Sa voix est à l’image de son premier album : brut de décoffrage. Rencontre avec Victoria Tibblin. Rock’n roll is not dead !
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Ceux qui ont assisté au "Festival Clandestins", l’été dernier à Bruxelles, se souviendront sans aucun doute du phénomène. De son image d’abord, celle d’une longue tige blonde, barrée d’une Gibson SG. De sa musique ensuite, un rock sans concession, nerveux, puissant, un brin salasse, du rock comme ces dernières années l’ont souvent oublié. De sa voix surtout, quelque part entre Siouxsie, Catherine Ringer et PJ Harvey. Mon tout ? Un cocktail Molotov du nom de Victoria Tibblin. Son premier album éponyme, sorti fin 2007, est tombé comme un couperet sur le gras de la scène rock française. Victoria, joli nom pour un ouragan, vous ne trouvez pas ?
L’allumette est bien suédoise, née à Stockholm un jour de 1987. Histoire de fric, de mec, Victoria n’a que dix mois quand sa mère rejoint Londres. Education à l’anglo-saxonne donc. Victoria découvre le piano, chante dans les chorales de l’école. Bref, le premier frisson rock n’est pas à chercher de ce côté-là, ni ailleurs... d’ailleurs. "J’ai toujours baigné dedans, inconsciemment, ma mère est une folle furieuse qui a vécu les années 70 à fond. Et puis finalement, le mot rock ne veut rien dire maintenant. On dirait qu’il suffit qu’on te colle une guitare pour que tu sois rock. On ne regarde même plus le vécu que tu as. Pour moi, le rock, c’est aussi une façon de penser, de vivre."
Chanter, pas défiler
La mère, ancien mannequin, verrait bien sa gamine suivre ses traces. Alors qu’elles ont quitté Londres pour Paris (où elle réside depuis), Victoria, presque ado, se retrouve sous les flashes. Flattée que ce corps rejeté suscite l’intérêt. Mais l’expérience tourne court. Victoria, ce qu’elle veut, c’est chanter. L’année de ses 15 ans va marquer le début de sa carrière. "J’ai rencontré René Joly, qui cherchait une voix", raconte la chanteuse, "je me suis retrouvée à chanter ses chansons en studio, mais je me sentais comme à l’époque des photos, ça m’emmerdait plus qu’autre chose."
C’est qu’en parallèle, pour ses 16 ans, elle a reçu un cadeau empoisonné : une guitare électrique. C’est aussi l’époque des premiers pétards, des premières bières. Aux Billie Holiday et Nina Simone de sa mère viennent se mêler les White Stripes, les Smashing Pumpkins ou encore Nirvana. Bref, le bouton disto est souvent poussé sur l’ampli de Victoria. Elle compose alors trois titres, "I’m not sober", "Selfish" et "Baby don’t cry", et se convainc de faire désormais ce qui lui plaît. Ce ne sera pas facile, entre faux espoirs et vaines collaborations.
Il faudra attendre une rencontre improbable avec un Belge, Didier Odieu, pour mettre véritablement l’affaire sur les rails. Lui vieux loup expérimenté, elle jeune louve pleine de fougue, la formule fonctionne. Jean-Marie Aerts se joint à l’équipe et dégote pour le coup la section rythmique d’Absynthe Minded. L’album voit finalement le jour en 2007.
Le "Make me pretty" d’ouverture, très Clash, est à l’image de l’album, partagé entre le français et l’anglais. "Au départ, le français n’est pas vraiment venu naturellement", avoue Victoria, "cette langue, très poétique, me semblait inadaptée au rock, et puis j’avais peur que l’on me questionne sans cesse sur les textes. En anglais, tu peux transmettre ta tristesse, mais on ne vas pas te demander le sens de chacune de tes phrases !" Au milieu de l’ouragan rock, des micro-climats servent de refuge à toute l’émotion de Victoria. Comme sur le magnifique "Don’t leave", où il y a quelque chose des Velvet et Nico Icon.
Des hauts et des bas
Dans les textes, le rapport au corps est très présent, sur "Make me pretty" et "Squelette" notamment : "J’ai évacué pas mal de choses, mais il m’en reste encore beaucoup". Egoïstement, on aurait presque envie de s’en réjouir. "A en écouter certains, on dirait que la vie est belle. Je dis non, la vie n’est pas belle, il y a des hauts et des bas, et ce sont eux qui la rendent belle." La maman, elle, voit enfin sa fille sous le feu des projecteurs. "Elle m’a dit récemment qu’elle était fière de moi, fière que j’aie persisté pour faire quelque chose qui me ressemble", raconte Victoria, la larme à l’oeil. Une larme qu’elle verse parfois dans ses prestations live, véritables exutoires : "Quand je sors de scène, je suis comme une petite vieille qui aurait pris toutes les drogues du monde en une seule fois !" Ce qu’elle ne sait pas, c’est que le public sort dans le même état.
Si aucune date n’est arrêtée, la belle devrait passer par le Bota, avant de bousculer l’un ou l’autre de nos festivals estivaux. A voir sous tous les prétextes.
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