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Tighthreadwriter



Last Updated: 3/15/2009

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Saturday, August 30, 2008 

Current mood:  knighted

Après ma présentation à Louis XVI, mon frère songea à augmenter ma fortune de cadet en me nantissant de quelques-uns de ces bénéfices appelés bénéfices simples. Il n'y avait qu'un seul moyen praticable à cet effet, puisque j'étais laïque et militaire, c'était de m'agréger à l'ordre de Malte. Mon frère envoya mes preuves à Malte, et bientôt après il présenta requête en mon nom, au chapitre du grand-prieuré d'Aquitaine, tenu à Poitiers, aux fins qu'il fût nommé des commissaires pour prononcer d'urgence. M. Pontois était alors archiviste, vice-chancelier et généalogiste de l'ordre de Malte, au Prieuré.

Le président du chapitre était Louis-Joseph des Escotais, bailli, grand-prieur d'Aquitaine, ayant avec lui le bailli de Freslon, le chevalier de La Laurencie, le chevalier de Murat, le chevalier de Lanjamet, le chevalier de La Bourdonnaye-Montluc et le chevalier du Bouëtiez. La requête fut admise les 9, 10 et 11 septembre 1789. Il est dit, dans les termes d'admission du Mémorial, que je méritais à plus d ' un titre la grâce que je sollicitais et que des considérations du plus grand poids me rendaient digne de la satisfaction que je réclamais.

Et tout cela avait lieu après la prise de la Bastille à la veille des scènes du 6 octobre 1789 et de la translation de la famille royale à Paris ! Et, dans la séance du 7 août de cette année 1789, l'Assemblée nationale avait aboli les titres de noblesse ! Comment les chevaliers et les examinateurs de mes preuves trouvaient-ils aussi que je méritais à plus d ' un titre la grâce que je sollicitais, etc., moi qui n'étais qu'un chétif sous-lieutenant d'infanterie inconnu, sans crédit, sans faveur et sans fortune ?

Chateaubriand, François-René de (1768-1848). Mémoires d'Outre-tombe, 1 L 1 Chapitre 1.

J'aime tout particulièrement chez Châteaubriand ces passages de ses Mémoires où il nous fait sentir, en évoquant l'histoire de son nom, combien était précaire le destin de ses pairs, les "chevaliers" - cadets nombreux des familles nobles désargentées - aux temps de la révolution. Ce qui est beau, c'est d'une part le dérisoire désir de reconnaîssance qui parfois les tiraille, et les grandes pompes de l'Ordre de Malte pour fédérer cela, et le phénomène massif de retour à la terre et de disparition "dans le peuple" dont la plupart sont victimes.

C'est une image sociale du cycle naturel - donc forcément une image cruelle : la tête des plus grandes familles est coupée et les ramifications secondaires des dynasties anciennes retournent alimenter le sol, à la base d'un cycle nouveau, celui, très long, encore inachevé sans doute, au terme duquel la bourgeoisie accouchera des nouvelles élites.

Pour moi, notre société, sous ses faux-airs démocratique, est une société qui se hiérarchise... Où les gens, en particulier dans les grandes villes, n'arrivent parfois plus à différencier leur appréciation d'autrui du stade auquel ils le place en quelque sorte sur l'échelle de cette grande évolution : celle d'un certain affinement des moeurs dont l'aboutissement correspond à la définition moyenâgeuse du "gentilhomme".

Qu'en pensez-vous? :)

Le Trône et l'Autel - Site de mon sympathique interlocuteur passionné d'histoire et légitimiste de son état.

Tighthreadwriter

 
Admirable réponse. Je suis d'accord en tout. :) Comment ne pas l'être? Oui, le fait que les blasons les plus anciens et les plus illustres traitent des exploits de ces cadets du 11e siècles envoyés par Urbain II "chasser le miracle en orient" - un peu comme on chasse le Dahut - pour gérer certains problèmes de sécurité extérieure et surtout purger les familles nombreuses de leurs bouches "à doter" excédentaires est, je trouve un phénomène particulièrement évocateur, romantique, dirais-je même... Si ces jeunes gens n'étaient pas partis mourir ou s'enrichir à l'étranger, sans doute que la couronne de France aurait eu plus de mal encore, dans les siècles qui suivirent, à fédérer les patrimoines et les terres qui allaient composer notre nation. "Le cycle naturel" opérant son oeuvre, au lieu de permettre au Roi de considérer à nouveau Comtes et Ducs comme ses vassaux, peut-être qu'un système d'alliances mal géré aurait abouti à une dissémination de tous les biens du royaume à travers les ramifications de sa descendance... L'image qui se présente là vous fera peut-être frémir d'effroi ; je me dis que ç'aurait peut-être été le plus souple et indolore phénomène de démocratisation de l'histoire. ^^ Vous êtes un historien, je suis une rêveuse... Ne me tenez pas trop rigueur du manque de rigueur scientifique qui caractérise cette forme de connaissance du monde si controversée qui est la mienne: l'utopie. Quand je parlais d'un possible "affinement des moeurs" qui aboutirait à la création d'une nouvelle forme d'aristocratie basée sur des valeurs morales immémoriales, je ne pensais pas précisément aux rejetons pouponnés de la haute bourgeoisie régnante... Je supposais là seulement que la société bourgeoise, dans son ensemble, dont nous sommes tous partie prenante aujourd'hui, sans exception, à cause de la généralisation du comportement consumériste qui la caractérise à tous les acteurs du monde moderne, était susceptible, dans n'importe laquelle de ses strates, de donner naissance à des individus mus par un idéal supérieur, et qui seraient capables de se lancer dans une croisade personnelle ou collective afin de reconquérir une certaine idée de la noblesse perdue... La démocratisation culturelle a cet avantage qu'elle a peut-être vocation, à terme, à permettre de se distinguer de la pensée matérialiste vulgaire ceux dont le coeur aspire à un but supérieur pour leur vie. Peut-être que certaines personnes se cachent dans le paysage qui ont envie de courir à nouveau "après le Dahut". Et si cela les rends meilleurs aux autres, et plus forts, peut-être d'autres personnes se laisseront envoûter par le récit fabuleux de leurs conquêtes. C'est toute la gageur du parcourt initiatique : faire avancer l'humanité sur la base d'un Graâl invisible à l'oeil nu. Et c'est ce en quoi je crois, car Chrétien de Troyes vit encore en moi aussi fort que dans le coeur des premiers chevaliers. Bien à vous, à la prochaine. Millie
 
Posted by Tighthreadwriter on Wednesday, September 03, 2008 - 5:52 PM
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Tighthreadwriter

 
Bonsoir,

Tout d'abord, je vous remercie de m'avoir répondu, et aussi complètement, comme vous semblez vous en faire à chaque fois un devoir. Cela m'honore et aussi témoigne que vos activités militantes ne vous empêchent pas de rester un homme de bonne volonté.

Je crois nécessaire de faire remarquer ici que la plupart des gens, hélas, ne sont pas comme nous. A moins qu'il ne sachent tout simplement pas ce que c'est que d'avoir des convictions profondes et des chevaux de bataille - et c'est la majorité d'entre eux -, quand ils leur arrive de croire en quelque chose, il est rare qu'ils éprouvent encore assez de feu sacré pour leur cause pour la défendre aussi volontiers en public et tenter de la confronder à des points de vue divergents.
Car, oui, sous des apparences trompeuses, mon point de vue sur la grande question de la légitimité de la famille Bourbon à régner encore sur la France est divergent du vôtre... Plutôt dirons-nous que je ne fais pas aussi grand cas de cette question que vous. A mon sens - je possède cette variété-là de matérialisme - un combat dont on n'a absolument aucune chance de sortir vainqueur n'est pas un combat. ^^ Mais j'ai de la tendresse pour ceux qui comme moi sont d'avis que lorsqu'on appartient corps et âme à une cause désespérée, il est plus esthétique de mourir avec elle. - J'ai eu une cause autrefois, à laquelle je me vouais corps et âme (ce n'était pas un parti politique, c'était une quête amoureuse, pardonnez le léger hors-sujet) et à mon grand déshonneur, je dois avouer que j'ai finalement résolu de lui tourner le dos devant la puissance de l'adversité. Je suppose que si vous-même aviez été la femme du gentilhomme que je convoitais, malgré tout l'idéalisme qui vous caractérise (et dont je suppose que le fait d'être une femme n'aurait rien retranché), vous m'auriez supplié pour mon propre honneur de cesser mon obstination grotesque à ne pas vouloir comprendre que le gentihomme ne m'aimait pas. - Il est des cas hélas où il devient extrêmement oiseux de jouer les Don Quichottes.
Cette anecdote imiscée ici comme un cheveux dans la soupe, ne la prenez pas pour une offense. Cette histoire est la pure vérité (ce n'est pas un seulement un argument rhétorique) et c'est même le grand drame de ma vie. Soyez conscient que si vous me répondez à ce sujet, il ne faudra pas seulement vous préoccuper de votre propre sens de l'honneur, mais aussi avoir quelque égards pour ma susceptibilité.

Avez-vous lu Don Quichotte? C'est un roman d'une modernité extraordinaire - Diable! Je viens de faire un méchant lieu commun. C'est un roman qui parle de la chute des idéaux. Un phénomène, semble-t-il, un peu plus ancien qu'on ne le pense. Les pharisiens ne sont-il pas un bon exemple de peuple dont les mythes étaient déjà retournés, du temps où César était encore le maître du monde, à l'état primaire d'abstractions? Voilà encore un phénomène qui semble tenir beaucoup du cycle naturel. - Oui, il semble que les cycles naturels soient mon rayon (pardonnez le jeu de mot inutile) ^^.

Ce que j'essaie d'amener par-là, c'est la grande originalité de mon point de vue sur les mêmes choses qui vous intéressent.
Oui, je suis habitée par les romans de Chrétien de Troyes ; je place la Chevalerie - tant sur le plan spirituel qu'amoureux, les deux se trouvant, par exception, étroitement liés en son sein - au plus haut de mon échelle de valeur morale. Pour moi, le Cycle Arthurien est avant tout un chapelet d'aventures au gré desquelles un certain nombre de gentils adolescents comme les autres accèdent par la grande porte à une vision du monde et à une conception de l'amour régie par la grande symbolique chrétienne kabbalistique. Et cela à mon avis est déjà beaucoup car il apparaît important que, de tout temps, certaines personnes continuent, à leur image, de s'inventer une démarche existentielle de l'ordre du chemin initiatique ayant pour vocation de réenchanter le monde.
Si j'aime la définition originelle du "Chevalier", au sens où l'emploie Châteaubriand, c'est parce qu'elle suppose que les fondateurs de la noblesse à venir ne sont autre que les petits "cadets" désargentés des contes de Perraud, à qui, faute d'or, on confie un peu de poudre de perlinpinpin, des bottes de sept lieues, un chat magique, et une grosse besace de courage afin qu'ils conquièrent ce qui ne leur a pas été donné.

J'ai oui, on peut le dire à présent, dans une coeur une grande aspiration à plus de justice. Et comme je constate que l'on ne change pas les mentalités avec des mouvements de masse, de la propagande ou la télévision, je veux écrire des histoires qui racontent à tous les hommes, du plus grand au plus petit, comment il faut faire pour devenir, individuellement, meilleur. De cette manière je pense oeuvrer dans notre monde déspiritualisé à faire vibrer chez mon prochain la corde sensible de son âme. Car voilà tout ce à quoi nous pouvons aspirer aujourd'hui : une vie davantage en accord avec un code de valeur noble, le courage de ne pas céder à la vulgarité des joies primaires et des souffrances du quotidien, et surtout porter avec dignité à notre boutonnière le deuil de nos premières illusions.

Il me paraît bien difficile de prétendre agir dans le monde d'une façon très différente lorsqu'on a les mêmes ambitions que moi. Ne négligeons pas les progrès rapides que notre monde a accompli ces deux dernier siècles. Ils sont le moyen par lequel les enjeux politiques des pays d'autrefois (royaumes, principautés, empires) - c'est à dire la relation complexe du chef des décisions (le Trône) avec celui de l'identité spirituelle et morale (l'Autel) - concerne aujourd'hui au niveau existentiel chaque individu. Ces deux derniers siècles ont rendu le montre très complexe, bien trop parfois au regard de notre pauvre entendement humain, mais il lui a donné une richesse potentielle extrème, à cause de ce phénomène de réduction à l'échelle de l'individu, du "domaine de la lutte" - pour paraphraser monsieur Houellebeck (que par ailleurs je ne porte pas spécialement dans mon coeur, rassurez-vous).

J'espère n'avoir pas outrepassé les limites de votre bienveillance et de votre bonne volonté. Pour la petite "uchronie" du dernier post, je vous prie tout simplement de m'excuser. J'ai dit la première chose qui m'est passée par la tête à seule fin de vous faire mieux comprendre mon mode de fonctionnement.

A bientôt ici-même et chez vous, j'espère.
Amicalement,
Millie.
 
Posted by Tighthreadwriter on Sunday, September 07, 2008 - 9:58 PM
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Tighthreadwriter

 
Bonsoir, | Comme vous le voyez, j’ai mis beaucoup de temps à répondre à votre dernier message. De cela, n’en prenez pas ombrage, imputez-le plutôt à la force de vos arguments. Au moment où j’ai reçu ce dernier commentaire, je savais que je ne pourrais pas aller dans votre sens, mais j’étais incapable de savoir dans quelle mesure je devais commettre ce crime contre mes propres conviction : combattre en vous l’idéaliste. | Tout l’écart qui existe entre nos deux modes de pensée se résume à ce clivage : celui d’entre l’Esprit et la Lettre. Vous pensez prendre les armes au nom de l’ancien code d’honneur de la chevalerie, et moi, aussitôt, bien sûr, je pense « Don Quichotte ». Dans la bouche d’un autre une telle pensée vous aurait été offensante. Pas dans la mienne, cependant. Car de la même manière que j’éprouve de la tendresse pour ce qui me semble beau, en lieu et place d’avoir une véritable opinion politique à ce sujet, dans la mesure où j’aime autant le véritable chevalier que son avatar moderne ridicule, et que depuis que j’ai lu Beckett, je considère que les derniers des grands héros tragiques (pléonasme) de la modernité sont précisément des héros ridicules, je ne puis certainement pas vous juger avec dureté. | Aussi, car je vais vous combattre, je vais prendre une position inconfortable : davantage qu’un ennemi, je vais combattre mes propres illusions à travers vous (celles que j’ai conservé aussi, à un différent niveau, de relever un jour mes propres défis impossibles) et de surcroît, même après vous avoir bouté hors de mon royaume, je ne vous en exclurai jamais pour de bon, car en vérité vous appartenez à la race des plus-ou-moins-doux-rêveurs que j’affectionne ; mais vous par contre vous sentirez insulté – et en dernier recours on découvrira que la philosophe que je suis n’a pas sa place dans votre moyen-âge, et sa philosophie restera les bras grands ouverts, mais vides ; car la bienveillance de Beckett (le maître de l’absurde) à votre égard n’est pas ce que vous recherchez. | Commençons par une confidence – excusez-moi si le récit qui va suivre ne vous apprend rien mais si je ne raconte pas cette histoire à mes propres lecteur, je risque de les exclure du débat : | Autrefois, lorsque j’allais à l’université, (il n’y a aucune occupation dans ma vie d’adulte que j’aie poursuivie avec beaucoup d’assiduité – apprenez, sans surprise, que je suis ce que l’on appelle une éternelle dilettante), j’ai fait quelques études d’histoire, et alors, à votre image, je me souviens que le mythe de Clovis (mythe fondateur de notre nation) m’avait émerveillée. Ce mythe, à travers mes yeux quelques peu naïfs, racontait qu’un jour un roi barbare dont les dieux étaient des dieux de la nature avait conquis la terre sacrée du grand empire romain décadent… Cet empire qui touchait à sa fin avait, alors qu’il était presque sur le point de mourir, confessé la foi chrétienne ; et toute la terre en laquelle avait été ensevelie sa dépouille était encore administrée par les prêtres de cette église, restés debout après la chute de Rome, à la façon d’un puissant réseau de chandelles… La vie courante des petites gens n’avait plus de loi pour la régir et la protéger que celle des grands évêchés établis dans les cités les plus influentes. Partout en occident, d’autres barbares, les frères et les cousins de race de Clovis, avaient tenté de s’emparer du trône : cette couronne – la plus prestigieuse – de l’Empereur ; du César. Mais tous méprisaient l’Autel, alter-pouvoir, certes, mais aussi ultime tenant de la défunte Civilisation. Tous ces chef de guerre avaient un point commun : ils désiraient disposer, en outre de la terre, du pouvoir religieux – ils n’acceptaient la loi du Christ qu’à condition d’être les nouveaux Christ ; ils se voulaient à la fois Pape et César (ainsi, sur une telle gageur le futur Empire Germanique fut-il plus tard fondé). Tous ? Non. Tous sauf un ! Clovis qui n’entendait encore rien au christianisme, était resté simple et très « Franc » : il se voulait fidèle aux dieux de la nature de ses ancêtres (en cela montrait-il une réelle prédisposition à la piété – du moins possédait-il la piété filiale et un code de l’honneur) et ne prétendait pas devenir le Christ. Ce guerrier simple, donc, au cœur pur, dut attirer sur lui la bienveillance du Puissant, car il fut souvent heureux au combat ; une fois conquise la terre de ce qui devait devenir la France, le Roi des Francs épousa, naturellement, une chrétienne - c’est-à-dire une héritière de l’ancienne aristocratie gallo-romaine, et donc une femme cultivée. Cette femme (béatifiée par l’Eglise, « Sainte Clotilde »), comme elle était une personne de qualité, eut beaucoup d’influence sur son mari, et prêcha auprès de lui pour sa propre paroisse. Grace à elle le roi des Franc entra en relation avec l’Evêque du lieu : Saint Rémy, l’Evêque de Reims, qui à force de discussions devint son confesseur. C’est donc la résultante d’un genre de trio qui aurait pu être amoureux, et dont la mémoire que nous conservons n’est pas dénuée de romantisme, si le Roi des Francs fut le premier chef de guerre barbare à bénéficier du plus décisif des appuis dans sa conquête : comme il ne méprisa pas les prêtres, il obtint le support de toute l’administration Romaine encore en place, et à travers cette administration, celle du peuple ! Car le peuple romain n’avait pas disparu d’Occident, il était chrétien, et il dépassait les barbares en grand nombre. Clovis fut le premier de ces agresseurs à ne pas considérer sa conquête (la terre romaine aussi bien que son épouse) comme une ennemie, et c’est à cause de cela, en ce que la raison et la foi ensemble commandaient un tel destin, qu’il fut béni de Dieu et qu’il marcha sur tous les autres royaumes d’Occident. Selon cette tradition, qui anima la guerre de cent ans et dans laquelle l’Europe puise tous ses vieux clivages, le Roi-Très-Chrétien de France a légitimité à dominer le monde ! – Mais dès la fin du règne de son descendant Charlemagne, la belle unité de l’occident fut à nouveau, et pour toujours, éclatée : car le « paganisme chrétien » (nommé arianisme) des opposants barbares de Clovis ne devait jamais vraiment mourir. En quoi ce « mythe » m’est-il si cher ? Je ne crains pas d’admettre que c’est parce qu’il renvoie à lointain passé fantasmé dans lequel il m’est permis de croire que Dieu faisait encore parfois valoir sa volonté sur terre en exhaussant les vœux des Justes. Il me laisse croire que les exigences de la raison n’ont pas toujours été contraires à celles du cœur. C’est une histoire de justice sans martyr. C’est tout simplement l’histoire d’un groupe d’hommes dont la prétention de donner le jour à une nouvelle Jérusalem n’a pas échoué. Cette histoire donne à l’Occident Chrétien le visage d’une harmonieuse société traditionnelle, où chaque chose est à sa place, à nouveau, avec la bénédiction du Saint Esprit. De même, à Athènes, dans l’antiquité, se réjouissait-t-on à évoquer, avec nostalgie, les lointains temps Homériques. Car davantage qu’un véritable récit historique, à titre de rêve commun, ils étaient l’âme de la nation. | Ainsi ne m’en voulez pas trop si, lorsque vous parlez combats et conquêtes, je n’entends que romantisme et nostalgie… Car en premier lieu nos contemporains doivent désapprendre à croire que le fait de romancer sa vie est un parti-pris existentiel qui exclut la violence. Rimbaud n’est pas le seul poète à être mort par esthétisme. Brahms imitait les chansons militaires, les chansons militaires ont toujours elles-mêmes cherchées à faire vibrer la part la plus « fleur bleue » qui est en l’homme pour les mener au casse-pipe, et la guerre en soi est un contexte qui a vocation à exalter les sentiments et les femmes… Lorsqu’aujourd’hui un adolescent joue à un jeu de baston sur une console vidéo, la seule réalité déplorable, c’est qu’il refuse de reconnaître la parenté immémoriale de cet acte avec la masturbation, et en bref, je dirai qu’à mon avis la violence atteint ses propre limites et ne commence à devenir problématique que si l’on s’acharne trop à la dissocier de l’amour – avez-vous déjà vu, à ce propos, le film Pink Floyd-The Wall qui met en parallèle la problématique du mur de Berlin édifié entre les deux pôles idéologiques du XXe siècle et la guerre des sexes? | Dans sa réalité historique, l’amour courtois, en tant que ciment de la hiérarchie sociale d’un groupe, puisqu’il impliquait, à travers la sujétion du Chevalier sa Dame, celle du chevalier au mari de cette Dame, c’est-à-dire à son Roi, ne doit pas être perçu comme une activité futile, réservée à ceux qui avaient du temps à perdre. Il s’agissait d’un rituel avec de nombreux intérêts pratiques ! Cependant nous ne pouvons pas oublier quel formidable outil d’intégration il fut pour la féminité dans une société centrée sur des activités –essentiellement guerrières – où excellaient les hommes. Le fait que l’amour ait été instrumentalisé au service de la guerre, dans la mesure où il encourageait les plus braves à se sacrifier pour le blason de leur maître, est curieusement resté ancré dans la mémoire populaire (et féminine) comme un phénomène essentiellement positif ; et je me permettrai de l’expliquer ainsi : de telles pratiques sont en accord avec les lois de la nature, à la manière dont une meute de loups se dispute les femelles dominantes de sa communauté, ou renvoient à notre nostalgie de la société traditionnelle, tout comme la perfection du monde homérique dans lequel la terrible guerre de Troie avait été provoqué par une femme… Voilà aussi pourquoi le temps des croisades est un âge d’or de l’idéalisme : exceptionnellement, des hommes semblent s’être battus au nom de quelque chose qui effectivement en valait la peine : qu’on l’appelle le Grâal ou la femme, il vaut toujours mieux mourir dans l’ombre d’un concept qui nous dépasse, que de défendre bec et ongle, à titre de quête identitaire, une idée qui fait déjà partie de soi. | Je vais vous la livrer toute entière, ma philosophie, contenue dans ces quelques mots : le besoin de combattre qui est en chaque homme dépasse trop souvent la qualité même de son combat. Les hommes se trouvent une cause, quelle qu’elle soit, au nom de laquelle il puisse leur paraître moins stupide de mourir, et ils décident que cette cause en elle-même est la meilleure et la seule digne d’être combattue. Il ne leur vient jamais à l’esprit que l’histoire et même les différentes histoires de tous les peuples, recèlent des milliers de causes tout aussi justes, pour lesquelles des millions d’hommes sont morts et ont combattus. Ils ne se disent jamais que l’intérêt réside précisément, à travers la multiplicité des moyens dont les gens donnent un sens à leur vie, dans le sens de la vie lui-même. Et ils ont tendance à exclure une personne comme moi que seul le sens de la vie intéresse, qui consacre sa propre vie à le rechercher, et que tout retient de s’engager dans un combat particulier pour autant, à cause précisément de son amour pour tous les hommes… | Sans vouloir paraître vaniteuse, avant de conclure, je me permettrai de vous poser une petite question… Quelle est la différence, à votre avis, entre Jésus et un pharisien ? S’opposent-ils sur le texte de la loi ? Vénèrent-ils un Dieu différent ? Non, bien sûr. La seule différence entre un pharisien et Jésus, c’est que le premier prêtre officie dans une église et défend aux fidèles de manger le pain sacré durant le Sabbat alors que le second officie sur la terre entière, que son autel est un champ, et qu’il invite ses frères humains à venir prendre un peu de blé pendant le prêche et de le consommer s’ils ont faim. En d’autre termes, le combat de Jésus est trop vaste pour se limiter à une église, y compris à sa propre Eglise, vous êtes une Vestale attachée à votre feu sacré lorsque moi je jouis de la lumière du Soleil ! | Lorsque vous penserez à moi, souvenez-vous qu’au lieu de vous reprocher votre excès d’idéalisme, je me suis seulement bornée à vous prévenir du seul danger qui guette les gens comme vous : parce que votre combat pour le Bien est limité à une seule cause, et que vous avez la malchance d’être tombé sur une cause qui a fait beaucoup plus de morts qu’elle n’en fera, ce danger s’appelle le ridicule. Ne prêtez pas mes traits à ce dragon qui vous guette : je suis celle qui même si elle voulait vous confondre, ne voudrait jamais tuer le feu en vous. Car rien n’est plus beau que d’avoir embrassé une quête, à partir du moment où par sagesse, l’on devient un jour assez vieux pour pouvoir y renoncer. | | Millie | P.S : ma quête personnelle consistait effectivement à croire qu’une certaine personne que j’aimais m’était prédestinée ; c’est au nom du Christ que je l’ai appelée de mes vœux, et c’est effectivement aussi au nom de la vérité chrétienne que j’en suis revenue.

 
Posted by Tighthreadwriter on Monday, October 20, 2008 - 11:49 PM
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Tighthreadwriter

 
Rhâââ! L'éditeur de texte ne fonctionne plus! Rageant!
 
Posted by Tighthreadwriter on Monday, October 20, 2008 - 11:51 PM
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