1,2,3,4,5,6,7,8, voilà le titre d'album qui ne s'embarrasse pas avec les futilités. Mais comme les Keiko Tsuda ne sont pas du genre à jouer la carte de la facilité, ils ont donné des noms à leurs morceaux. Et pas n'importe quoi. On s'attendait à une formule mathématique, une vague démonstration résolvant finement le problème de la quadrature du cercle, on a droit à 'Rouleau de printemps' et 'Steak haché' en guise de mise en bouche. Là forcément comme tout bon chroniqueur du W-Fenec qui se respecte, on s'assoit et on dévore ce premier effort des Keiko Tsuda avec appétit. Et dès lors difficile de ne pas se laisse harponner par ce mélange math-rock semi-improvisé un peu 'ovniesque', qui n'est pas sans évoquer par instants les fulgurants Chevreuil, voire les Pneu ou les groupes 'made in Distile Records' (Looking for John G, Swims, 37500 Yens...) dans les quelques accélérations électriques qui parsèment 'Ball trap'.
Des boucles math-rock qui s'entremêlent à l'infini, une maîtrise rythmique diabolique, le duo parvient à sortir des sentiers battus tout en restant (relativement) accessible. A part 'Tic tac' qui nous laisse un peu circonspect.
Mention spéciale à 'Exploding whales', modèle du genre qui ravira les inconditionnels de ce style, ceux-là mêmes qui se délectent de ces groupes qui savent varier comme personne leurs signatures rythmiques en usant à loisir de mesures asymétriques. On ne sait pas si le groupe revendique son 'appartenance' à ce courant rock cérébral, mais un titre comme 'Willy' avec son final toute en dissonances et assemblages un peu déglingués devraient convaincre ceux qui ont érigé ce système métrique atypique comme code d'honneur (ou presque). Difficile de trouver des mots pour décrypter ce qui ne peut vraisemblablement être 'décrit'. Car Keiko Tsuda livre ici un disque âpre et rugueux qui refuse de céder aux avances de la superficialité pour aller directement au bout de son concept. Aussi exigeant soit-il. Une démarche artistique qui trouve paradoxalement son aboutissement dans l'improvisation, là où on imaginerait l'oeuvre du duo, comme une très fidèle interprétation d'un texte déjà maintes fois retravaillé. C'est dans ce côté immédiat que le groupe arrive à trouver l'aboutissement de ce 1,2,3,4,5,6,7,8...
UNDER-GRE (webzine rock grenoblois)
Keiko Tsuda - 1,2,3,4,5,6,7,8
Le math-rock ne cesse de faire des émules en ce moment, même si le style reste encore largement méconnu. Dans la lignée des duos français déjà présents (Cheval de Frise, Chevreuil, Pneu et j'en passe...), les petits derniers de Keiko Tsuda s'impose avec leur tout premier album.
Bon, on est tous d'accord, cette pochette est moche ! Outre donc l' artwork sur lequel nous nous efforcerons de fermer les yeux, la première chose à faire serait peut-être de présenter Keiko Tsuda !
Comme ils le disent eux-mêmes, Keiko Tsuda c'est 4 bras et 4 jambes. Pour être plus précis, les lyonnais forment un duo batterie/guitare (et clavier). Leur premier album, le bien nommé
1,2,3,4,5,6,7,8. contient donc huit chansons. Oui, beaucoup de chiffres !... A croire qu'ils se sont amusés à pousser, avec une bonne dose d'ironie, le concept math-rock à fond.
A l'écoute, on se retrouve rapidement en terrain connu, impossible de ne pas penser à un groupe comme Don Caballero, les français portant tout de même beaucoup plus d'attention sur les mélodies que les papas ricains du style.
Les cinq premiers titres suivent un schéma quasi-identique, les guitares et claviers s'empilant au fur et à mesure, emplissant l'espace
sonore jusqu'à saturation avant de se libérer dans divers breaks, solos et plans farfelus. On n'est pas très loin non plus d'ambiances à la Battles, avec un duo batterie/guitare qui ne semble formé qu'un seul et même instrument parfaitement synchronisé. Les chansons nous dévoilent parfois un synthé quelque peu « kitshounet » (Steak haché) mais jouissif à souhait. Pour parfaits exemples de jouissance, Rouleau de printemps et DC82 qui sont de véritables tueries par leur rythme dansant et leur mélodie joyeuse. L'apothéose arrive avec Exploding whales et ses enchaînements de riffs de power-rock et de passages popy bien classes à la Minus The Bear. Malheureusement, le duo s'épuise un peu sur la fin de l'album, Ball trap et Willy appliquant la même formule avec un peu moins de talent ; et Quinté
qui s'étale sur une dizaine de minutes, enchaîne plusieurs ambiances
tour à tour techniques, bruyantes ou plus expérimentales sans réel
piquant... dommage !
Mais au final, si on se concentre sur le premier 5/8ème de cet album,
on se retrouve face à un album entêtant dont les deux énergumènes
peuvent être fiers. D'autant plus louable, leur premier album est
disponible en téléchargement libre sur leur site. Téléchargez-les !
Aimez-les ! Allez-les voir en concert !
Noisy Town
Ça fait des semaines que le CD prend la poussière dans un coin, sous
une pile de divers objets autres que CD, pas particulièrement
nécessaires, ni utiles. Et c’est en retombant par hasard sur leur
myspace, découvrant les quelques morceaux qui y sont proposés, que je
me rend soudainement compte que l’album traîne dans la piaule et qu’il
serait peut être temps de l’écouter finalement, parce que ça m’a l’air
tout bon. La faute à l’artwork tout ça ! De de son nom scientifique 1,2,3,4,5,6,7,8 aux titres gourmands mais pas forcément végétariens, Keiko Tsuda ne cherche pas à se faire passer pour des énièmes intellectuels complètement gaga à l’écoute de Chevreuil.
Nos deux compères armés de batterie - guitare - clavier communiquent
en un langage keikoien complexe mais fort attirant et intéressant.
Libre à nous d’adhérer à leurs mots, ou pas. Mais dans ce dernier cas, Keiko Tsuda
se fera d’avantage hypnotique jusqu’à vous ronger le cerveau à coup de
rythmes répétitifs et entêtants. Il n’est pas improbable que vous vous
retrouviez à danser tout seul au milieu de votre salon, trop possédé
par leur rock complexe et déglingué. Certains les comparent aux
habituels piliers du rock scientifique, mais qu’est-ce que c’est
réducteur. Keiko Tsuda a surtout su développer son propre son,
ses bidouillages à eux, de l’expérimentation qui vire parfois un peu
n’importe comment mais pour mieux nous embarquer dans leurs impros
encore plus loufoques. L’album est disponible en mp3 sur leur site
alors profitez-en en attendant de les voir débarquer pas très loin de
chez vous.
Jenny
Next Clues
Ces deux
gones ont eu la bonne idée de me faire parvenir leur première démo dans
son carton poché (orange et laid) et je les en remercie, sauf que quand
leur écran leur a ordonné de cliquer sur « burn » pour graver le cdr en
question, ils ont dû le prendre à la lettre, ou cramer du shit sur la
face miroir une fois l’opération terminée, ou je sais pas... Je n’ai
noté aucune trace de lame de rasoir. Toujours est-il qu’avec cette
belle cloque, leur cdr refuse de se laisser lire… ce qui n’est pas si
grave vu qu’ils proposent l’intégralité de cet enregistrement au Grrrnd
Zero sur leur site. Plus précisément ici.
C’est beau la technologie, l’immédiateté et la musique en libre
circulation, je m’en étonne encore tous les jours. Mon boulot est alors
terminé, vous téléchargerez le bazar comme je l’ai fait et vous
viendrez me dire tout le bien que vous en avez pensé. Ou alors vous ne
le ferez pas et vous passerez à côté d’une énième dérivée du math rock
binômique - un rapide coup d’œil au titre prouve qu’ils savent compter
au moins jusqu’à 8. Un instru-noise-rock dans une version ludique et
sans prise de chou, plus que courant en 2008, interprété par un batteur
qui ne s’en sort pas mal du tout pour ne pas dire sacrément bien avec
son jeu tout en courts roulements, et un guitariste qui n’hésite pas à
foutre ses phrases en boucles pour ensuite aller pianoter sur un synthé
distrayant ou particulièrement pète-rouffles - jusqu’à en faire un
Steak Haché ? C’est selon les goûts ou l’humeur du moment. Reste que je
préfère largement quand le synthé la ferme, et que le guitariste, au
lieu d’abuser des pédales de loop (trop nombreux sont ceux qui sont
passés par l’école Ian Williams et qui oublient la leçon #1 : ce gadget
reproducteur est loin d’être une fin en soi), sort quelques mélodies
asiatiques qui me font penser à « l’ouverture d’esprit » No Wave ou qui
justement sur le long et difficile morceau final, Quinté +, s’adonne au
Flying Luttenbacherage sur un groove tout tracé. Encore jeune et un peu
tendre dans l’exécution - je voudrais voir surgir la lame de rasoir
dont je parlais plus haut -, mais déjà en place et avec des morceaux
gavés de bonnes idées et qui ont la chance d’aller un peu dans tous les
sens. Je crois que c’est exactement ici qu’il faut en profiter pour
placer le fameux « prometteur ».
Bil