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À QUATRE PATTES
Attendre. Fébrilité. Tempe gauche. Petites perles de sueur en rubans, escouades vipérines au coulis d'irritants. Je me repasse mentalement la petite annonce. Rien ne bouge, rien ne se passe. Je poireaute. Sensation de ressembler à un sac à force de contempler. J'implore une bourrasque pour que s'agitent les oranges, qu'une ou deux gouttent le bitume. Nada.
Chat noir. Chat blanc. Angora. Persan. Un gouttière bicolore. Pas mal de félins dans le coin, comme si Samaël allait paraître pour me guider jusqu'à l'Ange Noir. Je crois que je deviens fou, du fada pur jus.
Allez je vais m'avaler un bon caoua. Je me tire pour un Kontir. La femme de ma vie aussi s'est tirée. Hier soir, ma messagerie électronique recelait de belles surprises. Trois, quatre virus, des spams à gogo et un mot de ma Cécile : "Tu préfères chercher un taré, un gros dégueulasse, une salope de nazi. C'était lui ou moi, tu as choisi. T'es vraiment un sale con !". Pièce jointe illustrative, quelques lettres lapidaires sur le miroir de notre existence ensevelie.

Le mois dernier, pour mes 36 ans, tu m'offrais "Douleur Exquise", l'ouvrage mythique de Sophie Calle. Classieux le cadeau. Un livre-avertissement pour me crier "Attention, là tu déconnes !". Une sacrée prémonition quand je dresse le parallèle entre cette histoire de rupture et la déchirure qui me laboure le coeur. Un coup de fil, chambre 261, 2 heures le 25 janvier 1985. L'Impérial ... même nom d'hôtel, l'exotisme de New Delhi en moins. La douceur de Nice pour écueil et la Baie des Anges pour linceul. Ne parlons plus d'anges, de séraphins, de chérubins ... eh toi le cleps, tu veux quoi ?! Une caresse, un coup de latte ?! Qu'est-ce qu'il a à me mater comme ça ?! Tu veux ma photo ! Casse toi, pauvre con ! Tiens, je verse dans le langage présidentiel. Bordel quelle misère !

Tu grognes, tu montres tes quenottes, t'es pas content. T'as les crocs ? Je te file un morceau de mon bagnat et tu décanilles. Marché conclu ? Gobé le quart du casse-dalle et toujours là. Oh ! tu vas lâcher le bas de mon fute ! Il va me flinguer le jean ! Quel abruti ce chien ! À moins ... Laisse moi voir si ... Oreille droite. Bingo ! AK 712-A-28. AK ... Alekseï Kuznetzov.
Je me lève et je te bouscule ... Et maintenant que vais-je faire ? Cloclo, Bécaud, mince, pas le moment, pitié. Eh d'accord tu aboies. Tu t'éloignes, tu te retournes, tu jappes. Tu me regardes. Après tout ... Je serais mieux à me dégourdir les quilles qu'à m'ensuquer, une troisième journée sur ce banc stupide, les fesses endolories.
Tu riais de mes bêtises, de mes mots doux : "Mes mains caressent le vide, mais déjà ton parfum dans l'ascenseur et ce soir je me coucherai dans ton odeur". Je suis meurtri, à quatre pattes. Je suis brisé, alors autant suivre l'étrange canidé. Je me fous du danger.