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BLOODY FRENCH RIDING HOOD's BLOG
(…) A blog, unlike a diary, is instantly public. It transforms this most personal and retrospective of forms into a painfully public and immediate one. It combines the confessional genre with the log form and exposes the author in a manner no author has ever been exposed before. » (Andrew Sullivan, an Atlantic senior editor, blogs at : andrewsullivan.theatlantic.com)
Celine Nogueira / Innocentia Inviolata



Last Updated: 11/27/2009

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Monday 31/08/2009 
.. .. .. .. .. .. ....

.. ..Çà y est, je suis dans l’antre de Lisbonne et je sens bien que je repousse le temps et l’espace. Je fais semblant d’être occupée par les vitrines, oh tiens, un oiseau, oh tiens un coq, oh tiens une carte postale… en réalité j’ai envie de pleurer. Les fils du tramway, la grande avenue qui mène au Taje, la place Pedro IV où l’on vend des barres, cette lumière lusitanienne unique et magique qui panique mon appareil photo et me trouble, le fado qui émane de la charrette installée sur la rue pavée et je me sens flottée, … cette avenue, j’y étais il y a très longtemps.

Saudade.

Alors que je m’engage dans la Rua Da Magdalena, une mélodie doucereuse s’échappe d’une fenêtre et en français « embrasse moi quand tu voudras » et se propage dans la rue pentue. Une mélodie venue de la façade en azulejos vert anis. Enchantée. C’est ma dose, mon fix, qui m’assure que je suis touchée par le divin.

Devant moi, une église. J’entre et cherche la cicatrice de Jésus. Besoin de calme. Besoin d’entrer dans la plaie pour me rassurer. Pour me lover.            IN OMNEM TERRAM EXIVIT SONUS.

C’est à l’église des Martyrs que je finis par pleurer. Est-ce l’orgue démesurément grand ?  Est-ce le poignard planté en pleine poitrine de je ne sais plus quelle Sainte? Le cadavre de Jésus ? Les peintures vert anis comme les azulejos de tout à l’heure ? Les relents des Abattoirs de la veille ? Le sang ? Emotions identiques. Je suis apaisée. Comme cet ogre que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas mais qui me réconforte et me hante à la fois. Qui me fait grandir. Me fait aimer et rigoler. Les voix à l’unisson m’extraient de ma prise de poul émotionnel. Il est 16 heures, l’office a commencé. Entre deux larmes, j’ai tout de même aperçu ce beau lusitanien qui a l’air aussi bouleversé que moi. Tout bien réfléchi, l’empathie et la douleur commune, j’ai déjà donné, je m’en vais. J’ai le Couvent à visiter, çà tombe bien, la quête a commencé.

Mon menu est fait de pasteis de nata et de poulpe grillé. Essentiel. Ici je suis italienne, je suis espagnole. Un bougre – probablement pris d’une drague intempestive me prend même pour une américaine. Ben voyons… Peau caramélisée, cheveux noirs, yeux olives portugaises : question Amérique, il a dû lire mes atomes et rend hommage à mes ancêtres. On drague les fonds marins, on fait ressortir les vieilles Caravelles… Le bougre avait vu loin.

Je serai bientôt à la Boca do Inferno pour voir les vagues impétueuses tester la fidélité des rochers, s’éclater sur eux pour les broder, les ciseler, les ronger. Et qui sait, peut-être aurais-je l’audace, un coup de saudade, de me laisser emporter, comme le veut la légende. ..

Pour l’heure, je reconnais le décor que Tarkovski a choisi pour « Nostalghia » : o Convento do Carmo. Captivant. Je cherche le trésor - je ne peux pas m’en empêcher - et je le vois là devant moi : cet ange splendide qui me séduit de son vanitas vanitatis qu’il tient délicatement dans ses mains. Il m’envoûte. S’il n’était pas de marbre, je lui ferai bien l’amour. Façon de parler. Façon de prier aussi.

L’océan termine la vue imprenable sur ambitions secrètes que j’ai depuis le Muinho Don Quixotte. Ici, je ne flotte pas, je vole. L’océan me captive, me subordonne, me ravit. Il m’appelle. Je voudrais m’y noyer. Me laisser faire. Me laisser faire.

Ici, pas de ‘vague puissante et froide qui engouffre en elle mon aptitude au bonheur’… ici, c’est l’endroit de la certitude et de l’acceptation.

Deux gâteaux au chocolat ne sont pas de trop. Une vue pareille, il faut bien se consoler. Je les partage avec F. et M. aussi gourmands que moi.

Dans les rues étroites et bondées de Sintra, je trompe un pastel de nata pour un travesseiro. Le jeu n’en valait vraiment pas la chandelle. M. danseuse et cousine de sang parcourt le monde et collecte les amants (et les trucs qui font de la musique quand il y a du vent) de chaque pays. Avant de nous quitter, elle me conseille d’en faire autant. Je redécouvre M. Nos similitudes nous amusent.

J’ai toujours eu un faible pour les relations longue distance et éphémères : je saisis les voyages pour stimuli, le théâtre pour défier l’ennui, les ogres et les handicapés du sentiment pour amants--- je veux dire--- question éphémère, ma définition est complète ! Relation en pointillé, relation en apnée, en suspense et sans contrariété. Une relation faite de toutes mes citations pour chaque occasion créée. Un amant qu’il ne faut pas voir trop souvent sous peine de s’y attacher, pas trop longtemps sous peine de s’y habituer (faire les choses par habitude c’est les faire en mourant un peu). Un amant à étudier pour mes contes sociologiques. Un amant à enregistrer. Un amant à aimer. Un amant à éliminer. Un amant à dépecer. Un amant à entreprendre quand, là, entre les jambes, le feu fait rage comme un incendie qui chaque été ravage les montagnes de la Lusitanie. Un amant que je quitte à l’instant pour exciter le désir qui meurt d’envie. Un amant à qui l’on ne donne pas tout le premier soir et s’il ne revient pas tant pis pour lui. Tant mieux pour moi. Comportement repère comme l’ange-à-la-vanité l’est pour ma vérité. J’aime çà.

Et je me sens bateau, mieux, Caravelle, qui ne s’ancre pas par mesure de sécurité - sous peine de rouiller. Une Caravelle que le gout de la conquête démange, que la violence des remous ravage, que les entrailles menacent d’hémorragie quand elles ne sont pas convenablement servies.

Je l’avoue, au fil de mes investigations anthropologiques, j’ai failli et j’ai abandonné mes voiles et mon cap pour quelque matelot de pacotille se prenant pour un Captitaine. Un matelot tremblant qui a peur de prendre le large, un petit bonhomme qui a lu Lobo Antunes, Vasco de Gamma - qui sait, Pessoa - tout au plus parcouru Les Lusiades en français et n’a pas compris Camoes.

Mais n’est pas Vasco de Gamma qui veut. Et l’océan portugais n’est pas la Garonne. Il ne se prend pas à la légère et ne se prend pas à l’éphémère. Il se prend à bras le corps prêt à défier la Boca do Inferno, prêt à dépasser le Cabo da Roca pour changer le cours de l’Histoire. C’est l’indien de Girodet, c’est l’érotisme inconsolable du Caravage, c’est un putain d’amant, c’est un conquérant. Mon amant portugais est bel et bien ce capitaine que rien n’arrête à la première bourrasque. Pris par la tourmente, il reste épris et engagé. Il navigue avec poigne sans lâcher prise. C’est comme cela que l’on prend la Caravelle. Il ne redoute pas de s’exploser contre le rocher, il sait qu’il va droit devant avec sa bien aimée, jusqu’au port où elle sera amarrée. Il ne me laisse pas fuir ou m’engloutir. Il me tient. Il me guide. Il me soigne. Il m’agite. Et à moi de le diriger vers le nouveau continent… C’est bien çà non ?

E com o F. e a M., cruzando os meandros Góticos de Sintra, que nós confrontamos nossas definições do Romanticismo. Cace a natureza, volta ao galope. Eu gosto das curvas tortuosas e acres de uma estrada sinuosa perdida na floresta. Eu gosto da névoa que tolda os rastos entre céu, pedras e oceano majestoso, solene, furioso. Eu gosto do medo de estar destruída e mastigada, eu amo este amante esquecido. Eu gosto os acordos torturados por uma guitara e a bass que penetram em meus órgãos internos pra questionar e fazer vibrar o átomo a meus antepassados. Eu gosto do calafrio e o tempo-ritmo rouco e os acordos dissonantes. Eu gosto da chuva. Eu faço finalmente nesta vida cotidiana o que eu crio na cena : meu eu afundo, violento e provocador.

Le radeau de la méduse ne me fait plus rigoler. Delacroix est mignon, le compte rendu, le coûte que coûte, le « moyen du bord », la survie j’ai déjà donné. A présent je file m’engager dans ce bleu troublant, ce noir perturbant et cette lumière qui n’existe nulle pas ailleurs, même pas dans la flamme de De La Tour, dans le projecteur et le calcul d’Alekan, dans la spiritualité de Girodet, dans le pigment de Manet, dans le cœur du prophète et pas tout à fait encore dans l’œil de la chair de ma chair.

Ah ! L’océan, le fado, le memento médiéval, l’impétuosité romantique, c’est moi. J’avais oublié. Le rideau fermé, c’est encore moi.