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Voir Michael J Sheehy deux années de suite sur une scène
française est un miracle que je ne risquais pas de rater, d'autant plus qu'il
ne semble pas près de se renouveler, vu l'assistance clairsemée.
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Si vous lisez mon blog ou Abus Dangereux régulièrement, vous
ne serez pas surpris de l'enthousiasme de ces quelques lignes. Cela fait trop
de bons disques et trop peu de bons concerts que je collectionne depuis plus de
dix ans, pour que je n'aille pas les yeux fermés en ce dimanche soir à la
Maroquinerie profiter de la beauté venimeuse de la voix de l'Irlandais et de
ses Hired Mourners.
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Complètement différents de ceux qui avaient encanaillé les
nuits de l'Alligator (à part Brother Pat à la guitare, lapsteel et au banjo),
il faut dire que ces Mourners-là ont la dégaine de l'emploi : un
percussionniste jamaïcain impassible, un bassiste que l'on jurerait enlevé à la
sortie du lycée et un batteur au masque de Droopy. Voilà la joyeuse bande qui
accompagne Michael, gilet et complet veston noir de rigueur, la barbiche
toujours aussi Méphistophélique et la croix bien en évidence sur sa poitrine.
Le concert est l'occasion de voir se succéder le boxer déchu, le prêtre
défroqué, le prêcheur imposteur, le marin assassin, l'amant déçu, l'alcoolo du
quartier et bien d'autres personnages hantés par l'amour et la haine, toujours
en quête de rédemption. Les plaintes blues et les chœurs gospel emplissent la
salle et donnent une furieuse envie de chanter, de danser et de remercier le
"Lord" du rock'n'roll qui nous a guidé jusqu'ici. D'ailleurs emportés
par le feu de la guitare électrique que Michael sait faire hurler quand il le
faut, un homme aboie, une fille danse et le noir de la salle bruisse d'étrange
manière. Alternant la magie de ballades troublées et l'inconscience de dérives
purement rock'n'roll, avec un son gros comme ça, Michael mène tout le monde en
bateau jusqu'à une heure avancée de la nuit. Trop, apparemment pour une partie
du public qui a déserté la salle avant le rituel rappel. Tant pis pour eux, ils
n'auront pas eu la primeur du petit dernier, ce "Saint Nancy" qui
donne envie que le temps s'arrête encore quelques heures pour profiter de la
présence, de la profondeur et de la chaleur de Michael J Sheehy, injustement
méconnu de ce côté-ci de la Manche, et de l'autre aussi d'ailleurs.
