POPNEWSOLDMAN - Son, Father And Son...
POPNEWS Mars 2009 - album ....(Arbouse Recordings / Anticraft)
Les songes impénétrables de "Two Heads Bis Bis" n'ont pas eu le temps de se dissiper que Charles-Éric Charrier revient à la charge, plus imprévisible que jamais : loin des boucles hypnotiques de son prédécesseur, "Son, Father and Son..." est un étrange disque qui s'établit dans la progression linéaire de morceaux rassemblés par aucun signe fédérateur tangible : ballades folk dépouillées s'imprégnant de sons divers au gré de leur cheminement (synthé et orgue sur "Son, Father", sons de cloches sur "Father and Son"), post-rock distordu ("Mama ! Hum"), chansons parlées qui laissent la voix dans l'ombre pour mieux exposer, à la lumière, une certaine misanthropie glacée ("Morrow", "Son, Father and Son..."). C'est un fait, peu de balises éclairent le parcours, constamment heurté par les dérapages bruitistes, les inserts crissants, les embardées bordéliques, voire les sorties de route brutales. Disque complexe à suivre, "Son, Father and Son..." n'en est pas moins une œuvre aérée et respirable, dans laquelle les trouées de lumière (principalement, les morceaux acoustiques) dissipent régulièrement la noirceur ou la tiennent à bonne distance.
Comment, par-delà la complexité, tenter de percer le mystère du propos ? La seule vision d'ensemble, pourtant explicite - les rapports entre père et fils -, embrouille un peu, il est vrai, les fils des tendances les plus ambivalentes : le père domine, figure réelle, imaginaire ou absente dont il faut honorer/détruire la mémoire par amour/haine, le fils est ainsi suspendu au souffle d’une relation dangereuse, mais vitale ; ce qui pourrait ravir n'importe quel psychanalyste de base prend ici une forme aléatoire, familière de l'obscur et du grinçant, perçant vers une forme de vérité lointaine, aussi aveuglante que perturbante : faut-il donc "tuer le père" pour lui assurer ou s'assurer enfin qu'on l'aime ?....David Larre.... PINKUSHION
Oldman - Son, Father and Son... article écrit par Fabrice Fuentes, le 10 mars 2009Cela débute en douceur, avec une mélodie venue de loin qui prend forme patiemment, s’arrange de quelques oripeaux (une basse songeuse, une batterie caressée, un moog atemporel, une guitare acoustique impressionniste), bribes de souvenirs éclairés petit à petit tels des cailloux disséminés pour retrouver son chemin, retour vers l’enfance d’avant la haine de devoir lui survivre. On le sait depuis quelque temps déjà : Oldman ne ménage pas son auditeur, il fouaille la glaise aux tréfonds de nos vies bringuebalantes, déchire le rideau des convenances pour explorer cette part d’ombre qui nous habite, ces angoisses qui nous tenaillent, cette peur qui nous domine. Sa musique est ainsi faite, à l’instar de notre existence : elle est un champ de bataille, avec ses morts et son sang, ses vaincus et ses vainqueurs. Si Son, Father and Son... apparaît de prime abord moins sombre et grave que le précédent Two Heads Bis Bis (2008), il s’avère en réalité empli de tourments tout aussi orageux. D’une absence, aussi, qu’il s’agit moins de combler que de faire sienne. On devine que se joue là, dans cette évocation d’un passé trouble, entre les mots mais aussi en leur cœur, une mise au point filiale encore douloureuse. Si cela nous regarde, littéralement, c’est que chaque morceau délivré ici, comme le sont les secrets longtemps gardés pour soi et enfin révélés, tiennent d’une nécessité absolue plutôt que d’un épanchement malsain. Nécessité pour Oldman de dire les choses à sa manière, avec pudeur et recul, avec ses armes, c’est-à-dire des sons qui creusent le temps, ouvrent des blessures et les cautérisent. Nécessité pour l’auditeur de se laisser porter et bousculer par cette musique remuante, calme en apparence, agitée dessous, un peu pop, un peu post-rock, un peu expérimentale, un peu tout ça et beaucoup plus que cela : tout simplement humaine, malgré tout.
GOUTE MES DISQUES/LIABILITY par Fabien
Rarement Charles-Eric Charrier s'est résolu à produire des disques sans être entouré. La solitude n'est pas vraiment son truc et travailler en vase clos non plus. Même si ses disques sortent sous ses différents pseudos (sauf cas particulier comme pour Two Heads Bis Bis où il partageait l'affiche avec Neil Carlill), il y a souvent d'autres musiciens pour le soutenir et apporter les pièces qui manquent à son puzzle. Pour Son, Father And Son... c'est Thierry Le Coq, un auteur-compositeur-interprète trop méconnu, qui vient prêter main-forte pour un disque qui, une fois de plus, se révèle être pour Oldman des plus personnels. De toute façon, on imagine mal que cela puisse être autrement quand on connaît un tant soit peu le bonhomme. Sa musique a toujours été le relais de ses rapports aux autres, de ses inquiétudes, un besoin quasi affectif mais également une recherche sonore qui est aussi torturée que tournée vers la sérénité. De fait, Charles-Eric Charrier ne fera jamais une musique à visage unique. Ainsi un morceau à dominante pop se verra toujours intégrer des sonorités différentes, qu'elles soient électroniques, post-industrielles, rock ou africaines. De tout cela, Son, Father And Son... est sans doute une synthèse. On y sent chez lui toute son humanité, ses instincts paternels tout comme ses côtés sombres et ses angoisses. Musicalement, Oldman et Le Coq ont essayé d'échapper à tout académisme, sauf à l'exception de "Mon Délicat", douce mélopée acoustique, qui se suffit à elle-même. Une douceur qui trouve bien vite son opposé au morceau suivant, Mama ! Hum..., à la noirceur et à l'ambigüité quasi lynchienne. Voilà, un disque comme Son, Father And Son... c'est un peu comme Lost Highway. Vous pouvez avoir l'impression de dévaler en pleine nuit une route nationale, tous phares et projecteurs ouverts et vous retrouver subitement dans un environnement protégé où la normalité reprend un peu de ses droits.
Charles-Eric Charrier et son comparse peuvent donner un sentiment d'irrégularité, passant d'une humeur à une autre sans que cela ait un véritable sens. Mais quand on réfléchit un tant soit peu, on trouve normal qu'il n'y ait pas de logique sur ce disque. Enfin, une logique cartésienne. Parce que, finalement, Son, Father And Son... c'est un peu l'histoire de la vie, celle qui ne veut pas connaître la linéarité, les faux semblants et l'artificiel. Le caractère assez filial de ce disque nous renvoie cette image d'instants d'existence qui, si on les prend dans l'absolu, n'ont d'importance que pour ceux qui les vivent. Cependant, Oldman nous associe à eux, leur donnant un côté des plus familiers, en les illustrant par une musique qui se veut adaptée à chaque situation. C'est sans doute pour cela qu'on ne peut classer Charles-Eric Charrier dans un style en particulier. C'est un artiste polymorphe qui fonctionne autant à l'instinct qu'à l'affectif. Mais tout cela on le sait déjà. Que ce soit à l'époque de Man ou pendant ses efforts solitaires, l'homme a systématiquement fonctionné ainsi. Personnage atypique, autant que sa musique, il aurait bien mérité de figurer dans le livre d'Eric Deshayes et Dominique Grimaud sur l'Underground Musical en France (Le Mot Et Le Reste - 2008) qui a mis en exergue les Heldon, Jac Berrocal, Comelade, Art Zoyd et autres Pierre Bastien. Il appartient nettement à cette famille d'électrons libres qui ont favorisé la recherche musicale plutôt que le paraître.
NORMAN
Here's a CD by Oldman on the French Arbouse label. This is an odd beast. It starts off with a throbbing solo bass which reminds me of a Neubauten track from Tabula Rasa. Some eerie theremin noise and then some shuffling kicks in making one of the oddest tracks I've heard in a while. Then comes the old twiddly dee folk guitar. I swear I didn't know it was coming. The album straddles instrumental acoustic guitar led folk and wierd experimental cinematic soundtrack pieces. I like calling music pieces. There's some lovely folk guitar on this album in amidst the general wierdness. Comparisons?? I can't think of any. The guitar reminds me a bit of Bagpuss at times and that tweeness is balanced by some weird darkness on the odd track and some twinkling on the other. A complete mixed bag of an album which fits together like a patchwork quilt. It's very good. 'Son, Father & Son' is CD only!
OCTOPUS par F.V
Ancienne moitié du duo MAN, artiste épris de collaborations indépendantes (Lena en compagnie de Matthias Delplanque, en duo avec Jérôme Paressant, etcetera), le Nantais Charles-Eric Charrier fait partie de ses aventuriers ultimes à l’hyperactivité effrénée et contagieuse. Adepte d’une polyvalence stylistique où le spoken word le dispute au jazz – version minimale, preuve en est l’introductif "Son, Father“ et son échappatoire lento d’une captivante beauté sur quelques notes de guitare acoustique, de synthé et de cymbales – Charrier vise à l’épure, toujours, pour atteindre le beau, souvent, le sublime, parfois. Puisant aux sources les plus incontestables, qu’elles soient issues du croisement improbable de la gratte de Matt Elliott instrumentalisée par Cvantez ("Mon Délicat") ou du parler nocturne d’un post rock à la sourde colère, trempée dans une Encre période Flux. De temps à autre, le ton se fait davantage serein, divaguant entre six cordes et xylophone sur un nuage comeladien où il fait bon se reposer ("Grandfather’s Shield"), avant que le souvenir grave (la voix et le texte) de Rodolphe Burger ne fasse définitivement oublier le très pénible Gérard Darmon sur le surprenant "Son, Father and Son". C’est que contrairement à une scène franco-hexagonale où l’auto-complaisance est érigée en religion, Oldman regarde au vitriol son ombre dans le miroir, elle lui renvoie une misanthropie paranoïde subjuguante de vérité. A l’image d’un disque dont les fractions inquiètes énumèrent les sens pour mieux les vampiriser.
CHRONIC'ART
On a découvert Charles-Eric Charrier excavant la matière musicale dans ses intervalles même au sein du duo Man, alimentant ainsi plus ou moins malgré lui cette « histoire de fantômes pour les grandes personnes » chère à Warburg (Aby) et qui personnellement nous occupe plus que de raison depuis que les lustres ont un nom. Après quoi, pas à une tangente près, le bonhomme s'en est allé braconner sur toutes les terres mal situées, par la diagonale le plus souvent et outre ses nombreuses collaborations quasi télépathiques, il fût chasseur solitaire ET fauve traqué, bâtisseur de musées imaginaires et dynamiteur des mêmes. Vous suivez ? Tant pis. C'est que Charles-Eric Charrier n'a ni maison ni boussole. Seulement l'appétit de sa propre mémoire (ce machin rotatif tapissé de glue) et l'imagination inquiète des sourciers insomniaques. De projet en projet (d'aventure en aventure devrait-on dire), il prend la température du monde par son fondement (son trou du cul si vous préférez) et par les parallèles tirés à l'arc (ou par la bobinette-et faut dire que la chevillette a chu).
Rebaptisé Oldman par le poivre le sel, aguerri dans l'art de la flibuste, le voilà campant sur tous les fronts brûlants, armé notamment de deux beaux disques sismographes : Son, father and son et Two heads bis bis, récits de voyages immobiles, à lire à la lampe de poche, cœur d'enfant et salivant de trouille. Le premier, idéalement mis en son (spacialisation goûtue, profondeur de champs) par Thierry LeCoq - dont on reconnaît aussi les chouettes guitares millimétrées bizarre - alterne bruit blanc cassé, chansons trainées à voix basse et français grognon, groove au lance-pierres. Oldman a ramassé dans les décharges bouts de folk froissé, babioles atonales, la planche à roulettes d'une funkerie cul-de-jatte, les chiffons sales des musique mal encyclopédiées pour en faire au marteau le radeau médusé de ses considérations intimes (il s'agirait de leur faire voir du pays). Paternité, mort, colère et miséricorde : l'éventail archi-impudique d'une conscience en mouvement roulé dans le gravier, soufflé sur les mélodies de tendres berceuses elles-mêmes bousculées par le bruit, des restes no-wave, la brutalité du punk, le vent chaud du free. Il serait indélicat de trop commenter, analyser Son, father and son, album personnel au long cours qui ne demande rien tant qu'à être « déliré » plutôt qu'inspecté. Dans sa forme, il pourrait évoquer un rejeton chuchotant du Parallèles de Berrocal (bric-à-brac mêlant chanson, musique industrielle, improvisation, plaisir gratuit du boucan bien). Dans le fond, il appartiendra à chacun d'y saigner du sang qui lui plaira.
Le second, Two heads bis bis, tire quant à lui sur la corde de l'improvisation collective à partir de riffs de basse méditatifs déclinés sur tous les modes. Une basse granuleuse et plombée, abouchée contre les enceintes aux transes désarticulées des fûts, peaux et cymbales. C'est cette fois à l'observation ralentie d'une Afrique fantasmée qu'on grelotte et tremble. Ici encore, mix impec (dû à Charrier lui-même) où vibratos de guitares, orgues, samples ectoplasmiques, râles, susurrements et babil caillouteux trament dans le lointain un arrière-monde possible à la psyché d'Oldman, troué des spectres lancinants de toutes les musiques. C'est un disque tellurique, vibratoire et décharné, terriblement physique bien qu'étoilé de rêveries louches. Un disque humble de ressac et d'orage à mordre, misant tout sur l'altérité, la boxe et les points d'interrogation. Au moment où l'on écrit ces lignes, Charrier l'affamé prépare déjà mille autres croisières en mer d'huile. Guettez-le.
Florian Caschera
LA MAGICBOX
A quelques semaines d’intervalle, Charles-Eric Charrier a sorti deux albums sur deux structures différentes, preuve s’il en est que le vieil homme (son nouveau pseudo…prenons-le aux mots) a toujours la passion musicale d’un jeune homme. Le Nantais était déjà connu pour être une des deux faces de Man, un duo qui nous avait enchanté dans sa faculté de faire des troués et des saillies dans les murs des genres musicaux. Le barbu n’est pas du genre à faire une musique formatée mais utilise son fort background musical pour dégraisser tous les poncifs devenus inutiles. La musique de Oldman est littéralement flippante. Sur Two Heads bis bis, il fait vibrer une corde sensible et granuleuse (de basse ou de guitare) sur des sons brouillés ou qui semblent se dérober sous nos pieds. Là s’agglomèrent bruit de télé, claviers psychédéliques somnambules, voix de gourous désincarnées, nappes de guitares aux dents acérées. L’atmosphère est obsédante et l’écoute de l’album ressemble à un bad trip sous stupéfiants. Noze teeth eyes ressemble à du Gainsbourg d’après d’après d’après la pluie. Quant à Broken teeth, il vous embarque dans la chambre d’un schizophrène sur une batterie martiale, aux sons de cordes sauvages. On croirait voir évoluer Willard au début d’ « Apocalypse now ». En plus, ce n’est pas The End mais bel et bien le début de l’album. Frissons garantis.
Pour Father, son and father…, Oldman rentre un peu plus dans le rang. Enfin, c’est vite dit mais le Nantais retrouve épisodiquement une voix spoken word (maigrelette), un metteur en son spatial (Thierry Lecoq) et une écriture plus proche d’un format chanson. L’ambiant de son, father devient petit à petit un titre folk minéral avec une cymbale et un pinceau jazz. L’album est dès lors lancé, permettant à Oldman de laisser un peu plus transparaître ses influences premières et laisser poindre un ambivalent sentiment de nostalgie. Le bien-nommé Mon délicat, joué du bout des doigts, renvoie au meilleur de la folk. Chanté en français comme le ferait Rodolphe Burger, son, father and son est étonnamment touchant, avec une guitare flottante derrière des sons qui caquettent. Les textes ressemblent à un journal intime, ce qui renforce encore plus l’humanité du propos. Avec ses clochettes et sa guitare bohème Grandfather’s shield, léger comme une BO épurée de Tati, renvoie au premier Man et à Pascal Comelade. Mais Oldman ne se contente de laisser couler ses mots et sa musique. Il vient sans cesse finement parasiter son propos. Peut-être pour nous prouver que la création, la construction, c'est comme la vie, fragile. Mama hum dissonant au possible convoque les dieux de la No wave et un Velvet Underground avant-gardiste. Pascal Comelade avait sorti en son temps l’argot du bruit, un nom qui sied bien à Oldman.Deux raisons de découvrir un artiste atypique.
Denis Zorgnetti