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Réfugié : l'invité de nulle part
Il pleut !
Il pleut comme dans ce pays ou la pluie est : bombe, famine, misère sans pain ni prière pour réanimer en nous l'espoir d'une vie meilleure… Ailleurs… ailleurs que dans un pays de malheur ou « la rage fait guerre »….
Il pleut comme cette pluie qui nous tombe dessus. Je vois autant qu'il me voit ces autres qui regardent le déluge de leur fenêtre parfois navré souvent repu. Je les vois. Ils me voient. Ils sont à l'intérieur de mon idéal. Je suis dehors. Sous la pluie… puis sous la grêle.
Regardez mes frères. Ils nous regardent. Je m'avance avec eux vers cette lueur d'espoir… j'ai mal et pourtant j'avance… autour de moi. Les uns après les autres, ils meurent sous le feu de la grêle de ce pays qui nous bat, nous affame et nous tue.. Quelque soit la raison. Sans que « rien » ne les empêche de faire de nous un « nombre » qui périt par famille, par ethnie, par maladie, par hasard.
L'indifférence ? Je m'en panse les blessures tous les jours pour survivre et rejoindre un asile de justice, un oasis de paix, pour ne pas devenir fou dans ce pays ou ils le deviennent assurément tous. Ces autres là bas, je la vois au bord des yeux leur pitié lointaine.
Seulement, ce n'est pas le bon endroit ni le bon moment pour une compassion.
Alors oui, comme la grêle ne m'a pas (encore) fait plier. Je chercherai tant que je peux un endroit où enfin je pourrais me cacher pour trouver le répit qui anime tous ces pays riches de sérénité…. un endroit ou on n'entend plus l'immondice de l'homme corrompre et aliéner ces semblables et oublier enfin cette vie que l'on n'a pas choisie. Ce destin qui nous a fait naître là ou on aurait pas dû naître, ni vivre, ni mourir.
Mauvais endroit, Mauvais moment.
Alors je cours sous ce temps… trouver le bon endroit… le bon moment… Vous rejoindre dans votre bonheur et donner une chance aux miens de survivre… même quand les portes restent fermées. Je n'hésiterais pas à recommencer jusqu'à ce que je crève pour aller là ou on est en paix ... la où on a des droits.. Là où les hommes sont des citoyens et là où l'abandon est une honte… je suis prêt à tout. Je le trouverais cet abri sûr qui protége de la pluie. Tout comme vous derrière vos fenêtres !
Nous essaierons encore et toujours jusqu'au jour ou tout le monde sera à l'abri dans une terre d'hospitalités ou nos enfants vivrons heureux et insouciants et qu'il ne se lève jamais affamé la peur au ventre et sans espoir et ou enfin nous prendrons retraite de cette vie employé à broyer de la misère et cultiver la « résilience » jusqu'à son paroxysme le plus suprême, en garder des séquelles mais encore et toujours devoir vivre. Si on le peut… Même plus si on le veut. Quand la vie n'est plus une volonté mais un « pouvoir » accordé par autrui.
Il semblerait que dans notre apocalypse. Les mieux lotis nous aient oubliés. Il parait que non…qu'il pense à nous… qu'il verse des aides. À qui.. À ce pays pourri de corruption ? On en a marre d'attendre un « jour nouveau » qui ne vient pas… Alors on va le chercher là où il est, la où il se partage tous les jours entre bienheureux. On en veut. On sait qu'il est là et quitte à mourir : on tentera. Est-ce un crime de se donner une chance quand personne ne nous l'accorde ? Une chance…C'est tout ce que l'on espère.. Au moins une…
Alors face à cet homme qui me demande d'où je viens… et comme je ne veux pas qu'on m'y renvoie je me tais… je me cache. Il réfléchis déjà sur comment il va me renvoyer là- bas. Là-bas, les yeux humides, j'aimerais si j'avais les mots lui dire pourquoi je suis venu « chez lui » ?
Cela, il ne veut pas le savoir... des « comme moi » il en voit tous les jours avec toutes les excuses du monde.
Désensibilisé, aujourd'hui il arrive à me regarder sans cette pitié que ces semblables m'ont renvoyés tantôt.
Au mauvais moment. Au mauvais endroit.
Alors, il sait que mon pays distribue la misère, se nourrit de haine et s'abreuve de notre sang. Mais bon « la vie est dure pour tout le monde » « il fait son boulot » la compassion n'est plus à l'ordre du jour...
Je n'aurais pas sacrifié tous ça pour rien.
Je suis prêt à tout pour mériter ma place...mais il ne veut décidément rien entendre ...
Ce n'est pas mon pays ici... on peut pas faire la charité pour tous les réfugiés… après, ça en amènerait d'autres... c'est si terrible que ça d'aider les gens... c'est si dure que ça la solidarité... Il ne comprend pas ma langue...
Pourtant, je ne viens pas pour t'apporter la guerre et la misère de mon pays, je n'en ai jamais réclamé de cette vie là. J'aimerais que tu m'accordes cette chance de me laisser un peu de ton rêve et de me sortir de ce malheur qu'est la destruction et la folie meurtrière de la guerre et/ou de la dictature... donne moi cette chance. Tu l'as enfin cette opportunité de transformer la fatalité en miracle. Tu as cette possibilité de changer ma vie et celles de miens. C'est maintenant l'endroit et le moment de l'issue de ta pitié. Ta compassion. Son discours est catégoriquement fermé. Il ne veut pas m'aider mais pourquoi ne veux il pas me laisser aider les miens.
Il rentrera chez lui. Et moi je retournerai dans ces cris, cette misère, ce désespoir absolu. Parce que les gens ne voient que ce qu'ils ont envie de voir et que tout le « salut » je le trouverai dans ces tentatives encore et encore pour trouver cette terre d'accueil ma terre promise qui me donnera le droit d'offrir aux miens de la nourriture, des soins, de la culture, de l'éducation…un avenir.
Parce qu'on veut tous une vie meilleure et que pour certains ça ne tient qu'à peu de chose : parfois une volonté…. Un endroit, un moment…une chance.
11:57 PM
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