Il y a quelques semaines, une pancarte a été accrochée sur la porte d'entrée de mon immeuble, dénonçant les pratiques anti-écologiques de certains de ses locataires.
Les instances punitives avaient découvert que certains d'entre nous ne respectaient pas le tri sélectif. Et je dois vous avouer que s'ils avaient accroché à côté de cette pancarte la photo de mon visage avec écrit dessous «wanted mort ou vif», le message n'aurait pas été plus clair.
Je pense être l'une des dernières personnes de mon entourage à n'avoir strictement rien à foutre du tri sélectif. Alors je sais bien que c'est un acte citoyen primordial pour la survie de notre planète, mais rien n'arrive à me responsabiliser. Ni les messages d'alerte de Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand, ni les comptes-rendus de fonte des neiges ou de déforestation. Tant que mes chaussures ne sont pas entourées de lave, ou mon pantalon trempé par les prémisses d'un tsunami imminent m'arrivant sur la face, je suis incapable de m'émouvoir, ou plutôt si, je m'émeus le temps du journal télé, mais dès les résultats sportifs, mon émotion citoyenne disparaît à la vue d'une volée de Federer ou d'un dribble de Cristiano Ronaldo.
Jamais Nicolas Hulot n'arrivera à me faire prendre conscience que la terre va mal. Et le pire, c'est que je sais qu'il a raison, mais je n'ai pas envie de le croire. Par jalousie. Hulot a vu tant de choses magnifiques durant sa vie que je peux aisément comprendre qu'il veuille protéger, sauvegarder la planète.
Ses motivations sont pures, réelles, basées sur l'expérience personnelle d'un globe-trotter insatiable. Pour ma part j'écris ce papier dans un 12m2 avec vue imprenable sur un mur moucheté de crottes de pigeons. Que voulez-vous que j'ai envie de sauvegarder avec une copie fécale d'un Jackson Pollock sous le nez une partie de la journée ?
Vous comprendrez que ma vision de la beauté du monde est un peu plus étroite que celle de Nicolas Hulot, et que si un matin, avant de descendre mes ordures ménagères, je décide de mettre mon carton de rouleau de papier-toilette dans la même poubelle que ma boîte de raviolis vide, ce n'est pas de la fainéantise, mais juste de l'aigreur.
«La terre vue du ciel» ? qu'ils essayent «Paris vue de ma fenêtre» et après on discutera.
Notre différence d'engagement vient du fait qu'on ne voit pas le monde de la même perspective.
George Carlin, un des plus grands humoristes américains, disait : «the planet is fine… men are fucked». J'aime cette misanthropie guillerette.
Comme lui, plus j'observe la société et plus je me dis que l'Homme n'a pas sa place ici.
La Terre est une fête dans laquelle l'Homme s'est incrusté alors qu'il n'était pas invité. Il a vidé le bar et, bourré, à commencer à foutre le bordel et niquer l'ambiance.
Et lorsque, par exemple, je vois une marée humaine en rollers débouler sur les Grands Boulevards parisiens à grands renforts de bruits stridents, de chapeaux stupides et de t-shirts débiles, je ne peux m'empêcher d'avoir, l'espace d'une demi-seconde, et avec un léger sourire au coin des lèvres, le fantasme morbide de voir une voiture débouler à contresens.
Paris s'est transformée en un immense club Med dont Bertrand Delanoë est le g.o.
Il se félicite constamment des évènements à consonance écolo qu'il crée puis propose aux autres grandes villes du monde. Paris-Plage (bientôt à Londres), Vélib (à Chicago).
Bienvenue dans la nouvelle mondialisation soft, où les mêmes projets nuls se propagent aussi rapidement qu'un Herpès mal soigné.
Mais malgré mon petit côté insociable et pseudo-contestataire, j'aime l'endroit dans lequel je vis, et si Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand lisent ce papier et décident de m'emmener en voyage pour me faire découvrir la beauté fragile au sein de laquelle nous vivons, je promets de devenir un citoyen modèle. Je serais même prêt à me raser à sec, brosser les dents à sec, me laver à sec, puis me rincer avec ma propre urine recyclée que je stockerai dans des containers gardés à température ambiante via un système d'éolienne fonctionnant à l'énergie solaire.