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Olivier Bonnet Vendredi 6 Novembre 2009
Est-il
normal que deux policiers s’acharnent à coups de pieds
dans la tête et le ventre d’un homme à terre ?
La réponse à cette question tombe sous le sens : si
la mission des forces de l’ordre est de garantir l’ordre
public et de faire respecter la loi, ce n’est évidemment
pas en la violant elles-mêmes. Le comportement des policiers se
doit d’être irréprochable : voilà pour
la théorie du pacte républicain. Dans la
réalité, on a affaire à des êtres humains,
avec leur personnalité, leurs qualités et leurs
défauts, et il est donc inévitable que certains
dérapent. Le rôle de l’institution est alors de les
sanctionner, non seulement pour les punir de leur délit mais
aussi pour envoyer un double message : à l’intention
des citoyens, susceptibles d’être victimes de tels
comportements, et pour les collègues, qui sauront ce qu’il
en coûte. L’impunité, que nous
dénonçons par exemple dans les affaires de flashballs,
constitue une invitation à se laisser aller pour les
excités et cowboys de tous poils qui infestent la police.
Infection au sens médical : ils contaminent le corps entier
de leur mauvaise réputation et détruisent
l’indispensable relation de confiance avec la population.
C’est très exactement ce qui se passe en Sarkozie, comme
accuse Amnesty international dans son rapport d’avril dernier, sous le titre de France : Des policiers au-dessus des lois. Le directeur adjoint de la branche Europe de l’organisation, David Diaz-Jogeix, s’en expliquait alors dans Le Monde : "En
2005, nous dénoncions certaines méthodes employées
par la police qui pouvaient faire courir de graves dangers,
jusqu’à l’homicide. En 2006, la Cour
européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt
dans lequel elle a condamné la France et demandé
qu’elle donne à ses fonctionnaires de police des
instructions précises sur l’utilisation des
méthodes de contrôle. Or début 2008, à
Grasse, Abdelhakim Ajimi est mort après avoir été
maîtrisé par des policiers lors de son arrestation :
nous attendons toujours des précisions du ministère de
l’intérieur sur ce drame. Dans ce rapport, nous recensons
une quinzaine de cas, qui témoignent d’un problème
structurel de violence policière, sous forme d’homicides,
notamment mais aussi de coups, de mauvais traitement et d’injures
à caractère raciste ou xénophobe." Question du journaliste, Hugo Lattard : "Un phénomène retient votre attention, que vous qualifiez d’"inquiétant" :
les personnes qui dénoncent des mauvais traitements de la part
de la police peuvent se retrouver en position d’accusées." Réponse de David Diaz-Jogeix : "Nous
constatons une augmentation des poursuites sur la base de
l’outrage ou de la rébellion à l’encontre des
personnes qui protestent contre les mauvais traitements de la part des
policiers, ou qui tentent d’intervenir après en avoir
été témoins. Ces mesures de représailles
sont une tendance qui nous préoccupe. De même, des
personnes qui se sont plaintes de mauvais traitements auprès de
la CNDS [commission nationale de déontologie de la sécurité] ont
été poursuivies par les agents concernés pour
dénonciation calomnieuse. Cela met une pression sur les victimes
afin qu’elles ne portent pas plainte. Si nous connaissons les
chiffres du ministère de l’intérieur sur les
infractions d’outrage et de rébellion, nous ne savons pas
combien de plaintes sont déposées pour mauvais traitement
et quelles suites leur sont données, qu’il s’agisse
d’une procédure disciplinaire ou pénale, avec
éventuellement, au bout, une condamnation." De condamnation, il est justement question ici. Lorsque
deux policiers se lâchent sur un individu au sol, à La
Courneuve (Saint-Saint-Denis) en novembre 2005, ils ont la malchance
qu’une équipe de France 2 tourne à proximité et filme la scène (visible sur Youtube). La suite est racontée par Europe 1 le 2 novembre dernier : "Des
peines d’emprisonnement allant de six mois à un an avec
sursis. C’est le jugement prononcé par le tribunal
correctionnel de Bobigny à l’encontre de trois policiers
pour des violences commises lors des émeutes de l’automne
2005. Deux d’entre eux ont reçu également une
interdiction d’exercer leur fonction pendant un an." On note
au passage qu’il vaut mieux toujours avoir de quoi filmer sous la
main à proximité de policiers, mais on se félicite
du verdict. L’impunité a reculé à la faveur
de cette affaire, mais il reste du travail, comme l’atteste l’interview accordée au Post par le porte-parole du syndicat d’Alliance en Seine-Saint-Denis, Loïc Lecouplier : "Nous
ressentons une grande amertume et un sentiment
d’incompréhension. On ne comprend pas. Les magistrats
n’ont pas tenu compte des facteurs extérieurs aux
événements." Suite de l’entretien : "Quels facteurs extérieurs ? En
2005, la police de La Courneuve baignait dans un climat de grande
violence. Nos forces de police étaient confrontées
à des jeux de violence exponentiels et inattendus. Le climat
était très tendu. Les policiers de La Courneuve avaient
une amplitude horaire très forte. Cela a engendré une
certaine perte de repères de la part des forces de police sur
place. Sans oublier le stress que rencontraient les policiers. Certains
d’entre eux ont vu leur famille menacée. En quoi ce contexte difficile justifierait-il de telles violences ? Tout
cela ne légitime pas les actes des trois policiers, mais ce
contexte particulier peut expliquer leurs actes. Ce que nous
regrettons, c’est que les magistrats n’aient pas pris ces
faits en compte. En justice, il existe des circonstances
atténuantes, le contexte de violence des émeutes de 2005
devrait en faire partie." Désolé mais
être fatigué et stressé ne vaut pas absolution. Le
fait que le porte-parole d’Alliance parle d’ "amertume" et d’ "incompréhension",
quand les policiers fautifs n’écopent que de sursis -
à rapprocher des mois de prison ferme qui pleuvent sur les
petits délinquants - en dit long sur le chemin qui reste
à parcourir pour extirper de la police française la
culture de l’impunité.
17:24
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