Sans tomber dans la nostalgie type des trentenaires blasés,
les années 90 furent, en France comme aux Etats-Unis, une belle et riche
période pour le rock alternatif. Pourtant, de l’autre côté de l’Atlantique
comme ici, peu sont ceux à avoir survécu au poids des ans. Epileptic est un des
rares à pousser encore aujourd’hui les potards dans le rouge, larguant
régulièrement ses albums au dessus de la faune rock hexagonale sans même
vraiment savoir dans quelles oreilles ils atterriront. Peu importe, les
poitevins jouent depuis toujours pour le simple plaisir de composer, de fouler
quelques scènes en quête de bons moments partagés. Et cela s’entend encore à
l’écoute de «A Piece Of Eternity», un quatrième opus volontairement moins
complexe que ses prédécesseurs: la motivation est intacte, et la maturité
glanée au fil du temps rejaillit incontestablement sur neuf titres de mieux en
mieux produits, parfaitement arrangés pour donner encore un peu plus
d’amplitude au son. Sans aucun calcul apparent, l’ombre des ancêtres rock de
Washington DC plane ainsi plus que jamais sur son registre, comme si
Lungfish notamment se décidait à
réapparaître armé de compositions plus directes et énergiques («Pills»), aux
mélodies aiguisées sans jamais paraître trop faciles et prévisibles («All The
Religions»). Mais Epileptic va plus loin encore, prend ses distances avec des
influences trop dures à porter en imposant véritablement une ambiance qui lui
est propre, mélange d’émotion et de gravité que peu parviennent à rendre aussi
lumineux et humble («Livin’ Rough»). Ainsi, pendant plus d’une demie heure, et
sans pour autant accoucher là d’un album qui fera forcément date, le groupe
balance une musique qui lui ressemble, sincère, confiante et sûre de ce qu’elle
vaut. Une prestation fortement appréciable quand beaucoup tentent encore
d’attraper un pompon beaucoup trop haut pour eux…
Matthieu 21/02/2009....