Le train était en gare depuis un bon moment déjà quand je me suis dit que j'aurais pu descendre sur le quai pour fumer. Je connaissais bien cette ligne pour l'avoir trop souvent empruntée et je savais qu'on resterait là jusqu'à ce que le train suivant, qui ne s'arrêtait pas, nous dépasse à toute allure. Trop tard, on repartirait bientôt.
J'en étais à penser à tout ça quand un type s'est levé en faisant un geste que je n'ai pas compris tout de suite. J'avais à peine enlevé les écouteurs de mes oreilles qu'il me lançait un "Vous pouvez baisser le son" peu aimable. Je le regardai se rasseoir, posai calmement mes affaires sur la tablette devant moi et me levai. "Vous voulez vous battre? Je crois que vous en avez besoin et ça me ferait le plus grand bien". Le type a pris un air étonné mais il s'est levé et nous nous sommes retrouvés dans le mince couloir qui sépare les sièges des compartiments, face à face.
J'ai essayé de lui envoyer mon poing dans la figure. Il a esquivé, m'a frappé dans les côtes du tranchant de la main, et la suite n'a été que baffes, coups sur le dos et dans les jambes.
Ridicule. Mais pas autant que mon arrivée, le visage meurtri, adressant un sourire douloureux à ma mère.