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St. AUGUSTINE



Last Updated: 11/29/2009

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Status: Single
City: Clermont-ferrand
Country: FR
Signup Date: 1/21/2006
Sunday, June 28, 2009 

Current mood:  artistic

Changing Plans de St. Augustine





D’abord, il y a ce nom. À mi-chemin entre puissance évocatrice et secret bien gardé. Un nom qui laisse vagabonder l’imagination. D’ailleurs, on se fiche un peu de savoir qu’il puise a priori son origine dans le titre d’une chanson de Robert Zimmerman, I Dreamed I Saw St Augustin (John Wesley Harding, 1967). Parce qu’on n’a pas forcément envie de tout connaître des appétences du maître de maison, le dénommé François-Régis Croisier. Non. On est surtout curieux de savoir jusqu’où il est capable de nous emmener. Avec ou sans ses chouettes amis – de ceux qui visiblement comprennent ce qu’on attend d’eux. Le garçon, aux côtés d’Alexandre Delano (The Delano Orchestra) et Damien Fahnauer (Leopold Skin), est à l’origine de ce “collectif” (le mot est malheureux, mais faute de mieux) né à Clermont-Ferrand qui préside à la destinée du label Kütu Folk – surtout, ne pas se laisser piéger par les restrictions imposées par le second mot –, une petite entreprise bravache qui confectionne des disques artisanaux – aussi bien dans la forme que dans le fond –, dotée d’un amour immodéré pour le travail bien fait.

Et parmi les artistes issus de cette communauté (le mot est etc.), muée par une même mélomanie exacerbée, quelques très saines obsessions et un sens certain de la déraison, St Augustine tient le haut du pavé. Voici un an, déjà, le jeune homme avait apporté beaucoup de réponses In A Field Of Question Marks sur son savoir-faire émouvant, sa facilité à façonner un refrain, à déséquilibrer une mélodie pour la rendre encore plus attachante. À jongler avec les atmosphères et à redessiner les contours d’une musique dont on pensait pourtant connaître les moindres recoins – pour faire court, de Cohen à Young, en passant par la saga Oldham. D’ailleurs, on retrouve sur ce premier album élancé quatre morceaux de cet Ep passé sous le manteau mais distingué ici (in magic n°123) et là. À commencer par l’ouverture apaisante 14Th Of July (écho au 4Th Of July de Galaxie 500 ?) ou le trompeur Icelandic, dont les trompettes et les maracas chers au Tijiuana Brass de Herb Alpert réchauffent une ambiance douce-amère ébauchée par ce chant d’une fragilité troublante. Et puis, surtout, on se retrouve à nouveau sous l’averse mélodique de ce tour de force fantasmé destiné à l’éternité qu’est ce Rainy Country imaginaire (?).

Lancée par une basse et de discrètes castagnettes spectoriennes, habillée par des notes de piano et un violoncelle majestueux, cette chanson inépuisable, où finissent par se confondre les voix masculines et féminines dans un final rythmique baigné d’une lumière crue, est de celle dont rêvent depuis toujours pléthore de songwriters confirmés (d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui). Ensuite, St Augustine aurait bien pu plier bagages et mettre la clé sous la porte, avant de disparaître entre le lac de Guéry et le Puy du Sancy, avec la fierté du devoir accompli. Mais le garçon a décidément de la suite dans les idées. Armé du grain de folie de ceux qui n’ont pas froid aux yeux, il continue un périple romanesque, déjà esquissé avec un Let It Go serti de cordes, tombe sur A Nice Picture Of You un peu écorné et portrait (presque) craché du Dominique A de La Fossette (1992), une guitare tout en bois en guise de synthé Bontempi sous le bras. Lumières de l’aube ou du crépuscule comme pour mieux protéger une intimité toujours suggérée se dessinent au gré d’accords mineurs pour compositions majeures, à l’instar d’une Little Girl qui succombe aux secousses d’une guitare électrifiée et électrisante ou une balade en The Forest menée d’un pas alerte, sans jamais avoir l’envie de reprendre son souffle. Alors, quand le silence finit par s’installer définitivement, on se demande si St Augustine est un tant soit peu conscient d’avoir accompli, avec ce premier album affranchi, un vrai miracle.
 

Christophe Basterra

Currently listening:
Black Sheep Boy (Definitive Edition)
By Okkervil River
Release date: 2007-03-06