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Frederic Fabbri



Last Updated: 11/7/2009

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Gender: Male
Status: In a Relationship
Age: 33
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State: PACA
Country: FR
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March 30, 2009 - Monday 
Ell'il

 


Elle se réveille et sait déjà. Elle tire les draps sur son visage, sachant déjà. Elle pense qu’elle aura un peu plus de temps, qu’ainsi elle aura du rabe, mais elle sait déjà, elle a vécu ce moment et le vit encore et encore, chaque jour. Et ce moment on ne le repousse pas éternellement. Elle se crispe, serre les dents, ses gencives prêtes à saigner, ça lui est déjà arrivée et elle n’en est pas loin. Puis d’un coup de pied franc elle balance les couvertures, linceul de sa haine pour elle-même le temps d’une nuit, ça a trop duré. Elle se lève. Oh aide-moi ! Elle sait qu’en traversant le couloir elle va se diriger vers la salle de bain, ses pieds dirigés par cette chose destructrice qui a la main mise sur son inconscient. Cette salle de bain, comme hier, comme avant-hier, et comme elle le fait depuis des années. Elle s’y dirige, là où elle a déjà tant pleuré. Elle caresse le chambranle en entrant, s’y laisse traîner. Elle laisse tomber à ses pieds son pyjama, allonge une jambe, pose un pied sur la balance, toujours le même, toujours le droit, puis l’autre. Elle regarde entre ses pouces, et les larmes montent immédiatement de son cœur vers sa gorge, puis les sanglots explosent. Elle voudrait se retenir, mais pourquoi, elle est seule, elle le sait ça aussi, seule et sale, même lavée à la javel, même avec la peau qui s’écorche tant elle se brûle, elle restera sale. Ces yeux se lèvent douloureusement vers ce miroir. Oh oui elle est moche et sale. Elle a les cheveux secs et gonflés, beaucoup trop de cheveux, elle pourrait peut-être se les arracher, pourquoi pas. Et puis ces yeux, aussi expressifs qu’un poisson sur un étalage, des joues qui tombent et une bouche qui lui mange le menton, de toute manière il se fond dans le gras du cou. Et puis, avec ce corps, son visage, elle s’en fout. Elle se hait, elle le sait. Mais le voudrait encore plus, elle voudrait avoir été battu quand elle était enfant, elle voudrait que la violence de la vue de son corps gras et difforme soit la réponse à son passé, alors elle détesterait ce passé plutôt qu’elle mais son père, sa mère, sont les derniers… et les premiers… à lui avoir dit qu’elle était belle. Il y a aussi eu ce gars dans le bar mais il lui a tiré son sac, alors lui ça ne compte pas. Elle n’y avait pas cru de toute façon alors…

Elle se hait comme un peu haïr un moment de toutes ses forces, comme on peut haïr une personne lorsque l’on y pense,  mais quand c’est soi, c’est continuellement alors ça fait mal. Elle regarde ses jambes, elle voit un bloc visqueux qui cache de probables genoux, elle voit sa chatte qui empiète sur le haut de ses cuisses et ses poils qui débutent quelque part pour se perdre dans du gras et réapparaitre à l’en écœurer.

Elle soupèse son ventre, imagine que derrière cet amas de graisse ses boyaux sont tendus à en péter. Elle voudrait que la lame de son rasoir à jambe la lacère du nombril jusqu’aux seins, des seins jusqu’aux côtes et qu’elle se vide de tout ça. Elle regarde sa bouche et ressent tout ce qu’elle a engouffré la veille, l’avant-veille, salé, sucré, et parfois tant d’un coup qu’elle ne savait plus, elle a envie d’en vomir, d’en mourir. Mais elle ne sait pas quoi, mais un truc la raccroche à la vie. Un truc certainement masochiste qui la retient de se trancher les veines après s’être vidée, la même chose qui retient tout dans son corps lorsqu’elle veut se faire vomir, la même chose qui la constipe des jours, la même chose qui lui donne l’impression qu’elle sent ce qui ne sort pas ni en haut… ni en bas… Alors, elle se jette sur des gâteaux, des biscuits, des saloperies d’apéritif, et elle pleure, accoudée à une table minable aux motifs confiture bonne maman, elle voudrait que ses ongles lui arrachent les paupières, mais des ongles elle n’en a jamais eu. Toujours bouffés. Comme elle bouffe tout.  

Elle se jette dans le canapé et regarde le télé-achat, zappe quant elles sont belles, quant elles sont fines. Elle regarde des documentaires, rêve de se faire bouffer, par un lion, étriper par un rapace, évider par une hyène. Elle change de chaine et tombe sur une de ses séries sud-américaines et voit ces beautés latines, ces play-boys hispaniques. Elle s’autorise à éteindre le son et y glisser ses propres dialogues, alors Diego dirait son nom, et lui dirait combien il l’aime, et cela même s’il devait la partager avec Pedro. Alors, le rêve s’arrête lorsqu’elle sent que dans sa culotte humide où ses doigts s’affairent une miette de la veille, un morceau de bouffe, putain ! Elle ne mouille pas ! Sa chatte doit pleurer !

Un Diego, juste une fois. N’importe qui.

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Il se prépare à sortir comme s’il était comme tout le monde. Il se rase. S’épile les sourcils. Passe du fil dentaire, ses gencives prêtes à saigner. Bande ses muscles et en joue devant la glace. Il a un beau visage. Il a le corps épilé et dessiné. Un régime strict et de la gym. Il glisse ses doigts sur ses pectoraux et se regarde bien dans les yeux. Il s’imagine comme tout le monde. Il se caresse. Là tout son corps est bandé. Il se parfume. Enfile sa chemise. Son pantalon. Pas de slip, ni de caleçon, il aime la sentir frotter sur les coutures. Ses chaussures sont parfaitement cirées. Les lacets noués à l’identique. Il se masse la nuque et ferme les yeux. Ses doigts glissent sur une vague de cheveux tondus courts. Il est comme tout le monde. Il se dirige vers la porte, ses pas pratiquement muets, et sort.

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Il entre dans sa voiture, tout en précaution, afin qu’aucun pli ne vienne perturber la perfection de son complet. Il glisse sur son nez une paire de lunettes noires dont longues branches dorées se fondent dans le blond de ses cheveux naissants. Le moteur ronronne. Il est comme tout le monde. Il laisse l’autoradio choisir une station au hasard.

Il voudrait avoir été battu ou violé petit. Même ado. Mais même pas. Il est comme ça. C’est tout. Il passe la première. Il est beau dans le rétroviseur. Il devrait pleurer mais il n’en a pas envie. Il sait pourtant qu’il le devrait, qu’il est temps d’y aller.

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Il se gare. Regarde la fenêtre allumée. Il sait que c’est là. Au troisième. Il sonne. Ça ne répond pas mais ça ouvre. Il grimpe les escaliers deux par deux il est impatient. L’odeur de son déodorant le suit et arrive même à le précéder.

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A la porte, il tape. Un coup. Trois coups. Un coup. Deux coups.

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Une voix faussement aigüe : « Diego ? » Même la voix, elle est moche.

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Ça ouvre. Elle est maquillée, parfumée, habillée, joyeuse… à outrance.

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Mais il s’en fout lui et l’embrasse à pleine bouche. Il sent sur son cou les poils drus qu’elle a sur le menton. Il sent ses mains se perdre en elle, mais n’a aucune idée de la partie du corps que ça peut être. Elle lui glisse la main entre ses cuisses et le sent bander, si dur. Elle lui prend un poignet et le tire jusqu’à sa chambre. Regard aguicheur. Elle se couche sur son lit. Il lui retire ses vêtements. Lui reste habillé. Elle n’a pas honte parce qu’elle se sent belle dans ses yeux.  Ses seins pendent mollement de chaque côté. Et dans ses oreilles, ça tambourine comme à Broadway. Il laisse ses doigts glisser sur sa peau, de ses seins vers ses côtes, de son nombril vers ses hanches. Elle sourit. Il sort de la poche de sa veste de costume un couteau à la lame luisante, presque aveuglante. Elle ferme les yeux de plaisir, elle inspire. Et voudrait lui crier « vas-y ». Pourtant, ce silence est si beau. Et alors qu’elle sent le froid de la lame la pénétrer et la découper, elle sent aussi la chaleur de son sexe si dur qu’il est en train de délicatement entrer, entrer en elle et une voix dans le creux de son oreille lui murmurer « tu es si belle ».

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Loreleï

 
C'est beau, j'aime toujours autant ta facon d'écrire par contre c'est très glauque... ^^

 
Posted by Loreleï on July 18, 2009 - Saturday - 16:04
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