LE POUVOIR AVEUGLE
Le pouvoir nous aveugle !...
L’argent nous corrompt
L’ivresse de la facilité,
Comme le ciment prompt
Fragilise la volonté…
Et précipite l’usure,
Et nous fait tout oublier
Du sens de la mesure ! …
Le pouvoir fait goûter tant de plaisirs charnels
L’on finit par se croire puissants, éternels
Le pouvoir EST danger, pour qui le possède !
Tout devient possible… L’intégrité cède
Avec pour seul principe : TOUT nous sera du
L’on rompt avec l’éthique, les serments passés
Noblesse de l’âme, grandeur, fidélité.
Compromis, compromissions et fruit défendu
Nous tiennent… Sitôt que nous y avons goûté,
Et Ceux qui résistent, seront bien sûr cassés ! …
L’once de pouvoir… la plus petite parcelle,
Peut mener l’homme à sa propre défaite
Il tend à croire que chaque jour est Fête
Convaincu de savoir sans devoir apprendre,
Qu’il suffit pour avoir de pouvoir surprendre,
Pour prendre, du monde, la part la plus belle ! …
Le pouvoir fait l’homme : Un grade, il est chef !
Dans l’Administration ou dans les affaires,
Sensé dire comment et ce qu’il faudra faire,
Dans un monde d’aveugles il devient voyant
Passe sa vie caché, en retrait, louvoyant
A l’appel des maîtres, il accourt derechef,
Agrippé à ce monde dont il use et abuse
Marchant à plat ventre en guise d’excuse ! …
Le pouvoir est chasseur… pour qui est la cible ! …
Vos présent et futur sont passés au crible
Les vils, les vilains se proclameront Ariens ! …
Tous vous diront TOUT ! Et personne ne sait rien
Si contre vous, la critique se déchaîne
Et vous marque au fer rouge… Avec haine !
Pour celui qui subit, le pouvoir est fatal
Fi des jugements… C’est un couperet létal :
Pour la tête tondue, voyageant sans retour
Vers un échafaud, au roulement du tambour
Un homme… Seul… Et une foule en fête
Impatiente de voir lui trancher la tête,
Qui sent, plus qu’il ne voit, de la guillotine
La lourde lame aiguisée et tranchante…
Le peuple inconscient qui danse et qui chante
Attend cette tête… Pour qu’il la piétine !...
Le pouvoir rend certains, par trop, susceptibles
Voici, imaginées, des versions possibles,
En premier : « Entrer sans frapper à la porte
De mon bureau et me traiter de la sorte ?...
Connaissez-vous, monsieur, qui je peux côtoyer
Vous qui voulez, toujours, oser me tutoyer ?
J’habite les hauteurs… En bourse, suis côté
Je fais partie de la Haute Société ! …
Ce peut être la parole d’une belle
Qui, aimant son corps, a perdu la cervelle :
« J’aime porter du lin… plus souvent de la soie
Elle épouse le corps, si légère en soi
Sous mes habits chics, j’ose me mettre nue
De telles sensations me portent aux nues !
Le monde me remarque, je suis admirée
Femme moderne, élégante, libérée ! … »
Et voici d’une autre l’opinion hâtive
Disant en trois mots son âme combattive :
« Je suis bien femme, l’égale de l’homme
Je bois, je fume, je mâche de la gomme
Je sais me battre, je suis dure à cuire !
Et je porte la dernière mode de cuir…
Je suis Amazone du casque aux bottes
Aucun homme ne peut m’avoir à sa botte !
Je crois, je défends le droit à l’égalité
Avantages dont je peux jouir à satiété ! …
D’autres vous diront, d’un ton un peu plus hautain
Inconscients de n’être, en fait, que des pantins :
« Du foie gras, je mange que le périgourdin
Mes habits me viennent de chez Pierre CARDIN
C’est rare d’être pris d’une folle manie
Jusqu’à être tenté par Georges ARMANI
Pour mes safaris entre bush et savane
Mes cigares sont d’authentiques havanes
Je vis avec mes pairs, dans nos cercles privés
Tous les instants exquis, dont j’ai toujours rêvé
Pour parler finances et problèmes sociaux
Auteurs en cachette d’abus de biens sociaux ! …
Celui d’entre nous qui par malheur sera pris
Se fera silence… Comme il l’avait appris ! …
La maison que j’habite, vraie forteresse
Est entourée de murs ceints de fils barbelés
En toute discrétion, loin de tous regards
Au réveil le matin, les yeux un peu hagards,
J’y noie ma solitude et ma détresse
De vins et d’alcools qui ne peuvent me soûler ! …
Miracle de ces séances d’ultra violets,
Tout au long de l’année, voyez mon teint halé
Preuve de l’image où je me suis coulé…
Je crée mes besoins par simple lassitude :
Massages,coiffures : pêchés d’habitude
Et je traîne sans but… Je ne suis qu’un boulet ! …
Je bois, parmi les vins, que du Château PETRUS
J’use pour en parler de robe, de cuisse
Et j’envoie mes enfants étudier en Suisse ! …
Je sais faire, au plus offrant, des courbettes,
Me « taper » la bonne, les jours de disette…
Pour le salut de l’âme je me confesse
A l’église… Et c’est rempli d’allégresse
Que je sors au son du Glas ou de l’Angélus
L’argent reste, pour moi, le bien le plus sacré
Je me vois reconnu dans les clubs les plus chics
Je peux voyager par de simples petits clics
Devant moi, le monde, sourit et se baisse
Bien bas, devant les ardoises que je laisse
Je n’y vois évidemment ni intérêt ni malice
A Deauville, Golfe-Juan ou bien Nice
Je me sens si important, prince consacré ! …
Je suis bien convaincu d’être intelligent
Sans être prétentieux, je ne peux avoir tort.
Quitte à devoir payer le prix le plus fort
Je serais nommé Docteur « Honoris Causa » !...
Et l’on dira de moi : C’est l’homme qui osa,
Face au monde entier, forcer le destin
Atteindre des sommets jamais encore atteints
Par le simple fait du pouvoir de son argent ! …
J’entendrais, des voix ce que j’en veux entendre
Rien de l’être humain ne peut me surprendre :
Humour caustique et « langue de vipère »
Il vous les vendra sous le sceau du sincère
Que m’importeront les cinglantes critiques !
Fléau ravageur, de mouches et de tiques
Et jalousie… tueront notre race
Et laisseront à coup sûr, nette la place ! …
J’ai damné le pion à de nombreux génies
Qui m’appelaient « cancre » dans mes jeunes années !
Fiers de leurs Ecoles, ils m’avaient condamné ! …
J’ai trimé la semaine, plus le dimanche
Je peux enfin jouir d’un semblant de revanche…
Les centimes dans mes mains, j’ai fait fructifier :
Les miens, et ceux que les autres m’ont confiés,
J’en ai tiré profit … Et même détourné ! …
Que la débrouillardise soit à jamais bénie ! …
Le pouvoir, sur terre, petit réceptacle
Permet aux plus puissants de jouir du spectacle
De régir ce monde au gré de leurs désirs
Leur seul et unique but : prendre du plaisir !
Autant qu’oublier que tout est éphémère
Que la vie la plus longue, ne dure qu’un moment
Que tout ce qui EST, a eu un commencement !
Et que la douceur devient parfois amère !...
Que dira alors l’homme curieux et sage ?
Qui marche, sans passé, seul et sans bagages
Pourra-t-il goûter, un jour, au mot « espérer »
Ou est-il, sur terre, condamné à errer ?
Et boire, du calice, jusqu’à la lie,
Pour poursuivre SEUL dans la route de l’oubli,
Etre condamné à se gorger d’illusions ?
Et admettre que tout est perdu d’avance ?...
Forgée dans le doute et dans la dérision
Sa lame, jamais, ne crèvera ce brouillard,
Ce bastion imprenable, ces murs, ces remparts :
Satisfaction de soi mène à l’ignorance ! …