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Mam....
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La grossesse s’était bien passée. Enfin, j’veux dire, je n’ai pratiquement eu aucune nausée, pas plus de vertiges et encore moins de problèmes sanguins. Mon corps était plus svelte à l’arrivée qu’au départ. Pas la moindre marque sur ma peau. Lorsque je portais Anaïs, c’est tout juste si parfois je n’étais pas là à vérifier qu’elle soit bien accrochée, mon ventre a tardé à s’arrondir – au début on a même cru à un simple retard- puis elle bougeait par légers à coups, tout en douceur. Pendant ce temps j’apprenais des contînmes pour enfants, je choisissais chaque élément de la chambre, je préparais les cadres qui accueilleraient ses photos. ....
Anaïs est née un mois en avance, légère, un peu trop, elle ne ressemblait pas à ce que l’on attendait. Elle n’était pas la poupée joufflue mais plutôt un style d’automate nerveux à la maigreur effrayante, tout comme certaines de ses expressions. Pourtant déjà, je l’aimais.....
On est rentrés chez nous avec Anaïs. On était si heureux. Si fatigués aussi. Elle nageait dans sa gigoteuse et s’énervait lorsqu’elle a fait le tour du propriétaire. « Une petite rebelle » comme nous l’avons appelé. Je me souviens de l’entrée dans la chambre, Gabriel était si fier de sa décoration, une ambiance pêche relaxante, des bois écrus à la douceur apaisante, un parquet qui sentait le miel. ....
Jamais nous n’avons pu la coucher dans son lit à barreaux, jamais elle n’a pu regarder les tours de lit et leurs décorations jungle choisis de tout cet amour, à peine couchée Anaïs a crié, puis a définitivement refusé cette chambre. Nous nous attendions bien à ce qu’elle crie, en un sens c’est normal, pourtant même le pire n’avait rien de semblable, elle hurlait. Bercée, elle se calmait, à l’arrêt elle s’égosillait. Les nuits n’étaient que quelques minutes d’un sommeil difficile. Les jours l’accumulation de fatigue rendue insurmontable.....
Ça ne devait pas être fait de la bonne manière. On devait se tromper. Il manquait quelque chose, c’est certain. La musique adoucit les mœurs. A peine couchée, de doux chants du lecteur cd tamisaient l’atmosphère, elle criait. Les lumières qui dansent sont apaisantes. A peine couchée elle mugissait. Et puis Gabriel criait à son tour. Anaïs était de plus en plus énervée. Les poches sous ses yeux étaient tout aussi grosses que les nôtres. Les voisins se plaignaient, les même qui à notre retour de la maternité nous disaient que les cris de bébé ne sont pas des cris qui dérangent –se fendant toutefois d’un : « elle est maigre quand même mais tant qu’elle se porte bien ». ....
La première fois que je l’ai secoué, ce ne fut pas de ma faute, elle plantait une vraie révolution à la maison et j’étais si exaspérée. Je n’ai rien dit à Gabriel elle s’est tue et je l’avais maté. Je n’ai pas dormi, elle si, Gabriel aussi. Le lendemain je me suis inquiétée, je suis rentrée discrètement dans la chambre, imaginant déjà des séquelles, un enfant abimé, un jouet qui ne marche plus. Je l’ai regardé, pour la première fois depuis ce retour à la maison et je la trouvais belle. Puis elle a ouvert les yeux et s’est remise à crier, des cris sans larmes, des cris de défi. Je l’ai porté au sein, elle n’en a pas voulu, pas le sein du despote malveillant qui l’avait torturé la veille, j’étais mauvaise, je le savais. Gabriel avait l’air tout aussi fatigué, malgré cette nuit de sommeil. Gabriel ne l’a pas regardé, pas un coup d’œil, pas un seul. Il ne m’a pas regardé non plus. Il n’est pas rentré le soir, simplement trois semaines, il n’avait pas tenu plus de trois semaines, il avait abdiqué. Anaïs finirait par se calmer, Gabriel par rentrer, et enfin, tout s’arrangerait. ....
Une semaine et je n’ai que très peu dormi, si peu dormi. Une heure de-ci de-là, elle toujours pendu à mon cou. Je ne l’ai pratiquement pas secoué, c’est vrai, très peu, je le promets. J’avais si sommeil, j’étais si désespérée. Ça n’est pas une excuse c’est vrai. Je lui ai donné des morceaux tout petits de divers psychotropes et anxiolytiques, tout ce que j’avais pu ingurgité en quelques années je lui faisais goûter. Je commençais à recevoir des coups de téléphone, des courriers à propos des éventuels résultats de visites chez le pédiatre, le suivi obligatoire. Anaïs vomissait, mangeait peu. Je devais donc m’y soustraire. Elle avait des crises de démences, n’avait pas voulu venir au monde et me le faisait comprendre. Elle éructait des slogans suraigus dans la nuit depuis sa petite gorge qui me frappaient de psychose, la sienne. Il y avait les voisins qui tapaient aux murs, en haut, en bas, sur les côtés. On voulait ma tête. Gabriel ne répondait pas à son téléphone, il ne lisait pas mes sms. Mes paupières étaient si pesantes, si douloureuses. Je ne lavais plus Anaïs, je ne me lavais plus non plus. Je la portais constamment. Je sentais mauvais. Tellement mauvais que j’en avais la nausée. Ce jour-là ça cognait de toute part. Je me suis alors assise dans un coin du salon, j’étais assiégée, je me suis mise à pleurer. J’ai fixé la vieille tapisserie. Anaïs m’a regardé, je l’aimais, je lui ai caressé le crâne tendrement, son visage s’est déchiré, elle a stoppé un temps, elle a rougi et a crié encore plus fort, si fort. Pourquoi me détestait-elle autant ? Ma main s’est posée sur sa bouche et l’a pressé. Je voulais du silence. Le sien, le leur, le mien. Et j’ai pleuré pour nous deux. ....