
NIXON : À CŒUR DE FLOW
Nixon (« Natural Intelligence of an Xplicit & Original Negro ») sort The Magnificient Way, son premier album issu de son propre label, parce que, dit-il, « c’est la seule chance que l’on m’ait véritablement donnée : me débrouiller par mes propres moyens. C’est comme ça aujourd’hui. Tu dois être à la fois le producteur, le compositeur, l’artiste… Ce n’est pas ma philosophie de la musique mais c’est comme ça. Alors, je m’adapte. »
Et il s’adapte à tout depuis longtemps, Nixon. Atteint de drépanocytose, une maladie génétique chronique qui s’attaque aux globules rouges, Nick Conrad, alias Nixon, a subi les longs séjours à l’hôpital, la souffrance, les traitements lourds qui ont émaillé toute son enfance. Aujourd’hui, il a appris à vivre avec sa maladie et reconnaît qu’elle lui « a forgé le caractère. M’exprimer par ma musique, c’est exister à travers elle. »
Résident du quartier du Champy à Noisy, Nixon est issu d’une famille camerounaise qui lui a « tout apporté. Mon père, vrai mélomane, me ramenait des disques de la Motown, de Miles Davis… J’ai même un disque d’Herbie Hancock acheté au Cameroun ! On les écoutait en famille. Tout y passait : du jazz New Orleans, du blues et des chants traditionnels camerounais». Doué d’une grande sensibilité artistique, il fréquente pendant deux ans le conservatoire de musique de Noisy où il apprend la trompette, participe à son premier concert d’électro-jazz à l’âge de 12 ans. Il découvre des artistes reconnus comme Mafia Underground, puis il se tourne vers le hip-hop new-yorkais, qui emprunte à la soul et au jazz et lui apporte la richesse musicale qu’il recherche, il cite aussi Pete Rock, Primo… Depuis, il enchaîne les représentations dans les festivals de hip-hop, les petites salles à Paris et en région parisienne. Noisy reste très présent dans le cœur de Nixon : « Noisy, c’est un vivier d’énergie artistique. C’est la ville qui m’a soutenu pour la réalisation de mon clip pour The Magnificent Way. »
Nixon revendique le mouvement hip-hop. Avec son acolyte Black Roses, pianiste compositeur talentueux, il égraine des thèmes personnels, d’un réalisme parfois tragique, comme dans Sickle Cell (drépanocytose en anglais), un titre émouvant parce qu’il y raconte sa maladie et sa peur de «manquer à l’appel », avec des mots qui font mal et touchent au plus profond. Une sensibilité à coeur de flow qui n’exprime ni la haine ni la violence, mais simplement des sentiments sincères et explicites comme il l’écrit dans Microphone Master, où il dénonce sans attaquer. Déterminé, il conclue : « Je crée un hip-hop différent avec des textes maîtrisés et une musique qui me ressemble. Le hip-hop ne doit pas cesser d’être dans l’énergie de la révolte, mais d’une révolte positive. En France, une minorité de salles sont destinées au hip-hop. Cette négligence est un mal bien français, alors que dans le reste de l’Europe, le hip-hop explose. Les titres sont en anglais pour l’international, mais les textes sont tous en français, la seule langue qui puisse traduire au plus près ce que je ressens. »
LIENS
http://www.myspace.com/jazzconrad
L’AVIS DE BACSTER
Nixon le guide nous indique la voie magnifique du hip hop en jouant sa partition sophistiquée et déjà essentielle. Un flow rythmé au son du cœur, ciselé et classieux. Un régal.