Si vous saviez l'éclat de mes rires... la joie est ma raison de vivre.
Elle est venue lontemps autour de moi cette dépression et hier en sortant de la fnac, banalement, je sors pour aller à mon rendez-vous, un ami m'attend, avant j'ai flâné à écouter sous les casques des musqiues, je suis bien, je traverse pour aller sur la place Bastille.
Je suis dans un flottement, d'un coup j'entends des cris, je vois devant mes yeux un corps propulsé, un bruit de déflagration de verres, des crissements, l'homme est à terre à 1 mètre de moi, c'est un homme à scooter, je regarde la voiture devant moi qui est à l'arrêt pourtant, je ne comprends pas... puis je regardes par dessus la circulation, là une voiture continue de s'encastrer à l'arrière de la voiture à l'arrêt, deux autres scooters valdinguant continuent de glisser... je n'ai même pas le reflexe de bouger, je suis plantée dans le sol, mais mon esprit semble se décoller.
Puis "ça" s'arrête, je suis persuadée instinctivement que c'est grave, je regarde l'homme qui est tombé à mes pieds, il se relève puis va s'asseoir. Les klaxons de voitures commencent à sonner leur glas, un fanfarre macabre, c'est intolérable, la circulation dense et le monde accoure...
La voiture qui a causé l'accident n'est autre qu'une personne agée qui a accéléré à fonds sur sa pédale accélérateur, une folie, au lieu de freiner à l'arrêt. L'homme agé ne contrôle plus son véhicule, un jeune à scooter bondit pour arrêter tout car cette voiture continue de vrombir sa puissance à broyer la taule... Ils se mettent à plusieurs à dégager un corps, j'ai fait le tour de l'accident lentement comme hors de moi et regarde devant mes yeux le deuxième homme à scooter il ne parvient qu'à se dégager en rampant puis s'asseoit, puis s'allonge, son casque et sa tête semble lourde il est sur le rebord du trottoir, la consigne est hurlé : ne le touchez pas avant les secours !!...
Mon coeur bat fort, mes yeux se retiennent de pleurer, je prends mon portable pour apeller les secours, une femme crie : "appeller les secours", un homme rassure les autres "on les appelle, ils vont arriver". Tout le monde sait que ces minutes sont précieuses, l'anxiété monte, l'homme du troisième scooter plus corpulent, couché sur le flan comme son scooter demande à être transporté et dit qu'il n'a rien (?)
J'entends ce que je déteste au monde la sirène des pompiers dans toutes leurs décibelles, la circulation dense empêchent les trois fourgeons d'approcher, des hommes courent pour libérer et aider à dégager un passage. Les pompiers n'ont mis que cinq minutes de leur caserne rue de rivoli mais comble du comble, ils sont bloqués. Des pompiers descendent rapidement pour donner les premiers secours.
C'est alors que mon plexus solaire se noue, je me dis ne pleure pas, ne pleures pas... je ne pleures pas malgré les réminiscences de l'accident qui me revient de mon frère.
La violence des fracas, la violence tombe, frappe, la violence... je suis indemne, un jeune homme vient me voir, il était dans les scooters qui essayait de se faufiler, il veut me parler, je suis sans mots : "vous avez de la chance, c'est un miracle, moi j'ai tout vu, ce vieux ne doit plus jamias reprendre le volant ! il est dangereux !", une femme me regarde semble stupéfaite de mon sort à avoir "réussit" à m'en sortir, elle me regarde comme un ovni de la tête aux pieds, les passants étaient tous derrière moi j'étais la seule à m'être engagée pour traverser. Cette bizarrerie est étrange, comme si je n'étais pas consciente, j'avais frôlé ce que tout le monde avait anticipé ou vu, visiblement pour tous une automobile déboulait de cette place et son conducteur perdait son contrôle, c'était là, moi je ne voyais pas, mais rien ne m'a percuté, c'est un miracle (?)
Mes jambes n'ont franchi que quelques métres du point de l'impact à l'autre trottoir qui mène à mon rendez-vous sur la place, j'ai chaud, j'ai soif, j'ai froid, j'ai envie de crier (?), je regarde la place, j'ai des regards sur les soins qu'apportent les pompiers, le vieux, l'homme auteur de l'accident semble comme un fantôme, il est sorti de sa voiture, il est pâle mais comme étonné incrédule à ce qu'il voit qu'il a causé.
Je suis exactement à l'heure pour mon rendez-vous de 17h15 si je finis de traverser...
Je traverse, j'entends les sirènes, un fourgeon repart. Les autres sur place encadrent les victimes.
Je ne veux plus rien ressentir, je veux aller m'asseoir, je vois mon ami, il est tout sourire, ma phrase est suspendue : je viens d'échapper à un accident... il sort du café dans lequel nous avions rendez-vous, il voit de loin le brouhaha, les girophares qui dansent en l'air...
Nous ne parlons pas trop.
Je n'ai rien à dire, je veux partir, je pense aux hommes que j'ai vu tombé à terre, j'ai peur d'apprendre, j'ai peur mais je tiens avec mes petits poings serrés : ils vont s'en sortir, je le veux.
Je traverse, j'ai l'impression de nager dans l'absurdité, j'ai cette pensée qui me vient, violente qu'elle me fait mal : à une seconde prêt... j'aurai pu y passer, j'aurai du y passer... je confonds les deux : j'aurai pu, j'aurai du, ce qui me signale mon état, lucide mon esprit survole ces fractions de secondes insensées, plongeon en profondeurs, je suis dans la dépression au dessus du destin, j'ai toujours été cette femme, à l'instant, qui est là, présente, au coeur d'un drame, et qui souvent intervient, je sauve quelque chose, je sauve quelqu'un. C'est mon impression de déjà vu, je n'en peux plus, puis je décide de me dire que je n'y puis rien, c'est comme ça, absurde à la seconde, ça me fait mal.
Sauver ma vie sur ce fil n'est même pas à l'ordre de mes soucis alors ? L'infime seconde immense s'en charge, par hasard, par miracle.
J'ai du chagrin, je ne sais pas ce qu'il faut en faire, je n'en fais rien, si je le retiens, mon chagrin gonfle dans une dépression au dessus du destin, je veux qu'il s'éloigne de moi, mais je n'y crois pas, je regardes le ciel instinctivement pour ne pas me sentir prisonnière c'est le seul grand espace qui m'aide à respirer à me sentir loin et là en même temps.