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Soy Panday


Last Updated: 11/20/2009

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Saturday, August 11, 2007 

"Seasons change with the scenery; Weaving time in a tapestry.
Won't you stop and remember me, At any convenient time?

I look around, Leaves are brown, And the sky is a hazy shade of winter."

-Paul simon

Nous sommes à l'aube des années 1990, Trevor Prescott est au Printemps de sa vie.

Il grandit à Eugene, dans l'Oregon, et fait du skate. Plutôt bien d'ailleurs. Même de mieux en mieux, fluide et tout en finesse; si bien qu'il ne tarde pas à se faire remarquer par Blockhead, marque mythique qui avait lancé quelques années auparavant les carrières de Jeremy Wray, Steve Berra, Rick Howard et autres Jason Dill. Très rapidement, il passe amateur, part en tournées faire des démos, et accessoirement reste humble et discret. Car contrairement à la tendance générale en pareille occasion, Trévor garde la tête sur les épaules et reste abordable.

Mais Blockhead s'essoufle et s'éteint bientôt, et Trevor rejoint Invisible. Les pantalons sont larges, les roues petites, et Trévor filme une excellente part pour leur vidéo -au nom ironiquement annonciateur du destin de la marque -Vanishing Point- puis ce qu'elle sera la dernière avant qu'Invisible ne disparaisse à son tour.

Il filme et monte aussi des petites vidéos locales à ses heures perdues. Peut-être précisemment pour qu'elles ne le soient pas. Trevor est un skataholic pour qui les heures ne se perdent pas.


Pour entrer de plein pied dans l'Eté, Trevor décide de s'installer dans la nouvelle Mècque du skate, là où tout se passe et où tout le monde habite: San Francisco.

L'EMBarcadero connait ses dernières heures, les blocs de Pier 7 leurs premièrs flirts -avant de s'acoquiner plus sérieusement avec quelques techniciens de la ville-, et Union Square est une mère -tour à tour bienveillante ou sévère- pour tous les skaters de la baie. Si Trevor reconnaît la valeur de ces spots, il ne s'y cantonne néanmoins pas. Il skate jours et nuits et est de toutes les sessions. Notamment de celles oubliées, celles des descentes et des rues perdues. Généralement avec une caméra dans son sac, pour documenter tout ce qui passe en dehors de l'embarcadère numéro 7.

Il se voit bientôt confier la réalisation des vidéos de quelques-unes des marques pour lesquelles il skate. Il filme et monte ainsi la tant attendue vidéo FTC III, largement à la hauteur des attentes laissées par la Penal Code 100A d'Aaron Meza quatre ans plus tôt, utilise tous ses footages oubliées dans un petit montage d'une vingtaine de minute intitulé Interactions -dont les acteurs principaux sont autant les Nick Matlin, Jessee Hotchkiss et autres Lucian Moon que les clochards et freaks qui peuplent les rues de San Francisco depuis les années 60-, puis réalise la vidéo Supernaut, Urban Canvas, marque pour laquelle il est récemment passé amateur.

S'il devient de plus en plus impliqué derrière la caméra et la table de montage, Trevor n'en a pas pour autant dit son dernier mot sur un skate. FTC III et Urban Canvas sont les preuves flagrantes que Trevor n'a rien à envier aux skaters les plus médiatisés -si ce n'est ladite médiatisation, triste témoignage que l'humilité et la discrétion ne paient pas toujours dans ce milieu. Son style est toujours aussi plaisant, ses backside flips et fakie tres sont parmis ce qui se fait de mieux en la matière, et Trevor montre qu'il est aussi à l'aise pour descendre en skate des rues que vous auriez peur de grimper en voiture, que pour faire nollie hardflip sur les fameuses Seven d'EMBarcadero, ou flip back tail flip back out sur les ledges d'Union Square.


Si les feuilles d'arbres commencent à se teinter de brun, plus par habitude que par réelle nécessité, l'Automne qui arrive, lui, prend des allures d'été indien.

Outre de se contortionner d'un côté ou de l'autre de la caméra pour la vidéo Satori, In Search of Roots and Culture (dont le montage sera confié à Mike Manzoori), et de skater à temps complet pour Supernaut, Trevor concrétise le projet qu'il ruminait depuis quelques temps: rappeler au monde, à travers une série de vidéos intitulées Seasons, que les rues de San Francisco regorgent de spots pour qui sait ouvrir l'oeil. D'ailleurs, Trevor ne déniche pas que des spots, et les parts de Dave Caddo (Seasons 1) et de Zach Martin (Seasons 3) sont de parfaites illustrations que Frisco ne compte pas que des rues en descentes et des allumés en descente d'acide depuis 30 ans. Un tout autre style -bien plus intéressant- de Speed Freaks est revenu peupler la ville, et Trevor nous ouvre une fenêtre sur leur monde. Ses vidéos donnent la part belle aux soldats inconnus, aux spots tordus, aux rues à plus de 45° d'inclinaison, aux lignes harmonieuses, à la créativité -à toutes ces choses qui rendent le skate si drôle et les images de SF si intéressantes. Trevor réalise trois volets de Seasons.


Puis arrive l'Hiver, la "quatrième" et dernière saison de l'année, celle où la nature se met en deuil, et la dernière à voir Trevor sourire.

Trevor disparait le 19 janvier 2006, emporté seul dans son appartement par ce qui semblerait être une mauvaise grippe, aussi discrètement et humblement qu'il a mené sa vie. Par sa gentillesse et son dévouement, Trevor a marqué tous les gens qu'il cotoyait et filmait. Par ses vidéos, témoignages indiscutables d'une vision particulière du skate, Trevor a réussi à marquer et influencer des gens qu'il n'a même jamais croisé, éparpillés aux quatre coins de la planète.

Les feuilles mortes tombent, se mélangent à la terre, et rendent le sol plus fertile. Mais le vent glacial qui vous fouette le visage n'en est pas pour autant moins violent.