
1981, j’ai treize ans, j’achète Rock’n’Folk et Best, les deux seuls magazines de rock de l’époque. Je lis régulièrement les chroniques de Philippe Garnier, celles de Phillipe Manœuvre aussi (qui eu crut qu’il deviendrait un jour ce papy du rock, mais passons). Je regarde Les Enfants du Rock tous les samedis soirs, Sex Machine, toujours Manœuvre, avec Dionnet cette fois (le crew Métal Hurlant) et les reportages d’Antoine De Caunes. La new wave bat son plein, mais on appelle toujours ça du rock. D’ailleurs au milieu des groupes de garçons coiffeurs, un combo de sauvages, formé en 1973, dicte toujours sa loi. Son nom : The Cramps !
The Cramps, comme les règles douloureuses que subissent certaines demoiselles, mais aussi comme "la gaule". Celle que la plupart des jeunes types de mon âge ont constamment quand ils pensent aux même demoiselles (et même quand ils ne pensent à rien, d’ailleurs). La puberté ça s’appelle. Les Cramps eux, appellent ça le syndrôme "Teenage Werewolf", le moment où des poils vous poussent un peu partout et où on hurle sous la couette, les nuits de pleine lune. Au milieu des Depeche Mode, Duran Duran, Simple Minds, Big Country, A Flock of Seagulls, Kim Wilde, Elvis Costello, Blondie et The Cure, les Cramps font figure de rois de la jungle. Avec eux, la jungle est psychédélique, la fuzz tourne à fond les ballons, les percussions sont tribales, le chant tourne au vaudou.
Bryan Gregory, puis Kid Congo Powers, balancent un son si puissant que les cheveux se coiffent en bananes d’eux mêmes, pas besoin de jaune d’œuf, ni de bière. Lux Interior, leader et fondateur du groupe, se produit sur scène à oilpé, une chaussette sur la bite, il fait des gorges profondes à son micro. Rockabilly et 60’s punk, The Cramps réconcilie canons du rock et sauvagerie garage (qui a dit "Garbage" ?) en habillant le tout d’une certaine élégance new wave, décadente et moite. Le vieux fond blues de Memphis rencontre l’hystérie Angeleno. On parle de psychobilly. Rapidement les Cramps font partie de la légende du rock.
1986, j’ai dix-huit ans. Je collectionne les publications du label New Rose. Un numéro spécial sur les Cramps les présentes dans leur salon de Los Angeles, Wayfarers sur le nez, en plein milieu du quartier latino. Lux Interior raconte que les gars du coin lui montrent du respect, même s’il n’est pas sud-américain, car ils sont persuadés qu’Ivy Poison, sa compagne, est d’origine latine. Les deux bêtes du rock racontent aussi leur passion commune pour les vieux films de série B, les histoires de momies, d’extraterrestres mangeurs d’hommes et de morts-vivants filmés avec les pieds, les récits de strip-teaseuses enlevées par des monstres en caoutchouc. Tout un panthéon du film de genre US se dévoile, bien avant que cela ne soit la mode, que Tim Burton ne sorte ses Mars Attack et autre Ed Wood. Ils parlent aussi de tous ces groupes que je ne connais que de nom grâce aux textes de Manœuvre, de Garnier ou de Nick Kent : les Standells, The Sonics, The Trashmen, Screamin’ Jay Hawkins, The Shadow of Knight, Carl Perkins, Link Wray, Dick Dale, The Ventures...
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