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L'ART IRRECUPERABLE ( interview de Jean-Louis Costes par Blisten et David Sanson pour Mouvement - 2005 ) - Quels sont vos rapports avec la censure ? Au départ, je croyais qu'en France, il n'y avait pas de censure. J'étais franchement persuadé que dans le cadre d'une œuvre d'art, on pouvait tout dire, tout faire. Dans une fiction, on a le droit de représenter le mal. C'est quelque chose d'acquis en Europe, une convention propre à notre culture. La scène est un lieu de transgression symbolique – et si on utilise cet espace simplement pour bouffer des yaourts, c'est pas la peine. On n'a pas besoin d'un lieu symbolique pour faire des choses autorisées. On a besoin d'un lieu symbolique surtout pour représenter le crime, afin que la catharsis opère. Hélas il y a aujourd'hui une forte poussée de l'intolérance et de la censure. L'Etat est supposé protéger la liberté des artistes, mais ce n'est pas le cas car, le code pénal ne faisant pas clairement la distinction entre fiction et réalité, la justice peut facilement condamner une représentation du mal comme une incitation au crime. - Dès le début, votre travail a suscité l'incompréhension… C'est sûr. Ce que je fais ne s'inscris pas dans un mouvement esthétique reconnu, ne se cache pas derrière un paravent idéologique. Donc bien des gens trouvent mon oeuvre nulle. Mais depuis qu'on me fait des procès, je ne suis plus un con méprisable mais un criminel à éliminer. - Comment résister à la censure ? Je résiste à la censure depuis dix ans parce que je suis un taré. Pas un artiste officiel qui a peur de perdre ses subventions mais un clochard suicidaire qui n'a rien à perdre. Quand un artiste dépasse les bornes, il y a toujours un éditeur ou une maison de disques sur lesquels on peut faire pression. Mais si un barjot qui fait tout lui-même, comme c'est mon cas, décide de se suicider financièrement, voire physiquement, les censeurs sont démunis… Mais, si la censure peine à fermer la gueule du fou, elle le met facielment dans la merdee. Mes disques ne sont plus distribués, plus d'accès à la télé et aux grands médias. Je survis à peine grace au milieu indépendant, les squatts, internet... La misère est le prix de la liberté. - Mais qu'es ce qui dérange tant dans votre oeuvre? Si ce que je fais possède une force politique, cela n'a rien à voir avec les crimes que je met en scène. On voit bien tous les soirs trois cents morts à la télé. Et personne ne téléphone à la police pour dénoncer le crime! Ce qui dérange les gens bien placés, c'est qu'un artiste indépendant travaille hors de leur circuit, réussit hors de leur controle. Un artiste libre est une menace potentielle pour les profits des maffias. Il faut le casser par principe. Principe de précaution! Imaginez un monde où chacun vivrait de son travail sans parasites intermédiaires. Mais ils crèveraient les pauvres parasites intermédiaires! - On vous a comparé aux dadaïstes ou aux actionnistes viennois, à Artaud ou à Pasolini. On dit que votre oeuvre vise à briser les tabous. Comment vous situez-vous sur la scène artistique ? Je ne me rattache consciemment à aucun mouvement. Je connais à peine Artaud et les actionnistes. Mais surtout, je refuse catégoriquement que l'on dise que dans mon travail il y ait un quelconque message, y compris anti-raciste. Pour ma voisine haïtienne, ce que je fais, c'est de l'ordre du vaudou…
12:56 AM
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