D’abord, il y a ce
nom. À mi-chemin entre
puissance évocatrice et secret bien gardé. Un nom qui laisse
vagabonder l’imagination. D’ailleurs, on se fiche un peu de savoir qu’il puise a
priori son origine dans le titre d’une chanson de
Robert Zimmerman, I Dreamed I Saw St Augustin (
John Wesley Harding, 1967). Parce qu’on
n’a pas forcément envie de tout connaître des appétences du maître de maison,
le dénommé François-Régis Croisier. Non. On est surtout curieux de savoir jusqu’où
il est capable de nous emmener. Avec ou sans ses chouettes amis – de ceux qui
visiblement comprennent ce qu’on attend d’eux. Le garçon, aux côtés d’
Alexandre
Delano (The Delano Orchestra) et Damien Fahnauer (
Leopold Skin), est à
l’origine de ce “collectif” (le mot est malheureux, mais faute de mieux) né à
Clermont-Ferrand qui préside à la destinée du label
Kütu Folk – surtout, ne pas
se laisser piéger par les restrictions imposées par le second mot –, une petite
entreprise bravache qui confectionne des disques artisanaux – aussi bien dans la
forme que dans le fond –, dotée d’un amour immodéré pour le travail bien fait.
Et
parmi les artistes issus de cette communauté (le mot est etc.), muée par une même
mélomanie exacerbée, quelques très saines obsessions et un sens certain de la déraison,
St Augustine tient le haut du pavé. Voici un an, déjà, le jeune homme avait
apporté beaucoup de réponses
In A Field
Of Question Marks sur son savoir-faire émouvant, sa facilité à façonner un
refrain, à déséquilibrer une mélodie pour la rendre encore plus attachante. À
jongler avec les atmosphères et à redessiner les contours d’une musique dont on
pensait pourtant connaître les moindres recoins – pour faire court, de
Cohen à
Young, en passant par la saga
Oldham. D’ailleurs, on retrouve sur ce premier
album élancé quatre morceaux de cet Ep passé sous le manteau mais distingué ici
(in
magic n°123) et là. À commencer
par l’ouverture apaisante
14Th Of July
(écho au
4Th Of July de Galaxie 500 ?)
ou le trompeur
Icelandic, dont les
trompettes et les maracas chers au
Tijiuana Brass de Herb Alpert réchauffent une
ambiance douce-amère ébauchée par ce chant d’une fragilité troublante. Et puis,
surtout, on se retrouve à nouveau sous l’averse mélodique de ce tour de
force
fantasmé destiné à l’éternité qu’est ce
Rainy
Country imaginaire (?).
Lancée par une basse et de discrètes
castagnettes
spectoriennes, habillée par des notes de piano et un violoncelle majestueux,
cette chanson inépuisable, où finissent par se confondre les voix masculines et
féminines dans un final rythmique baigné d’une lumière crue, est de celle dont
rêvent depuis toujours pléthore de
songwriters
confirmés (d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui). Ensuite, St Augustine
aurait bien pu plier bagages et mettre la clé sous la porte, avant de disparaître
entre le lac de
Guéry et le
Puy du Sancy, avec la fierté du devoir accompli.
Mais le garçon a décidément de la suite dans les idées. Armé du grain de folie
de ceux qui n’ont pas froid aux yeux, il continue un périple romanesque, déjà
esquissé avec un
Let It Go serti de
cordes, tombe sur
A Nice Picture Of You
un peu écorné et portrait (presque) craché du Dominique A de
La Fossette (1992), une guitare tout en
bois en guise de
synthé Bontempi sous le bras.
Lumières de l’aube ou du crépuscule
comme pour mieux protéger une intimité toujours suggérée se dessinent au gré
d’accords mineurs pour compositions majeures, à l’instar d’une
Little Girl qui succombe aux secousses
d’une guitare électrifiée et électrisante ou une balade en
The Forest menée d’un pas alerte, sans jamais avoir l’envie de
reprendre son souffle. Alors, quand le silence finit par s’installer définitivement,
on se demande si
St Augustine est un tant soit peu conscient d’avoir accompli, avec
ce premier album affranchi, un vrai miracle.