…Ils ne veulent pas de nous… (lettres africaines)
…Vous ne verrez jamais nos visages dans leurs journaux, dans leurs médias : Jeune Afrique l’Intelligent, Afrique Asie, Afrobiz, Am
etc…vous n’y verrez jamais nos sourires, nos parcours, nos projets.
Jamais. Presque jamais. Si peu. Même si l’Afrique reste gravée au plus
profond de nous. Quand tel journal se voulant
représentatif de la diaspora africain sélectionne une cinquantaine de
portraits plus flatteurs les uns que les autres, vous ne nous verrez
pas non plus. Nous ne correspondons pas à l’idéal de l’homme africain
ou de la femme africaine.
C’est
normal, nous gênons. Tout simplement parce que nous ne nous sommes pas
hétérosexuels et que nous refusons de le taire. Nos revendications
agacent. Notre soif de dignité exaspère. Notre envie de Vie déclenche
les réactions les plus folles. Pire, nous refusons la honte, refusons
d’avoir honte, d’autant plus que nous avons des gens qui nous aiment
pour ce que nous sommes.
Nous
refusons la peur et préférons la dignité. Même si lourd est le prix à
payer. Nous sommes écrivains, poètes, chanteurs, comédiens,
sociologues, militants…je songe à Bertrand Matoko, Abdellah Taïa, Maïk Darah, Charles Guebogo, Joël Gustave Nana.
Nous sommes des hommes, des femmes qui voulons vivre. Nous sommes
homosexuel(le)s, bisexuel(le)s, transexuel(le)s…nous sommes africains,
pas uniquement parfois mais le sommes tous suffisamment pour ressentir
que quelque chose ne va pas.
L’Afrique
c’est grand, qu’on se le dise…certains pays sont plus vivables que
d’autres. Certains sont des enfers où on survit à condition de se
cacher, d’avoir un puissant réseau de relations. Quand on a de l’argent
et des réseaux, on peut nier une certaine réalité.
Nous
refusons la lâcheté. Nous connaissons ces hommes mariés qui trompent
leurs femmes au grand jour avec des êtres du même sexe. Nous
connaissons le regard de ces femmes qui se fait haineux quand on leur
dit que tous les hommes n’aiment pas (toujours) les femmes. Nous
connaissons ces tristes machos qui ne supportent pas qu’une femme
puisse se passer d’eux, sexuellement, sentimentalement. Nous payons
pour les lâches qui à la vue de tous, crient haut et fort que
l’homosexualité est une calamité, une maladie de Blancs etc etc…
Ce n’est pas une partie de plaisir de vivre tel qu’on est au grand jour. Mais vivre en prison c’est pire…
Nous
n’avons pas des parents parfaits. Les parents parfaits n’existent pas.
Cependant il existe des parents pires que d’autres. Et des parents
parfois exceptionnels, malgré leurs défauts. Mon père est de ceux-là.
Jusqu’à 19 ans, si je respectais mon père, gabonais, j’avais peur de
l’aimer. Je redoutais d’aimer quelqu’un qui pouvait potentiellement me
rejeter pour ce que je suis. Puis, guidé par je ne sais quelle folie,
j’ai franchi le pas. Je lui ai envoyé une carte. Papa j’aime un homme qui m’aime, j’aurais pu aimer une femme mais voilà c’est un homme. Je reçus plus tard une carte postale de Libreville. Ne t’en fais pas, je serais toujours ton père et l’essentiel est que tu sois heureux comme ça. Enfin, je pouvais aimer mon père.
Jann Halexander, chanteur, franco-gabonais
http://www.myspace.com/lechanteurjannhalexander
Gabon
texte et musique
Jann Halexander
2009
Gabon, de mon enfance
Gabon pays sourire
Gabon destins meutrtis
Gabon pays en transe
Gabon vie de souffrances
Gabon rêves d'espérance
Gabon tristes tropiques
Gabon ciel d 'equateur
Gabon aux villas ocres
Gabon ses matitis
Gabon ses capitaines
Gaoin son vin pde palme
Gabon église ruges
Gabon vaste savane des fortes cathédrales
échos d'une terre natale
des photos noires et blancs
des sourires aux dents blanches
des tombes à croix de bois
des lointaines images
l' Ogoué sa couleur brune
sous un soleil brillant
et le goudron brûlant
dans la moiteur étouffante
Gabon pays du père
Gabon pays furie
Gabon pâles néons
Gabon mornes villes
Gabon ses crevasses
ses fonctionnaires sans visage
Gabon et sa folie
Gabon et son génie
Gabon n'est pas l'Afrique, c'est un autre pays,
Gabon air d'Occident, aux voitures rutilantes,
Gabon et ses marchés
supermarchés
Gabon pays brouillon
Gabon pays cauchemar
Gabon inoubliable
transpire par la peau
un songe inépuisable
Gabon si vaste et beau
l'orage viole l'Estuaire
le chaos est dans l'air
Gabon pays d'un père
Gabon jusqu'à nos morts...