Voilà un mois que je suis au Sénégal, j'ai choisi de ne pas beaucoup bouger dans le pays pour avoir le temps de discuter tranquillement avec les gens que je rencontre et parfois de les revoir plusieurs fois. Me voilà donc toujours à Dakar.
Les premiers jours j'ai exploré les différents quartiers de la ville à pieds dans tous les sens, à la fois pour évaluer les distances mais aussi pour m'imprégner de l'ambiance générale. Il est loin le premier jour où mon hésitation m'avait amené seulement jusqu'au bout de ma rue. Cependant ma curiosité a toujours été plus importante. J'ai ainsi rencontré pas mal de gens au hasard.
J'habite à Grand Dakar, quartier situé dans la banlieue proche (je mets à peu près 1h-1h30 pour aller au centre-ville à pieds). Je continue à circuler à pieds car il y a toujours des détails à observer ou quelqu'un à qui parler. Cependant j'ai tendance maintenant à plus rester dans mon quartier car j'y ai pris mes habitudes et connais les commerants qui ne cherchent pas à escroquer le toubab et applique des tarifs normaux. J'avoue que les premiers jours, de peur de me faire arnaquer, j'avais tendance à trop négocier (moi qui croyais ne jamais y arriver!), voire réussir à négocier pour des produits qui ont des prix assez fixes (ex: boîte de concentré de tomate). Maintenant que je connais bien les tarifs, la question ne se pose plus.
Je ne l'ai pas fait volontairement, mais mon quartier a exactement l'ambiance qui me convient, assez pauvre mais avec une ambiance chaleureuse. En tout cas, en comparaison avec la Medina, quartier pauvre et avec trop de goudron, ou le Plateau, quartier agressif par le nombre de commerçants, ou encore les Almadines, quartier riche et froid...
Malgré quelques mauvaises expériences, le séjour se passe très bien. J'ai été invité dans plusieurs familles, ai rencontré des gens de différentes ethnies (Wolofs, Sereres, Peuls, Toucouleurs...). Mon but étant d'avoir une vision assez large. En vérité j'ai débarqué ici sans aucune connaissance du Sénégal (c'est-à-dire comme la plupart des Français), de plus j'ai oublié mon guide sur mon lit à Marseille. Alors je redouble de questions à chaque rencontre.
A la base, je suis venu pour collaborer avec un ami anthropologue, mais il m'a vite fait comprendre que ses rencontres ne pouvaient pas se faire avec un photographe, au risque de biaiser les entrevues. Je passe donc mes journées à rencontrer les gens par moi-même. Je tente inlassablement de comprendre les différences fondamentales qu'il y a avec les européens, en particulier au sujet de la famille, la religion et le sexe. La notion de famille est totalement en opposition avec le mode de vie individuel, et il est très difficile de l'expliquer aux gens, mais aussi de comprendre leur point de vue en retour. C'est facile d'écouter et de ne porter aucun jugemenent mais de là à comprendre...
Tout naturellement le fait d'être surpris par toutes mes découvertes s'est vite transformé en réflexions. La journée, je découvre le quotidien des gens, les échanges sont d'autant plus agréables que le wolof s'apprend assez facilement (mais je manque évidemment de vocabulaire pour faire une longue conversation, le français prend donc le relais quand c'est possible). Et le soir, je m'assois sur un tapis dans la rue avec mes voisins étudiants pour parler de philosophie et échanger des points de vue. Et quand je rentre chez moi, d'autres débats politiques, philosophiques ou totalement débiles se continuent jusqu'à 3h du mat'. Alors ma motivation pour aller discuter avec des pêcheurs à 7 h du matin s'est un peu effritée!! Je reporte donc encore à la semaine prochaine...
Comme je le disais, mes rencontres sont assez variées, ce qui n'est pas très difficile, vu qu'un bon nombre de gens viennent de tout le Sénégal voire des pays voisins (Mali, Guinée) pour aller travailler à la capitale, le niveau de vie étant relativement meilleur. Je vais voir différentes branches de professions, menuisiers, couturiers, cuisinières... J'ai également rencontré une association d'handicapés avec qui il est très ntéressant de parler. Bien qu'il y ait peu d'infrastructures adaptées, ils sont beaucoup mieux intégrés ici qu'en France. J'ai égalemnt fait un tour au poste de police. Aucun problème, il s'agissait juste de suivre un ami qui m'explique que chaque matin il va discuter avec les agents jusqu'à midi... J'ai également été invité dans un quartier pauvre à venir à une réunion de parti politique pour en apprendre un peu plus sur la société... Rencontré des familles nombreuses où le chômage est trop présent ou encore été engagé pour photographier un baptême (7 jours après la naissance) dans une famille de médecins...
Chaque jour est ainsi en permanence un renouvellement.
Bien que le poisson soit l'animal consommé en priorité le reste du temps, les moutons deviennnent de plus en plus nombreux en ville; maintenant, sur les boulevards, j'en compte environ trente chaque fois que je fais 10 pas. La Tabaski (Aït El Kebir=fête du mouton) a lieu demain et toute la ville se prépare donc à la fêter, en tout cas ceux qui peuvent s'en acheter un. En contrepartie, les gens deviennent de plus en plus tendu, et beaucoup de personnes m'abordent sous des tas de prétextes pour soutirer de l'argent, mais sans succès. Il ne s'agit pas simplement de se nourrir mais bel et bien de montrer au voisin qu'on a les moyens d'acheter un mouton, le but est de sauver les apparences quitte à s'endetter. Cependant l'islam n'impose pas de le faire si l'argent manque à la famille.
Demain, je suis invité pour photographier l'égorgement du mouton, les prochaines nouvelles commenceront donc à partir de là...
Yoan
