A présent j'essaie de faire comme tout le monde : de n'avoir besoin de personne pour donner un sens à ma vie. - Non pas que j'aie choisi de me corriger, mais mes amours se sont chargés de le faire cruellement. - Pourtant je vois bien que cela m'est très difficile.
Je disais hier à un ami spécial et que le hasard m'avait prêté la soirée sur msn pour me consoler un peu : "j'ai tant besoin des autres alors que tout le monde se passerait fort bien de moi... la vie, les gens, le travail, tout me fuit... Lorsque toi c'est le contraire : Tu voudrais fuir les gens, le travail, la vie, le monde, et tous t'obsèdent, se rappellent à toi sans cesse, avec insistance."
Ainsi les gens sont-ils faits : n'exprimez aucune dépendance à leur égard, en quelque sorte faites-leur savoir qu'ils représentent pour vous le superflu, et alors une cour se crée autour de vous, on se dispute votre présence. Parce que les gens aiment avoir l'intuition inconsciente que vous leur sacrifiez votre temps et votre patience…
Mais si par malheur vous ressentez dans votre âme le désir profond, métaphysique de connaître et d'apprendre à aimer sincèrement votre prochain, si quelqu'un vous provoque ce manque sacré : si l'Autre vous fascine, alors, à tous les coups, vous êtes condamné à une destinée de solitude.
Je n'ai pas rencontré un seul être humain qui prenne réellement du plaisir à satisfaire les espoirs amoureux d'autrui - même lorsque cela lui serait facile. Il semble qu'en général les gens préfèrent se voler leur plaisir plutôt que de se le donner. – Ils s'aiment à tour de rôle : dès que l'un s'éloigne, l'autre est reconquis ; vient alors subitement à ce dernier une envie terrible qu'on réponde positivement à ses propres débordements d'attention! Pourtant c'est seulement en s'éloignant à son tour à ce moment-là qu'il serait susceptible de faire éprouver à son partenaire les mêmes sentiments... Ou bien tout simplement les gens s'aliènent à vie en se suscitant de la frustration en permanence, sur la longueur.
Il y a aussi ceux qui font croire d'abord qu'ils seraient ravis de réaliser vos rêves, qu'ils aiment votre plaisir, qu'ils aimeraient que vous les aimiez, mais cela s'épuise bien vite, à mesure que leur propre désir est satisfait - j'essaie de ne pas fréquenter ce dernier genre de personne : c'est un mode de fonctionnement vulgaire, d'ignorants. En vérité, ces hommes vulgaires, il vaut mieux continuer à leur refuser ce qu'ils demandent : le fait qu'il en soit aimé n'a jamais été l'origine de l'amour d'un homme pour une femme. Et les femmes ne fonctionnent guère différemment.
Seuls les gens exceptionnels aiment réellement être aimés ; rares sont ceux capable de ne pas décevoir ceux qui leur font de grandes offrandes. La plupart des gens préfèrent être aimés en général, de toute sorte d'inconnus, qui ne les connaissent pas, et se lassent bien vite de la réelle dévotion : celle qui veut connaître leur visage, qui les suivrait jusque dans leur chute. Les gens n'aiment pas l'amour qui est capable d'exister au-delà des apparences. Ce à quoi ils aspirent : des snobs pour les féliciter de leurs victoires, et des cruels pour leur botter le cul lorsqu'ils tombent. C'est parfaitement immoral. Un type qui vient pour leur essuyer le visage lorsqu'ils sont dans la boue, c'est le premier qu'ils songent, à tous les coups, à crucifier.
La vie est dégueulasse.
Et moi, dans tout cela, les gens me prennent pour une extraterrestre. Et je les emmerde.