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J'ai récemment donné au batteur avec lequel je joue actuellement un best of de la musique que je souhaitais lui faire écouter. Les titres que j'ai sélectionnés sont, de mon point de vue, intéressants parce que les musiciens jouent bien et/ou parce que les compos sont talentueuses et/ou parce que les arrangements sont inspirants et/ou parce que les influences, souvent multiples, que l'on peut y distinguer, sont originales et engendrent un résultat très particulier. Après avoir écouté une partie de cet échantillon, il m'a dit que c'était une musique de haut niveau et que les musiciens sont de véritables phénomènes. Je suis d'accord. Mais je lui ai répondu que le résultat est accessible à tous ceux qui veulent tenter l'expérience. Je veux dire par là que loin de ressembler à un horizon qui toujours s'échappe et dont on n'arrive pas à s'approcher d'un millimètre même si l'on parcourt des kilomètres, la musique qui semble hors de portée s'avère, en fait, là, proche de nous, n'attendant que notre action juste pour résonner dans l'espace. Bien entendu, je ne fais pas référence à une quelconque réaction magique qui associerait en ligne directe l'intention et le résultat. Il faut, comment le nier ? beaucoup de pratique instrumentale pour obtenir cet envol qui fait rêver plus d'un musicien, mais je considère qu'il est primordial d'avoir envie de se lancer sur cette piste de décollage, essentiel d'avoir cette intention, ce projet, et d'exprimer musicalement cette direction-là. Je pense que nombreux sont ceux qui, parmi nous, ont un complexe qui les accable et les censure, qui les diminue et les freine, qu'ils sont nombreux ceux qui ont intériorisé l'idée de se contenter de s'approcher, d'évoquer, de faire allusion à. La satisfaction de s'entendre dire que l'on a des maitres ou des modèles de prestige est, certes, plaisante, mais elle ne me parait pas suffisante et, pour tout dire, plutôt médiocre. S'en satisfaire signifie que l'on accepte de se limiter et ne jouer que les seconds rôles. Ne voyez pas là une quelconque marque d'orgueil : au final, l'émotion seule compte et les rôles, seconds ou premiers ne sont que de peu d'importance au regard de la satisfaction d'avoir su et pu exprimer sa propre sensibilité. Je pense, simplement, que ces musiciens-là se contraignent eux-mêmes et se maintiennent dans le corset qui leur interdit de déployer de plus amples mouvements. Ce sont précisément ces mouvements-là qui permettent de décoller. On n'arrive pas toujours à les faire, à les coordonner, ni même à penser à eux. Mais c'est par eux seuls que la musique s'élève. Et nous avec.
10:03 AM
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