Dominique Grange a commencé à chanter à 11 ans. Dès son plus jeune âge, à Lyon, elle chante Léo Ferré et Aristide Bruant. À Paris, elle prend des cours d’art dramatique et entame une carrière de comédienne. Elle enregistre trois 45 tours (disques Bel Air), chante dans des cabarets rive gauche : « Le Port du salut », « Le Cheval d’Or »..., rencontre Guy Béart et signe un contrat avec les disques Temporel…
En mai 1968, elle laisse tout tomber, le théâtre, la chanson, sa maison de disques, les tournées avec Béart, sa "carrière" … et chante la Révolution dans la cour de la Sorbonne et les usines en grève. Elle fait partie du Comité Révolutionnaire d’Agitation Culturelle, le CRAC et sort un 45 tours autogéré qui se vend par milliers (Chacun de vous est concerné, La pègre, Grève illimitée, À bas l’état policier)…
En 1969, elle part travailler comme O.S. dans une usine de conditionnements alimentaires, dans la banlieue de Nice et écrit alors « Les Nouveaux Partisans » qu’elle enregistre sur un nouveau 45 tours autogéré. Les années 70 sont marquées par une répression violente contre le mouvement révolutionnaire. Militante de la Gauche Prolétarienne, elle connaît la prison en 1971, suivie de quatre années de clandestinité. Grâce à Wolinski qui dirige Charlie mensuel, elle survit en faisant des traductions de Bandes Dessinées. À la fin des années 70, c’est Tardi, rencontré à l’hebdomadaire BD (dont elle était alors rédactrice en chef), et devenu depuis son compagnon, qui l’encourage à réécrire des chansons.
En 1982, elle signe chez Celluloïd et enregistre l’album « Hammam Palace » au studio Ramsès avec les musiciens du groupe Odeurs… Inclassable, infréquentable pour beaucoup d’ex-gauchistes devenus journalistes, Dominique Grange est éreintée par certains critiques qui ne supportent pas l’évocation de ce passé révolutionnaire. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’avènement d’un système dont toutes les valeurs se cotent en Bourse, chanteurs de variétés inclus, la floraison des utopies est bien loin.
De 1985 à 1992, Dominique écrit trois livres sur l’adoption, traduit Crumb, Buzelli, Muñoz et Sampayo, elle écrit également des scénarii de BD, notamment avec Bilal et Tardi… On trouve sa signature dans « BD, l’Hebdo de la BD », « À suivre », « Charlie mensuel », «l’Écho des savanes »…
En 2003, elle retrouve le chemin d’un autre studio (Profil), reprend sa guitare et rencontre les musiciens de François Béranger. Un double album sort au printemps 2004… Dominique Grange n'a pas changé de cap… Elle chante les révoltes d'aujourd'hui, la prison, l'exil, l’exploitation, l'exclusion… "Les chansons de son album sont autant de petits cailloux rouges et noirs indiquant les chemins à suivre vers L'utopie toujours…" (Le Monde libertaire, Daniel Pinós).
Fin 2004 : sortie d’un CD simple : « Droit d’Asile » en soutien aux réfugiés italiens menacés d’extradition, suite à l’arrestation de Cesare Battisti.
En 2005, Dominique participe à l’enregistrement d’un disque de chansons de la Commune avec Francesca Solleville et d’autres… Elle participe également à une compilation de solidarité lors de la campagne pour la libération des militants d’Action Directe emprisonnés depuis 20 ans.
En 2007, Dominique enregistre «1968-2008… N’effacez pas nos traces !» (Label Juste une Trace / AMOC), un album qui trouve son unité et sa cohérence dans les thèmes qui ont inspiré cette « auteure-compositeure » tout au long des quarante années écoulées depuis Mai 68 : les luttes sociales, les minorités opprimées, le racisme, la misère, les inégalités, la prison, l’exil, les mouvements de résistance ou d’émancipation des peuples, la mémoire, l’espoir d’un autre futur et les utopies révolutionnaires… Touché par les enregistrements, Tardi décide d’en faire une superbe mise en images intégrale à la gouache.
En 2008, sortie de l’album (distribution Anticraft) et publication aux Éditions Casterman d’un livre de 80 pages, incluant le CD, sous le même titre « 1968-2008…N’effacez pas nos traces ! », une œuvre à quatre mains de Dominique Grange et Tardi. Le livre est préfacé par le philosophe Alain Badiou. Un enregistrement figure également, à la demande de Georges Moustaki, sur sa compilation intitulée « Sous les pavés une carte blanche » (EMI). Plusieurs concerts sont organisés, avec une projection simultanée des images de Tardi, notamment au Café de la Danse (avril) et au Festival Pop Montréal (oct.), qui fut le premier concert en Amérique du Nord de Dominique.
Fin 2008, Dominique enregistre «Des lendemains qui saignent» (Label Juste une Trace / AMOC). De nouvelles guerres ne cessent d’ensanglanter notre planète et le rappel des souffrances abominables causées par le grand abattoir 14-18 est un prétexte pour dire une fois de plus NON À LA GUERRE !
En 2009, Tardi a posé sa voix entre chacune des dix chansons de ce nouvel album de Dominique, sur des musiques improvisées par les musiciens qui accompagnent Dominique. Il dit des textes incisifs extraits de « Putain de Guerre ! », son dernier ouvrage réalisé avec l’historien Jean-Pierre Verney. Un nouveau spectacle avec une projection simultanée des images de Tardi est présenté en avant-première à Montréal et Québec.
Fin 2009, sortie de l’album (distribution Anticraft) et publication aux Éditions Casterman d’un livre de 80 pages, incluant le CD, sous le même titre « Des lendemains qui saignent ». Le livre est préfacé par l’écrivain Lucien Seroux. L’originalité de cet ouvrage est la complémentarité : une écriture à six mains cette fois : Grange, Tardi et Verney, et une interprétation en trois modes d’expression. La rigueur historique y est omniprésente. Les trois complices, à leur manière, écrivent la douloureuse contre-histoire.