L.O.!!
Après une pause de près d'un an, me revoilà de retour sur cette page pour de nouvelles interviews!
En commençant par celle de Dorian Gray, que je vous propose aujourd'hui.
Vive la musique! Vive le live!
b
Photos: Stephane Vuagnat / Vanessa Filho /
Peinture: Muriel Bagnoud
DORIAN GRAY
FOREVER MORE

Hiver 2008. Je tombe par hasard sur la page de Dorian Gray. Et là,
c’est le choc. Un univers musical hors du commun pour une voix non
moins exceptionnelle. Une vraie claque. Je contacte aussitôt l’artiste
pour lui proposer une interview et, quelques jours plus tard, notre
entretien relatif à l’album « Hurt by the moon» est publié sur myspace.
Près
d’un an plus tard, à l’occasion de la préparation de son nouvel album
qui sera très certainement intitulé « we never change » (album en cours
d’enregistrement), Dorian a accepté de se révéler un peu plus. Et de nous parler de ses tourments; de ses blessures.
2009
est une année importante pour Dorian : un nouvel album, comme je viens
de le souligner, mais aussi un concert parisien (le 18 Juin) en guise
de présentation au public français.
Petite discussion, à bâtons rompus, avec celui qui a découvert et formé l’immense star qu’est devenue Duffy.

Dates de Concerts/Spectacles (DCS): Ton nouvel album s'appelle "we never change". Pourquoi ce titre?
Dorian
Gray (DG): C'est un titre provisoire mais que je persiste à aimer; au
fond - à l'instar d'une voiture, si j'ose la comparaison - nous
naissons avec un moteur et une marque de fabrique. Ensuite il est
possible de rôder ce moteur du mieux possible, de le soigner, le
l'huiler mais la carrosserie et la plupart des pièces vont se dégrader
au contact du temps. En revanche il est impossible - voir ridicule
d'essayer - de mettre un moteur de 2 CV dans une Ferrari et
inversement; ce qui reste de chacune de ces voitures à la fin de leurs
vies c'est la base, le moteur, les fondements...We Never Change... 
DCS : pourtant, un cœur de pierre peut devenir au fil de sa vie un cœur d’ange. Et inversement.
DG
: En une vie les changements sont fréquents et pour certains ils sont
drastiques, ce fut le cas pour moi à deux ou trois reprises. J'aime
l'idée de la résilience de Boris Cyrulnik mais ma constitution
émotionnelle maniaco-dépressive me pousse souvent vers les émotions
morbides; souvent elles rendent plus créatif par leur caractère
mélancolique. Il est plus évident de transformer un coeur pur en coeur
de pierre à force de déceptions que le contraire; l'inverse demande des
efforts quasi surhumains...

DCS: Bien que d'origine
américaine, tu maitrises particulièrement bien le français. Pourquoi
alors ne pas écrire plus de titres en français?
DG: Quand on a
appris la musique à travers le prisme anglo-saxon il est très difficile
d'adhérer à la manière francophone d'aborder la chose, je m'explique:
Les anglo-saxons considèrent la musique comme telle; "MUSIQUE", des
notes, des harmonies qui sont perceptibles avant même la naissance
(Haptonomie). Un être humain tout neuf ressentira une mélodie bien
avant de comprendre les paroles; un texte fait appel à l'apprentissage,
la connaissance et la culture propre à chaque pays. En France on parle
avant tout d'un texte pour souvent oublier que, sans le choix d'une
mélodie forte ce texte restera mort. A mon sens un texte est très
secondaire ce qui ne veut pas dire sans importance; il est secondaire
dans la hiérarchie de l'apprentissage de la vie et des émotions. Une
chanson se reconnait de loin, se fredonne et s'adapte d'un pays à
l'autre en raison de sa mélodie et non de ses paroles. "Comme
d'habitude" est devenu "My Way" en raison de la force de son air, les
paroles ont été totalement changées par Paul Anka. Enfin, je me sers de
ma voix comme d'un instrument et non comme porte texte en le parlant à
moitié; la voix est l'instrument le plus directement rattaché à nos
émotions, la voix parle et chante d'elle-même... 
DCS : Cet
avis rejoint celui de Louis Bertignac qui affirme que la musique prime
et est essentielle par rapport au texte qu’il juge secondaire. L’écrit
au service de la mélodie en quelque sorte. Il faut reconnaitre que
c’est d’ailleurs bien souvent elle qui « oriente » la genèse des
textes. A ce sujet, Dorian, peux-tu nous parler de tes sources
d'inspiration pour ce nouvel album? Est-ce toujours marqué par le
fantôme de ton amour perdu?
DG: J'ai écrit la somme de près de 4
albums depuis la fin de la première version de Hurt By The Moon
réalisée à compte d'auteur début 2006. J'ai évidemment décliné ce genre
de sentiments en des sentiments un peu plus universels mais certes
basés sur la perte sentimentale et la peur du "vide" (en mars 2008 j'ai
perdu ma grand-maman, source d'inspiration, à laquelle je dois mon
amour de la musique). Il est indéniable que Hurt By The Moon et la
musique en général est une thérapie très probante; toutefois j'ai
endossé par la suite et quelques temps le rôle de l'autre dans les
relations houleuses et toxiques...je vous laisse méditer cela.

DCS : une nouvelle déchirure pour toi que d’avoir fait souffrir à ton tour ?
DG
: Oui, on se demande parfois s'il est plus difficile de souffrir ou de
faire souffrir? Le grand classique humain au sein des émotions c'est de
faire payer à une personne étrangère à ses blessures le mal qu'une
autre nous a fait. La pathologie de la blessure narcissique; on peut
également attribuer ces souffrance mutuelles à une autre pathologie que
l'on nomme savamment la compulsion de répétition. 
DCS: Pour ce nouvel opus, as-tu conservé la même équipe ou bien t'es-tu entouré de nouveaux collaborateurs?
DG:
Il n'y a pas à proprement parler un nouvel opus, il y a une série de
nouvelles chansons que j'essaie de faire coïncider en un futur album.
J'ai perdu le soutien de mes producteurs pour la suite et ai tout
enregistré seul à l'instar de la 1ère version du 1er album; donc back
to...the beginning!
DCS : Fort heureusement, d’autres personnes
croient profondément en ton talent et il doit être réconfortant de se
sentir soutenu par David Hallyday (qui t’a contacté pour te proposer
d’être ton batteur !) ou encore par un célèbre animateur. Parle-nous
justement de cette rencontre avec Ray Cokes.
DG: David m'a beaucoup apporté après avoir eu un flash total sur mes
chansons; de toutes mes rencontres il reste l'être et l'artiste le plus
proche de ma conception de la musique, je me réjouis tout le temps de
le voir et de déconner avec lui. En raison de son hyper activité -
semblable à la mienne - notre collaboration s'est résumée à quelques
concerts à ce jour. En ce qui concerne Ray Cokes, j'ai fait une simple
demande d'amitié virtuelle sur Facebook; tout en m'acceptant, ce
dernier m'a envoyé un email après être allé écouter mon travail sur
MySpace! Ce mail m'a paru faux tellement il était élogieux et
exceptionnel selon monsieur Cokes (mon héro télé de jeunesse sur MTV
Europe): "D'habitude je n'aime rien de ce que j'entends mais là
j'aimerais que tu viennes dans ma prochaine émission sur France 4"!!!
DCS:
Une autre personne a beaucoup compté pour toi. J'aimerais que tu nous
dises quelques mots sur ces liens si forts qui t'unissaient à ta
grand-mère.
DG: Un lien irrépressible et de sang, un lien bien
plus fort qu'avec ma propre mère qui m'a tout simplement rejeté il y a
longtemps déjà. Perdre ma grand-mère c'était perdre cette union sacrée
à laquelle certains font référence avec leur mère.
DCS: crois-tu à la vie après la mort?
DG:
Je n'aime pas le verbe croire, je lui préfère le verbe "douter",
"ressentir" ou encore le verbe "agir", croire est un était oisif qui ne
me correspond pas. Le doute reste l'état d'humilité le plus absolu pour
des poussières comme nous autres êtres humains le sommes; je reste
choqué devant les vérités qu'assènent les ouvrages religieux - souvent
éculés - depuis des siècles. Le doute me fait avancer, il me fait
créer; le désespoir de l'inconnu(e) est très productif et il pousse à
vouloir comprendre. Chaque jour qui se lève offre la possibilité d'une
nouvelle quête, quand on ne déclare pas savoir "la vérité"; il n'y a
que sa propre vérité qui soit légitime...à mon humble avis.

DCS:
Il y a quelques années, tu découvrais Duffy avec qui tu as écris une
cinquantaine de titres. Votre groupe, "Soulego", était voué à un beau
parcours musical. Malheureusement, Duffy décida tout à coup de mener
une suite de carrière en solo.
DG: C'est exact. 
DCS:
Pourquoi te refuses-tu à commercialiser ces chansons dont tu es le
producteur? C'est une sacré manne financière qui reste en
sommeil...D'autant que les fans de Duffy ne se privent pas pour en
faire eux-mêmes des copies collectors...
DG: Je suis loin de
refuser de commercialiser ce travail. Soulego reste au fond de mon cœur
avec des contraintes qui sont aujourd'hui dictées d'en haut et qui
musèlent toute cette créativité! C'est tellement rageant et difficile à
vivre que je pourrais en tomber malade, cela me rend presque fou; le
jour où ces dizaines de chansons seront connues du grand public il y
aura de quoi réellement s'extasier...
DCS : As-tu actuellement
des projets de collaborations avec d’autres artistes (en tant
qu’auteur-compositeur par exemple) ou te concentres-tu pour l’instant
spécifiquement sur ta propre carrière ?
DG : J'ai toutes les
semaines une ou plusieurs demandes de collaboration au travers
d'Internet; j'avoue qu'à l'instar de Ray Cokes je suis rarement sur le
c.. quand j'entends ce que j'entends! Les rares artistes qui percent ma
carapace artistique sont plus volontiers anglosaxons; sauf récemment
avec la jeune chanteuse niçoise Nano découverte sur MySpace! Le flash
fut mutuel et il est question d'une collaboration sous forme de duo,
une première pour moi même si rien est encore signé. Le projet Nano
n'est pas simplement le fait d'une chanteuse de talent mais d'une
logique artistique imparable, cohérente; il y a derrière les chansons
un compositeur de talent rare, pour moi tout part de là, les bonnes
chansons!

DCS: Je sais combien il t'importe de faire connaitre
ta musique au public français. A ce titre, ton concert parisien du 18
Juin te tient évidemment à cœur.
DG: C'est une date très
importante et qui vient enfin venger l'annulation brutale de la 1ère
partie de David Hallyday à la Cigale en mars 2008 par Universal!
N'étant pas un artiste maison ils ont décidé de mon sort sans
préavis... C'est l'occasion unique de me présenter au public français
seul au piano et surtout grâce au concours du fou génial Oscar Sisto
qui croit - lui aussi - à ma musique!
DCS: Comment peut-on faire pour réserver une place et avoir le bonheur de t'écouter en live?
DG: En appelant le Studio 77 (Académie Oscar Sisto) au 09.52.4...
et/ou en prenant le risque de venir spontanément à 20h00 au 77 de la
rue de Montreuil dans le 12ème à Paris le 18 juin prochain!
Voici le lien le plus important pour que les gens s'inscrivent au concert du 18 juin à Paris (à condition d'avoir Facebook):
http://www.facebook.com/event.php?eid=84656821894&ref=tsDCS : Merci Dorian.