|
Monday, November 24, 2008
 |
Nathalie 10 : "Des glaçons sur la chatte"
Nathalie était jalouse. Qui ne l’est pas ? La jalousie est le parasite naturel de l’amour et sa morsure est parfois cruelle pour les amants ; elle voudrait lier l’oiseau à la branche, elle voudrait refermer les ailes colorées que nous savons tous déployer, elle peut faire des ravages, elle se combat comme l’ennemi juré. Elle prends parfois l’apparence de l’amour ; c’est un masque, un sniper infiltré qui se cache dans la boue, sans cesse à l’affût, avec un seul objectif, une seule mission : l’extermination impitoyable du désir.
Notre premier conflit arriva très rapidement. Tous les couples connaissent cela, mais tout de même, je ne m’y attendais pas. Nous étions au Cerisiers, c’était au tout début, on faisait des crêpes, tout allait bien. J’avais fait un joli monticule de farine, Nath me cassait les œufs un par un, on allait bientôt mettre le lait. Et puis il y a eu un problème, une histoire d’œuf ou de farine, je ne m’en souviens plus du tout. Mais d’un seul coup, c’était parti en vrille. Elle très en colère et moi, d’abord surpris, puis vexé, renchérissant de plus belle. Ce fût bref, mais je vis ce jour-là miroiter l’eau noire de ses rivières souterraines. De cet instant, notre bonheur fût toujours accompagné de ces sautes d’humeurs ponctuelles et ce qui pouvait au début apparaître aux amis comme les frasques de deux amoureux un peu vifs devint au fil des jours ce qu’il convient d’appeler tristement des « scènes de ménage ». J’étais souvent absent et elle en souffrait. Après la naissance d’Arthur, il y eût une longue période de tournées et d’enregistrements. Les Satellites prenaient l’avion. Nous faisions les grands festivals d’Europe du nord, des concerts en Islande, au Canada, restions des mois à Londres pour enregistrer notre quatrième album. Nathalie se mit alors à cultiver une drôle de petite graine dans sa tête. Peu à peu je devinais en elle un endroit auquel je n’avais plus accès. Nos retrouvailles régulières devinrent de plus en plus tendues. Un jour, je revenais d’Helsinki, par une succession de plusieurs vols qui nous avaient laissé le temps de faire quelques emplettes dans les boutiques « Duty Free » des aéroports. J’avais eu l’idée de ramener un cadeau à Nathalie. Je voulais quelque chose de bien. J’avais choisi un flacon de CHANEL No 5. Je n’avais jamais senti ce parfum, (ma mère ne portait qu’Opium) mais la vague référence à Marilyn Monroe, que Nathalie adorait, suffisait à évoquer pour moi ce que j’aurais voulu dire à travers ce cadeau : « Tu es belle comme Marilyn. J’ai envie que tu sentes bon, je voudrais te faire plaisir, te flatter, t’offrir un parfum de femme pour que tu sois séduisante et surtout : j’ai pensé à toi. » Elle déchira le papier de mauvaise grâce. Elle avait déjà décidé que ce cadeau ne lui plairait pas. Elle saisit le flacon comme on prend un pavé et le jeta violemment sur la table, hors d’elle. Elle n’eut que cette phrase mémorable : « Tu m’as pris pour une de tes putes ? »
A vrai dire, il n ‘était pas difficile pour moi d’assumer cette jalousie de ma compagne, de répondre à ses attaques et à ses suspicions permanentes, pour la bonne raison que j’étais d’une fidélité absolue. Je ne dis pas que je n’en souffrais pas, mais il y avait en moi à cette époque une éthique instinctive et une sincérité maladive. Quand à mes putes, elles n’habitaient que mes chansons et mes dessins à l’encre de chine. Elevé par ma mère, j’avais alors cette image de mon père infidèle, coureur de « bonnes femmes », statue vivante du queutard devant l’éternel . Elle en avait beaucoup souffert et je dus faire une réaction. Ajoutez à cela une nature romantique, la transparence d’Alceste, et une certaine « bien-pensence » émanant de la contre-culture qui m’imprégnait en ce temps-là. Je n’ai appris à tromper une femme que bien plus tard, et aujourd’hui c’est un plaisir dont je suis déjà lassé. Je sais payer le prix de ma liberté qui n’est pas négociable, mais je laisse l’adultère aux bourgeois.
Pourtant, il y avait des occasions. On ne joue pas impunément dans un groupe de rock‘n roll… Contrairement à ce qu’on pense, les rockers sont souvent sages. Mais ils aiment boire des coups après le concert, discuter, et disons-le, jouer au jeu de la séduction. Combien de nuits vaudoues ai-je fuies, abandonnant mes beautés de minuit à l’instant fatidique. Un soir, pourtant, je dois confesser ici que j’eus un moment de défaillance. Lecteur, toi seul me jugeras. Je m’en remets à ta justice. Eternel, que tes trompettes sonnent quand elles voudront…
C’était à Genève, nous jouions dans un club Rock à la mode fréquenté par toute la gent alternative des alentours. Les Suisses étaient très cuir et très percés. Nico Wampas faisait notre son. Après le show, il nous rejoignit dans les loges où quelques jeunes gens du cru se mêlaient à notre équipe et au groupe de première partie. Nico et moi étions bien copains. Ce soir-là, comme tant d’autres, nous partagions la même chambre d’hôtel. Backstage, c’était la fête. Nous-nous mimes à discuter avec une fille très jolie, qui n’avait pas la langue dans sa poche et qui visiblement semblait apprécier au moins l’un de nous deux. La soirée se passa en sa compagnie. On buvait des coups, on parlait sans trop d’équivoques, et je dois dire que son charme n’était pas simple à occulter. Lotta n’était pas très lookée, sinon un joli piercing sur sa langue rose comme celle d’un petit chat. Elle était réfléchie mais vive, pertinente mais effrontée, subtile mais salace. Elle avait de beaux cheveux blonds qui semblaient très doux. Elle avait une pointe d’accent. Elle fût avec nous dans le tour bus qui nous ramenait à l’hôtel, elle était toujours là quelques minutes plus tard, assise sur le lit de notre chambre, les jambes croisées, savourant le dernier joint dont la fumée léchait le verre des reproductions des poissons rouges de Matisse et des Tournesols de Van Gogh sur le crépis blanc des murs. On se servit des verres au minibar. La conversation continua. Dieu sait pourquoi, l’on se mit à évoquer nos fantasmes sexuels ; elle nous posait mille questions auxquelles on répondait de notre mieux, nous lui en posions également. Elle nous révéla alors que son plus grand plaisir était de se caresser avec de la glace. Croyez moi ou non, ce fut elle qui insista pour nous faire une démonstration. Ce fut « le grand jeu ». Tout d’abord elle éteignit les lumières de la chambre, ne laissant allumée que la salle de bain dont elle avait savamment entrebâillé la porte. Elle en sortit entièrement nue, dans le rai de lumière douce, se dirigea vers le minibar pour y chercher un bac à glaçons dont elle répandit le contenu sur une table basse. Puis elle s’installa sur un fauteuil, face à nous, et s’empara de notre regard émerveillé, pour le boire à chaque instant de l’intensité de ses yeux abandonnés au plaisir. Nos pupilles s’habituaient à l’obscurité. Nous distinguions peu à peu la chair de poule qui couvrit ses seins blancs, lorsqu’elle passa un premier glaçon sur sa peau, suivant la courbe pleine qui descendaient vers ses tétons à chair de framboise qu’elle humectait doucement. Sa peau avait de petits soubresauts presque imperceptibles, naissant sur sa poitrine pour affluer peu à peu dans tout son corps. Elle ruisselait maintenant de coulures d’eau glacée. Elle ouvrit ses jambes et nous offrit le spectacle des gouttes de rosées qui constellaient le satin de sa toison. Tous les glaçons fondirent les un après les autres entre ses lèvres adorables, sur son clitoris brûlant, tendu, qui semblait être le pistil d’une fleur de Lys. Nico et moi ne disions plus un mot et contemplions silencieusement ce spectacle divin. Lorsqu’elle n’eut plus de glace, elle nous rejoignit sur le lit. Les évènements prirent alors une tournure différente, et très vite je sortis du jeu. Je crois que j’aurais succombé à cette demoiselle sans réfléchir et avec grandes délices s’il n’eut fallu la partager avec mon compagnon de route, et que même si cette idée est rétrograde ou stupide, elle m’arrêta physiquement. Je quittais discrètement la piaule pour me réfugier dans une autre, et je ne doute pas que Nico, qui était un Gentleman, ait su profiter de la place vacante pour offrir l’hospitalité à cette jeune fille fort démunie.
Voilà, ma Nathalie, mon unique adultère, ma seule tromperie, que j’eus la bêtise de te raconter à mon retour… Je croyais sacrifier à l’honnêteté intellectuelle, mais en vérité je me déchargeais d’une manière bien égoïste d’une culpabilité que je ressentais de manière trouble. Pardonne-moi de n’avoir pas su garder pour moi seul ce moment de grâce, fleur du bouquet de mes souvenirs. Est-ce pour ces raisons que peu à peu, le désir s’est enfui ? Je me suis posé beaucoup de questions. Parmi toutes les chansons que tu m’as inspirées, je t’invite à relire celle-ci, écrite bien longtemps après notre séparation, et je laisse à ces quelques vers le soin d’évoquer à eux seuls les chemins tortueux de l’émancipation d’un homme.
Stances à la baise éternelle
Je me souviens encore des femmes que j'ai eues Je revois chaque pli, chaque sein, chaque fesse Chaque frisson d'oubli, chaque instant de liesse Chaque regard chargé, chaque bouche charnue Au moindre sentiment, à la moindre étincelle J'allumais le brasier de mon cœur ignorant Je cherchais des fontaines, je trouvais des torrents Je cherchais le secret de la baise éternelle
Je cherchais le secret de la baise éternelle
Je fus fort ébahi par mes premiers ébats Et nous croquions la pomme à longueur de journées Ouragans de désirs et plaisirs partagés D'un appétit charnel qui n'en finissait pas
Mais passent les saisons et revient l'hirondelle Sur la pointe des pieds Eros était parti Nous laissant aux bons soins du pied de notre lit À chercher le secret de la baise éternelle
À chercher le secret de la baise éternelle
Nous-nous dîmes adieu sans réveiller les morts Et bientôt je connus le retour de la flamme Avec d'autres splendeurs, oui, avec d’autres femmes Et claquant chaque fois tout l'argent du trésor
Dans la moindre lueur du regard de la belle À la moindre paresse, au moindre petit rien Je revoyais poindre le début de la fin Mais jamais le secret de la baise éternelle
Mais jamais le secret de la baise éternelle
Puisqu'il faut chaque fois constater l'infortune Reléguons à l'instant et à la quantité Me suis-je dit un jour qu'une m'avait quitté Et partons à l'assaut de mille nuit sans lunes
Offrons à nos beautés des fleurs artificielles Des gestes convenus, un silence établi Une fois tirés les douze coups de minuit Est-ce là le secret de la baise éternelle?
Est-ce là le secret de la baise éternelle?
Dieux des amours naissants et des jeunes idylles Sachez que vos enfants ne savent pas compter Ils ne savent pas lire dans le marc de café Que le temps bat son cours et que tout est fragile
Distribuez l'amour à petites bouchées Aux jeunes amoureux qui sortent de l'enfance Ne soyez pas pressés et offrez-leur la chance De découvrir enfin cet éternel secret
Le merveilleux secret de la baise éternelle
Prochain chapitre :
Nathalie 11 : "épilogue"
2:14 PM
Powered by  | | English | | Albanian | | Arabic | | Bulgarian | | Catalan | | Chinese | | Croatian | | Czech | | Danish | | Dutch | | Estonian | | Filipino | | Finnish | | French | | Galician | | German | | Greek | | Hebrew | | Hindi | | Hungarian | | Indonesian | | Italian | | Japanese | | Korean | | Latvian | | Lithuanian | | Maltese | | Norwegian | | Polish | | Portuguese | | Romanian | | Russian | | Serbian | | Slovak | | Slovenian | | Spanish | | Swedish | | Thai | | Turkish | | Ukrainian | | Vietnamese |
|
|