The Kills
Midnight Boom_Domino_33’56_10/03/08
Les duos mixes ont la cote ces temps ci : The White Stripes, The Do, The Magnetix, Cocoon, Tiny Master Of Today... Faut dire, pourquoi s’emmerder à faire du rock à 7 avec un bassiste égocentrique ou un batteur recruté dans le NME, fan de Renaud, et un clavier hautain sous prétexte qu’il a joué en 1ère partie de Bernard Lavilliers ? Ou alors faut s’appeler I’m From Barcelona et Polyphonic Spree : des dingues quoi. Non, un duo, c’est l’idéal : avec les machines, on peut faire encore plus de bruits que Motorhead et Slipknot réunis, on divise les recettes en 2, on s’engueule moins sur les avis de chacun pour composer et surtout on peut choper 2 fois plus de groupies, surtout quand c’est un duo mixte : pas de jaloux. D’ailleurs la groupie numéro 1 du rock, Kate Moss (l’accessoire indispensable de tout rockeur d’après les Hushpuppies) ne s’est pas trompée en sortant avec le guitariste des Kills, Hotel !
Bref, à part être un duo hype, se retrouver dans la presse branché ou people et surfer sur une bonne crédibilité, les Kills, ils ont quand même fait un bon 3ème album ? Bah oui, leur meilleur même. Et le plus accessible. Bon accessible chez eux, ça voudra dire "difficile" pour le fan de Queen ou de Tokio Hotel... Car après le garage-folk-blues de Keep On Your Mean Side et la new-wave/post-punk de No Wow, Midnight Boom coure derrière Suicide, Goldfrapp, le trip-hop, PJ Harvey ou Peaches. Encore plus accro aux machines et aux effets, Jimmy "Hotel" Hince, livre pourtant une écriture organique, humaine et une utilisation sensuelle de ses samples. La boite a rythme sonne comme une boite de conserve rouillée mais c’est ainsi qu’elle doit sonner. Et il saupoudre d’étranges sons captés n’ importe où (touche de téléphone, bouteilles de vin, souffles, crachats et je ne sais quoi d’autres !), de synthés métalliques et toujours de cette guitare qui ronronne comme une ligne haute tension, Hotel en tirant des sonorités qu’on croirait non maîtrisés : on ne plaisante pas avec l’électricité.
Et enfin, il y a la chair et le sang, l’arme fatale de Hotel, Alison Mosshart dit VV. Ok, beaucoup continue de croire qu’elle n’a qu’un physique appétissant. Certes, elle a son charme destroy mais c’est réduire à peu de choses ses talents d’interprétation. Car les Kills sont le rock. Ils lui donnent vie et VV donne tout ce qu’elle a sur chaque titre, modifiant sa voix pour mieux coller à l’ambiance. Légèrement pute sur U.R.A Fever et son groove sexuel à la Tricky ; dangereuse et minaudante sur Tape Song, prochain tube tout en respiration ; douce comme un couteau pendant Black Balloon ; s’étouffant de façon peu bourgeoise en intro de Cheap And Cheerful, 2eme single parfaitement adapté pour les dancefloor. Sur Getting Down, susurrant ensemble, VV et Hotel inventent un langage plein d’onomatopées qui colle parfaitement à leur bulle d’acide citrique. Si ce disque était un baiser, il vous brûlerait les lèvres. Et on en redemanderait jusqu’à saigner. Mais les Kills savent aussi mettre un peu de pop dans le sulfure : Hook And Line envoie un refrain imparable, martelé pendant 2 minutes. Parfois, ils veulent sérieusement en découdre et balance une intro à la Chemical Brothers (M.E.X.I.C.O.C.U) : beats agressifs et guitares en guerre pour le morceau le plus court de l’album mais pas le moins percutant. Ils jouent à fond la carte des rythmes comme le ferait Timbaland tiens : sur Sour Cherry, tout est affaire de percussions, de guitares aléatoires, de bruits de bouche : le duo va à l’essentiel. Ultra épuré et pourtant ultra précis. Simple mais jamais simpliste. Sur Black Balloon, ce sont de légers claquements de mains qui donnent le ton. Et arrive l’un des meilleurs titres de Midnight Boom, Alphabet Pony, sorte de rap torturé, blindé de sons lourds et flippants ou VV lâche ce magnifique "Dont Forget My Cigarette and Get Something That We Can Drink" qui sonne dans sa bouche comme une évidence. Ce mélange d’électro, de son crade et de débit sonique excite l’auditeur. Lui torture les sens. Les Kills jouent sur tellement de sphère qu’on se demande si Britney Spears ou LCD Soundsystem ne pourraient pas reprendre leurs chansons. Comme ce What New York Used To Be, pas loin de Blondie et CSS non plus. Après ce tourbillon sonore, l’album se ferme sur une accalmie, une redescente de trip : Goodnight Bad Morning qui sonne un peu comme le Sunday Morning du Velvet Underground avec Nico au chant : un tambourin, une guitare acoustique et les voix de VV et Hotel qui s’entremêlent doucement. Le plus étonnant est qu’il est impossible de résister à ce sucre salé perpétuel et de s’ôter les titres du crâne pour une nuit de fête ou une journée de glande. Toujours aussi minimaliste, refusant la grandiloquence et une production clinquante (le piège dans lequel sont tombé les Hives pour leur dernier album), le son a pourtant évolué vers quelque chose de beaucoup plus massif et de moins rugueux. Et tellement sensuel. Ce disque est vicieux, vicelard et viscéral. Donc parfait. Morgan Le Bervet.