Antoine Guiral est l'auteur d'un reportage sidérant effectué alors que Nicolas Sarkozy battait encore le pavé pour son ticket d'entrée à l'Elysée. Un tel manque de sang-froid est extrêmement inquiétant pour un éventuel premier homme de France.
La campagne d'un excité contrarié
En déplacement, l'ex-ministre se maîtrise, mais le naturel ressurgit parfois. Exemple hier à Metz.
Par Antoine GUIRAL
QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007

Une voix plus basse qu'à l'accoutumée, une démarche souvent ralentie à dessein lorsqu'il est en public... mais d'incessants tics et grimaces dont il n'a pas réussi à se départir. Depuis son entrée en campagne le 14 janvier, Nicolas Sarkozy a tenté de se métamorphoser. «J'ai changé», avait-il lancé lors de son discours d'investiture de la porte de Versailles à Paris. Dès le lendemain, lors d'une visite au Mont-Saint-Michel, il avait parfaitement intégré le nouveau personnage «apaisant» qu'il souhaitait incarner.
Dans l'autocontrôle permanent, il cherche à corriger l'image d'excité anxiogène qui lui colle à la peau. Sur le terrain, il prend le temps de perdre avec des anonymes ces quelques minutes (ou secondes) censées montrer qu'il ne connaît pas le stress. Il n'a jamais autant posé en train de faire son jogging quotidien. Depuis trois mois, il répète à l'envi qu'il est «serein». En campagne hier dans le département de la Moselle, il est resté dans ce registre zen, confiant à la sortie d'une usine être «tranquille et toujours aussi concentré».
Mais en meeting dans la soirée à Metz, il a montré son visage de combattant, qui n'hésite pas à monter les gens les uns contre les autres : «On me dit qu'il ne faut pas créer de tensions, qu'il ne faut pas donner de prétexte aux casseurs, qu'il faut à tout prix éviter de créer les conditions de l'affrontement. Veut-on pour cela que la police se dérobe ? Qu'elle ferme les yeux ?» De même, il a moqué ceux qui lui reprochent d' «exciter la colère». «La colère de qui ? La colère des voyous ? Des trafiquants ?» a-t-il interrogé sous un tonnerre d'acclamations. Le doigt pointé vers le public, il donne tout sur scène, sautillant derrière son pupitre, martelant chacune de ses paroles par des gestes et remettant continuellement sa veste en place par des mouvements du cou ou des haussements d'épaules.
«Sanguin». Comme Chirac dans ses vertes années, Nicolas Sarkozy a une personnalité qui inquiète. Il a aussi le sang chaud et peut piquer des colères en donnant le sentiment d'avoir envie d'en découdre physiquement avec ceux qui le courroucent. Tous ceux qui ont eu à essuyer ses crises parlent d'un «sanguin». Ses conseillers ont eu la hantise durant toute cette campagne de premier tour d'un dérapage de sa part lors de ses rencontres sur le terrain. Par crainte de le voir tout gâcher, ils l'ont empêché de se rendre dans une chocolaterie à Lyon où l'attendaient des manifestants mais surtout de se rendre en banlieue sous l'oeil des caméras. Résultat : aucun incident notable ne s'est produit en trois mois. Il est vrai que tout a été fait pour qu'il se présente face à des auditoires triés sur le volet.
Masque. Dans toutes les villes et villages où il a pris des bains de foule, une même mise en scène était déployée avec des cars entiers de militants déversés sur son passage pour l'acclamer et distiller de lui une image d'homme tranquille. Tous les fauteurs de trouble potentiels étaient écartés de manière préventive comme ce fut, par exemple, le cas ce week-end dans le Vaucluse ( Libération du 16 avril) où des militants de gauche repérés par les gendarmes ont été interpellés le temps que le patron de l'UMP discourt sur le parvis de la mairie. Parfois, le masque tombe : excédé par ses discussions avec des viticulteurs, samedi à Châteauneuf-du-Pape, il leur a fait la leçon en commençant par cet aveu : «Moi je suis en campagne, je pourrais faire le gentil...»
Fin de l'article de
LibérationCet article donne un échantillon du comportement que Nicolas Sarkozy peut avoir une fois sorti des rails d'une communication extrêmement bien huilée. Or toute orchestrée qu'elle soit, la vie politique laisse une grande part à l'improvisation. Le naturel n'étant pas le meilleur atout de Nicolas Sarkozy, on craint pour la politique intérieure et surtout extérieure d'une France sous son régime.
Le récent couplet du candidat sur le déterminisme génétique, digne des thèses eugénistes n'est pas fait pour contrevenir à l'angoisse d'un avenir orwellien pour la France. Le même discours tenu par un certain borgne à l'humanité douteuse aurait provoqué les foudres sur lui.
Dans un entretien de Michel Onfray publié dans le numéro d'avril de "Phliosophie magazine", M. Sarkozy assurait "incliner (...) à penser qu'on naît pédophile". A la publication du mensuel, l'information n'a pas eu l'air de susciter un vent de révoltes dans l'opinion. Malgré les relents de néo-conservatisme, elle n'a pas à mon sens frappé les consciences comme de raison. J'ai moi même l'impression d'être passée à côté de l'information. Un très bon
article publié par Rodolphe Adam dans les pages "Rebonds" de Libération le 12 avril 2007 revient sur le sujet, un texte très éclairant sur les maladresses du candidat de l'UMP. Des maladresses qui permettent de craqueler ses théories apparemment verrouillées.
S'agissant du suicide des jeunes, Nicolas Sarkozy affirme: "Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense." Une pensée très paradoxale pour un candidat qui veut tailler la part belle à ceux qui émergent par la seule force de leur volonté. Dans cette logique de pensée déterministe, l'acquis, la capitalisation des efforts, n'auraient alors pas de prises sur le déroulement de la vie de l'homme. Un telle opposition entre l'innée et l'acquis vient contrer la valeur du mérite dont M. Sarkozy saupoudre ses discours.
Suite aux propos de Nicolas Sarkozy, des généticiens ont été interviewés,
l'avis des experts sur la question.
En publiant cet article, il a été abérant de constater que la catégorie "politique" a disparu des choix offerts par cette mEEEERRRRveilleuse plate-forme, sûrement dans une tentative de calmer les ardeurs militantes de chacun; un avant-goût de cinq années de présidence franco-hongroise....?