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Né Guillaume le Doux de la Ribaudière du Chou, je vis une enfance
paisible et charmante dans le château familial, au bord de la Loire…
Entre mes courses folles dans les hautes herbes du domaine, et mes
longues observations des activités de nos serfs au travail dans nos
champs, je développe très tôt un goût certain pour la musique et les
rapports humains, au contact de ces paysans et leur curieuses chansons
de labeurs… Nous passions, ma famille et moi, de merveilleux étés, sans
se soucier du temps, et même si mon père, Jean-Arnulf le Doux de la
Ribaudière du Chou, était parfois obligé de punir de quelques coups de
bâton deux ou trois vilains qui nous volaient des pommes, tous nos gens
nous aimaient beaucoup… Enfin je crois.
Mère, absorbée par ses travaux de broderie, buvait sans s’en rendre
compte 6 à 7 litres de vin par jour,et faisait rire tout le monde, le
soir venu, en titubant dans les allées du domaine, balbutiant des
propos incohérents… Hââ, que de joies nous eûmes en la voyant tomber
dans les gravillons sous le soleil couchant… Tout n’était que farce et
bonne humeur, et lorsqu’elle se mettait à chanter d’infâmes chansons
paillardes sur le perron de la demeure, c’était l’hilarité générale…
Jean-Arnulf, grand humaniste, était passionné de botanique. Il avait eu
l’idée, pour améliorer la condition des hommes, de créer un nouveau
légume, le chou pré-farci. Invention merveilleuse, sorte de chou
poussant déjà rempli d’oignons et d’herbes aromatiques… En 1980, père
réquisitionne la totalité de nos terres pour lancer sa production.
Malheureusement, à la fin de l’été, les 70 hectares semés de choux
pré-farcis ne donnent que quelques tonnes de petites boules violacées
de la taille d’une bille, d’une puanteur abominable. C’est la faillite.
Nous sommes ruinés, le domaine vendu, et nous partons pour Issoudun,
dans l’Indre, pas très loin d’une école pour moi, et pas très loin d’un
bistrot, pour ma mère. Nous sommes en 1981, et mes parents ne sont pas
au bout de leurs surprises. A l’école, j’évolue parmi les gueux, et je
découvre le rock’n’roll. J’intègre un groupe de jeunes gauchistes, Zéro
De Conduite, avec lequel je tourne dans toute la France durant neuf
ans, chantant des titres évocateurs tels « School junkie » ou encore
«Je suis mort ». Nos rencontres avec les Clash, Serge Gainsbourg, ou
Jimmy Cliff ne font qu’attiser le feu qui brûle en moi, et dès 1990, je
forme les Blankass et je raccourcis mon nom. Ma mère est si triste
qu’elle en arrête de boire. Nous obtenons notre premier succès en 96
avec « La couleur des blés », sorte d’hommage à mon père et à
l’agriculture expérimentale. Cinq albums plus tard, je me lance dans la
chanson, et j’ai le plaisir de vous présenter aujourd’hui mes nouvelles
compositions. Je suis à la recherche d’une maison de disque qui saura
me soutenir dans ma tâche : Redonner à ma mère le goût du vin, et à la
famille le Doux de la Ribaudière du Chou, son lustre d’antan. À bientôt
sur les routes……
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