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LES MARQUISES



Last Updated: 10/19/2009

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Status: Single
City: Lyon (France) / Austin (U.S.A)
Country: FR
Signup Date: 2/13/2009
June 25, 2009 - Thursday 
Les Marquises : Lost Lost Lost

Only Ghosts / La Terra Trema / Sound And Fury / This Carnival Of Lights / Comme Nous Brûlons / Terrible Horses

Les Marquises. Etrange lieu pour une rencontre entre deux français et un américain. Cette délocalisation est pourtant à l’image de la musique qui en découle.
Au départ de tout, il y a Jean-Sébastien Nouveau, de Immune et Recorded Home, qui envisage d’écrire un disque plus rentre dedans que ce qu’il peut faire sur ses autres projets. Un besoin de se recentrer, se ressourcer, ressentir qu’à côté d’un esprit et de démons rarement dociles évoluent un corps, des muscles, du sang… Un besoin de laisser la parole à sa chair d’où naîtront les maquettes de six chansons.
En quête d’un batteur qui le sortirait de son univers, il fait appel à son ami Jonathan Grandcollot.  Alors que le duo avançait bien, Jean-Sébastien découvre l’œuvre torturée et passionnante de Henry Darger et y puise l’énergie nécessaire à son travail. Les tableaux faussement enfantins du peintre et écrivain américain hanteront alors les complices qui n’auront de cesse de donner du relief à des titres déjà bien secoués.
Pour la voix, afin d’offrir une dimension supplémentaire à une musique déjà ambitieuse, Jean-Sébastien  contacte Jordan Geiger, fragile leader de Minus Story, ce grand groupe de folk-rock américain auteur de quatre albums intenses et fiévreux, dont l’increvable No Rest For Ghosts que Jean-Sébastien écoute de façon obsessionnelle en même temps qu’il travaille sur ce projet.
C’est en terrain (presque) neutre qu’aura lieu la rencontre, sur Les Marquises, ces îles que Jacques Brel a magnifiées et que Gauguin a célébrées.
La collusion de tous ces univers, à la fois graphiques, littéraires et musicaux, est parfaitement tangible dans ce sublime Lost Lost Lost, tant on y retrouve l’extraordinaire science de Jean-Sébastien à élaborer des univers sonores stratifiés, denses, passionnants. A l’électronique et aux boucles si familières viennent s’apposer de plus grandes couches organiques qu’à l’ordinaire, par le truchement d’un orgue loqueteux ou d’une guitare souriant dans l’agonie.
L’apport de la rythmique incandescente de Jonathan, qui tient autant du toucher gracile et surpuissant de Max Roach que de la folle liberté de Tony Allen, donne une profondeur de chant incroyable à cette musique déjà si escarpée. L’impression de fuir dans un labyrinthe sans fin nous étreint dans l’instrumental « Comme nous brûlons », ou au contraire on s’adonne à danse de Saint-Guy sur « Sound and fury », morceau qui louvoie autant qu’il coule d’entre nos oreilles.
L’apposition du chant si particulier et habité de Jordan Geiger complète ce tableau, Jordan qui transcende littéralement les paroles de Jean-Sébastien sur l’immense  « Only Ghosts », thème vénéneux et insaisissable qui ouvre de façon magistrale ce premier six titres qui augure d’un avenir passionnant. Même en terrain conquis, sur la ballade folk désincarnée « This Carnival of lights », le chanteur soigne ses plaies et celles de ses hôtes, avec ce chant irréel si caractéristique, faisant siens ces mots douloureux.
Restent les textes, justement, parfait équilibre entre phrases acérées et méditations oniriques, jamais abscons, mais jamais conquis, à l’image des îles convoquées sur ce projet. Ou quand la luxuriance de la forêt dissimule le poison de la plante.
Ainsi, marchant sur les pas de James Lavelle et son hydre U.N.K.L.E., Jean-Sébastien Nouveau livre, avec Les Marquises, six titres époustouflants de maîtrise, ayant trouvé en Jordan Geiger et Jonathan Grandcollot les complices parfaits pour fourbir une musique aussi personnelle et habitée, d’un niveau tout à fait exceptionnel qui place sans coup férir Lost Lost Lost au centre d’un triangle dont les extrémités seraient occupées par The Captain is dead let the drum corpse dance de Minus Story, The Good The Bad and The Queen et l’unique album solo de Mark Hollis. Mais surtout, le lyonnais a considérablement musclé son langage et livre ici sa musique de loin la plus frontale. Lost Lost Lost est un premier pas majuscule pour un projet dont il faut impérativement retenir le nom.

Christophe Leiciagueçahar