais, pourtant, la chanson ne se noie en si peu d’espaces vierges à défricher ; ça " sonne " et caresse dans le sens du poil – bois et cœurs mêlés d’harmonie – et le banjo y est sans doute pour beaucoup, y apportant sur l’instant, son écot de doigté, de rondeurs enveloppantes. Une ambiance très " western en noir et blanc de type
Dead Men, qui renvoie immanquablement vers le clip, très post-Délivrance, de
Necrocannibal Holocaust.
Quant à
Song For Elise, il évoque magnifiquement le
Goin’ To Acapulco du
Bob (dylan) version
Jim James and Calexico(tiré de la BO de
I’m Not There).

Bon, ok, y’a p’têt bien quelques langueurs, ci et là – nées d’effets de répétition appliqués : côté formule et arrangements dupliqués – mais l’attention du public ne faiblit jamais, elle, et c’est bien là le plus important. Depuis les fûts tendus et caressés de précision du métronome
Maurice, jusqu’aux rondes notes graves pondues par la quatre cordes, sans oublier les accords plaqués et arpèges glissés du gars
Clément, tout roule et avance d’un même élan au sein des " Toi ", de tous les " Toi " ; chacun bien calé à sa place, au service du collectif avant tout, sans que jamais la couverture ne soit tirée à soi, ou que l’ombre d’un ego ne vienne empiéter sur les plates-bandes du voisin de scène et d’instrument ; la base de toute réussite musicale à quatre, en somme.
Sous le charme, je lance (à mon pré-ado de tout à l’heure) : " tu as vu… Pendant que les gars se dodelinent doucettement, les filles vibrent de tout leur corps, à l’unisson, ELLES ! ".
" … Ce qui les classe, bel et bien, dans la catégorie non connotée des groupes à FILLES ! Décrite par mes soins auparavant… Rien à faire ! " (je savais qu’il ne laisserait pas passer l’occasion de se désolidariser au plus vite de cette entité à galbes, seins, et cris aigus, encore étrangère à ses sens naissants, qui respire à grand-peine, tout autour !).
Une petite année et demie, tout au plus, que le trio formé de
Clément Simounet (guitare, banjo),
Samuel Bouc (Basse, voix, barbe et cheveux) et
Maurin Zahnd (batterie) s’est réuni pour faire corps autour de LA voix qui compose et enjôle :
Félix Perez ! C’est peu, pour un tel résultat. Du reste, en termes de voix, rien à dire : c’est du précis, du ténu, du qui grimpe avale ou dévale, sans moufter ; du qui trie aisément et fait son choix directement sur registre : entre aigus et graves, entre caressant et cassé. Repéré en les arcanes d’un site de musique " libre " à succès, puis carrément remarqué aux dernières
Eurockéennes de
Belfort, l’homme ne dispose pour l’instant que d’un simple cinq titres, pour " exister " légalement aux yeux de tous et toutes, et toutes… Surtout !

Rien à faire, leur
The House On The Moon à EUX, me semble plus ouverte et paisible que l’autre, là, celle, criblée de tuyaux bâtiments et travailleurs gauches, qu’envisagent de bâtir prochainement Américains et Russes, sur notre satellite de légende, bêtement défloré de basse cupidité (vous avez dit Hélium-3 ?) à terme. Sur icelle (la
Lune des
You and You) l’harmonie " scène, musiciens, et féminine présence " atteint son point culminant, et déjà l’on sait que l’on ne pourra jamais en extraire que du " bon ", du rêveur, du plaisir partagé, millésimé.
Alors que le temps se fige, le bienvenu
Bye Bye survient à point nommé pour annoncer le départ du quatuor en grande quête. Il était temps, car la tension entre regards empreints de jalousie (toute masculine) et les battements de mains enfiévrés (de la gent féminine) n’annonçait rien de bon à venir sous la couette pour cette nuit…
Par contre, lorsqu’il annonce que la dernière chanson du soir est dédiée à l’incontournable
Joseph Arthur, qu’elle porte même son nom et tente de frayer au plus proche de l’univers musical de l’homme d’
Akron (Ohio) je me surprends à calquer en tous points mon attitude sur celle de mes voisines de chapiteau, pour décoller en leur compagnie l’espace de quelques courtes minutes, dégustées… (Non, non, je ne la ferais pas cette fois, non, non, j’vous dis !).
Jacques 2 Chabannes
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