SAMIR BARRIS – Biographie racée
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Aussi loin qu'on remonte dans la
bio avouable de Samir, il est question de musique. Fan de Led Zep au lycée, il
porte le cheveu long et tient la basse de jeunesse dans le groupe du bahut.
L'amateur de rock est marqué, plus tard, par le Wowee Zowee de Pavement.
Parfois d'ailleurs poussé à haut volume
sur la chaîne hifi parentale - pied de nez frondeur d'un fiston foncièrement
trop gentil et respectueux pour balancer le no future des Clash à la gueule des
générations pas encore passées. Pavement donc pour lâcher la bride de ce spleen rageur, qui titille
les neurones comme le chat dans la gorge les jours d'hiver en Belgique.
Réflexion qui trouve aux Etats-Unis son mode d'expression renouvelé :
bricolage, énergie, fun.
Or, au même moment, la France
envoie des signes de nouveauté musicale: Dominique A, Miossec et Mathieu
Boogaerts.... Choc pour le lettre-moderniste qu'est en train de devenir Samir.
Il n'y a peut-être aucun rapport mais c'est à la même époque, sur le campus de
l'Université Libre de Bruxelles que naît Melon Galia. Samir forme avec Thierry de Brouwer (le Yéti) et
Aurélie Muller (Soy un caballo) un des premiers groupes pop "en
français" de Belgique. A la batterie cette fois. Un album voit le jour
sous l'égide graphique de Dupuy-Berbérian (Les Embarras du quotidien,
2000). Succès d'estime au royaume mais aussi outre-atlantique, avant éclatement
de la formation.
Et Samir de papillonner : le
théâtre universitaire (on ne se souvient pas sans joie de sa prestation en Puck
dans Le songe d’une nuit d’été), la batterie toujours quand il
accompagne Bright Eyes lors de leur premier déplacement low cost en Europe,
puis l’enseignement un temps.
De ses amitiés avec les anciens de l'université de
Bruxelles naît la collaboration avec la contrebasse jazz de Nicholas
Yates. Une orientation au diapason de sa soif de nouveaux paysages
musicaux : Samir aborde Miles, Mingus, Jobim,
Coltrane, Joao Gilberto, entre autres. Ouverture qu’on ne retrouve que
timidement sur Quel effet? (2006), premier album solo du garçon,
porté par «le fossé», chanson carrément pop soutenue entre autre par la radio Pure Fm.
Est-ce cette propension a
découvrir sans cesse de nouveaux territoires qui apporte dans Quel
effet ? ce mélange réussi d'écriture dense mais sans prise de tête, de
guitare fendarde, et de recherche de la mélodie qui fait mouche. A moins que ce
ne soit l'entrée timide dans l'âge de raison où se dispute l'adolescence rock
et les exigences qualitatives d'adulte? A moins que ce ne soit pour nourrir une
prétention mégalomane à passer de la vitupérence des Clash à la classe
pré-post-punk de Lou Reed? Ou alors juste pour muer le mal-être contemporain en
challenges personnels. Do it
yourself. Briser les conventions. S'inventer. Muer le turbin en défis et
la scène en passion. Quel effet? voit Samir multiplier les instruments,
et travailler en chef d'orchestre de sa production. Puis tant qu'à faire, il
sort son album sans maison de disque, envoyant la galette aux auditeurs qui
ensuite sont libres de lui renvoyer un prix libre… ou l'album qui n'aurait pas
plu. Satisfait ou remboursé. Fun!
Samir multiplie les passages sur
scène en Belgique et en France, pour promouvoir ses chansons au long d'une centaine d'estrades: de bars,
concerts ou festivals , en solo ou duo. Kif!
De ce fourmillement de rencontres
et cet échange de passions naissent de nouvelles idées cocasses ou vénéneuses,
professionnelles ou personnelles, artistiques ou humaines. Participation au projet
"Elvy" où il officie comme batteur, agrandissement de la petite famille,
réflexion
autour d'un projet de chansons
jeune public, mise à l’eau du navire « XX » avec la jeune chanteuse
Séverine Cayron, écriture pour Marie Warnant, démarches pour trouver un label
en adéquation avec ses aspirations, duo avec... Etc. Etc.
Et voici venir Tenter l'Atout, le second opus.
Exercice forcément casse-gueule. Peut-être un peu moins, en fait, quand on
n’est pas encore attendu au tournant. Quand on a cru à l'ombre d'une hype qui a
détourné ses yeux des chanteurs dits de la "nouvelle scène
française". Un second album plus ambitieux. Sans doute. C'est ce qu'on dit
quand un album élargit ses arrangements et gagne en ampleur.
On y retrouve les ferments du
premier opus, ces textes littéraires trempés à la fois dans l'encre de la
poésie et dans l'acide libertaire de tout qui s'est un jour mangé en pleine
poire Vian, Van Eigem, Nietzsche et Baudelaire. Cette capacité à partir du
spécifique d'une situation pour toucher du bout des doigts l'universel. Faire
du trivial du beau, faire du pathétique une non-histoire générale. En chantant
les joies de la paresse, le plaisir d’exister, l'idéal adolescent, le goût de
la création ou les relations qui se font et se délitent sur un air de bossa,
Samir enchante.
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Le disque lâche la bride. Ecrit
avec réflexion, « écrit » tout court, il évite pourtant l'écueil
intello. Il profite d'avoir plus d'espace, la liberté du temps, pour élargir
son terrain de jeu. Les mélodies quittent le giron franco-francophile, pour
s'en aller gambader joyeusement du côté de l'Amérique du Sud coiffée de panama
et de la pop rock Us électrisée.
On écoute du rock dans une
chambre avec vue. Et on se remémore le temps perdu en pensant décidément à demain, parce que c'est ainsi
et qu'il n'y a pas mieux à faire. Tenter de devenir le surhomme de Nietzsche et
échouer aussi un peu.
-- Denis Verloes - Benzine denis@benzinemag.net
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