Néousa, ma chérie
Je t’écris cette énième lettre qui j’espère ne restera pas sans réponse. Je me permets d’insister car madame Jacob, la concierge, me demande de tes nouvelles à chaque fois que je la rencontre et ma réponse reste éternelle : « Je ne sais pas, madame Jacob ».
Pourras-tu aussi me donner une adresse là-bas ? Ce n’est pas une dernière ruse de ma part pour te localiser mais ici le courrier s’accumule. J’ai bien compris que tu souhaitais qu’on en reste là, après sept ans de vie commune, que ton Brésil natal te manquait terriblement, que tu voulais revoir ta famille que tu n’as toujours pas revu si on en croit les lettres de ta mère. C’était une lettre à mon nom, je ne me serais pas permis d’ouvrir ton courrier. La police le fait, elle, sans scrupule et sans rien y trouver d’intéressant d’ailleurs. J’ai rangé tout ce petit tas de papiers dans le tiroir du guéridon que tu aimes tant.
Il fait froid ici, c’est la période que tu détestais le plus. Les dernières feuilles sont tombées, le pavé de la cour intérieure devient glissant et Gilbert, le facteur, s’est encore plaint de sa sciatique, ce qui n’arrange rien.
Tu vois, ici tout va bien. Mimoufe a toujours son coin préféré, au bord de la fenêtre, sur le radiateur. Tu lui manques, tu sais. Je ne vais pas te faire ici le couplet du boulanger lorsqu’il parle à travers son animal mais tu lui manques ! Longtemps elle a miaulé avant que je n’aille me coucher. Une plainte longue et insupportable à force. Je ne savais plus quoi faire tellement cette pauvre bête était malheureuse et désespérée. Et puis j’ai trouvé ! Chaque soir, je diffuse un peu de ton parfum dans l’appartement, j’allume quelques bougies et je passe le morceau que tu fredonnais à longueur de temps, tu sais Argila de Carlinhos Brown. Elle ronronne de plaisir maintenant, surtout après avoir mangé. Ce qu’elle préfère de toi, c’est ce qui m’a toujours fait « craquer » chez toi, tes fesses. Elle dévore cela à pleines dents. Mimoufe a toujours été vorace. Ce qui me tracasse c’est qu’il ne reste plus beaucoup de morceaux de toi, de choix. Tu es si petite et si frêle. Est-ce que ses plaintes vont reprendre lorsque je lui aurai donné ton dernier bout ? Pour l’instant, elle ronronne et se couche dans son coin préféré, près de la fenêtre, sur le radiateur. Souvent elle fait sa toilette et s’endort juste après. Parfois on croirait qu’elle sourit.
Morgan A Dust