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Il était un encrier, quelques histoires à raconter © Tous droits réservés. Mireille Noël

Mireille Noël

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Last Updated: 11/27/2009

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Tuesday, October 07, 2008 

Category: Writing and Poetry

 

Il était un encrier, quelques histoires au long cours à raconter…

Au début du mois d’octobre 1925, la maison de retraite Saint-Benoît internait plusieurs patients, surtout ceux que l’on ne pouvait accueillir à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Des hommes que l’on avait jugés inaptes à la liberté. Le diagnostic était irrémédiablement le même pour la plupart de ces malheureux : débile profond. La majorité de ces résidents, ces gens différents que l’on étiquetait comme étant des malades mentaux entraient dans cette triste maison de retraite, un jour de tristesse, pour y finir tristement leurs jours…

Tristes étaient les jours étranges des étrangers à la maison de la triste retraite. Tristes étaient les rêves étranges des étrangers à la maison des tristes rêves.

Nelligan avait vingt ans lorsqu’il entra dans cet asile pour aliénés. Dès 1899, il fut considéré comme complètement fou par une armée de spécialistes et interné sans espoir de guérison. Il fut condamné à la réclusion dans cette triste maison aux vitres sans jardin de givre pour la liberté d’expression. Le poète enferma ses rêves dans un rêve enclos…

Étranges étaient les rêves de l’étranger Nelligan. Étrange était le remède. La médication était radicale : poésie interdite au poète sous toutes conditions.

La romance était sans nuance. La romance des mots du poète était prisonnière du givre. Loin étaient les jours heureux et les nuits folles à écrire les vers de la vie de Bohême d’un homme fou de liberté. Loin était la gloire du poète de la romance du vin. L’encrier était vide, le papier interdit, la plume disparue…

Nelligan n’écrivait plus. Le poète ne parlait plus. Le givre ne chantait plus sa douce mélodie sur la vitre sans givre de la triste maison du triste équilibriste des sonnets. Le quatrain était vain et la romance sans vin.

Nelligan avait vingt ans lorsque le temps lui vola son vin.

Heureusement, la poésie est une dame discrète qui sait se faufiler dans les âmes sans faire de bruit. Lorsque les minuits sonnent à l’horloge austère du sévère monastère des âmes perdues, la poésie des rebelles se glisse en silence dans les dortoirs de ceux que l’on oublie pour mieux avoir la paix. La  poésie s’éveille en toute liberté dans le cœur et l’esprit des poètes muselés et vient dessiner du givre dans les vitres secrètes des malheureux pensionnaires.

Pour Nelligan, l’apogée de la poésie, le sommet du sonnet apparaissait surtout vers une heure du matin. Depuis son internement, personne ne le soupçonnait d’inventer des rimes sous la couverture de la nuit triste. Nul ne savait qu’Émile cachait encre, papiers et plumes sous les plumes… Le rêve était interdit dans la triste maison de retraite. Nul ne soupçonnait le poète de poursuivre ses rêves dans ses rêves.

Heureusement, la poésie est une dame rebelle…

À l’insu de tous, Nelligan éveillé rêvait d’un rêve profondément rêvé dans ses rêves les plus profonds.

Au début du mois d’octobre 1925, Le OneO’clockDream n’appartenait qu’à Nelligan et…

1. Illustration. Émile Nelligan, adolescent. Collection Paul Wyczynski.

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