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Last Updated: 12/4/2009

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Friday, April 13, 2007 
Mike Sylla : "Le slam opéra, une passerelle entre les hommes, les cultures"
Music et Cinema

Installé à Paris depuis 1982, Mike Sylla est un artiste, musicien, créateur sénégalais connu dans le milieu de la mode grâce surtout à sa griffe baïfall dream. Une philosophie qui symbolise le métissage et la fusion des races qui se donne à lire dans ses créations. Il est aujourd'hui au cœur de spectacles intégrant musique, danse et théâtre. Le slam opéra. Il revient ici sur le concept et l'essence de cette expression artistique.

Comment est né le concept de Slam opéra ?

Il est venu tout simplement du fait que je suis créateur-rassembleur et surtout, j'ai beaucoup travaillé dans un esprit d'art total, c'est-à-dire mélanger les arts ensemble et leur donner une ouverture qui permet de profiter aussi bien de la mode, de la musique, de la peinture et des arts visuels en général. C'est vrai qu'au fil du temps, on a pu travailler avec des artistes de nationalités différentes, moi-même j'ai dépassé les frontières dans le concept du baïfall dream.


C'est très important pour moi car étant fils d'alchimiste, je n'ai jamais voulu me bloquer à ma culture ou me limiter à un concept seulement africain. J'ai toujours souhaité travailler sur la tonalité universelle. Je l'ai exprimé dans le concept de baïfall dream, donc le rêve des couleurs, à travers le tissu et de l'esprit du patchwork. C'est pour moi très important de pouvoir donner à la fois la possibilité de travailler aussi bien la mode que la musique et mélanger les arts. Une finalité quelque part d'aller vers la scène, de sortir du milieu de la mode et de l'amener beaucoup plus loin. On a atterri sur le concept qui est lié à la poésie et de mettre toujours en valeur le mot et surtout de donner la parole aux artistes avec qui je travaille. C'est bien beau de montrer les vêtements portés par des mannequins ou les danseurs, mais le plus important pour nous, c'est de transmettre le message qui puisse unir les artistes. C'est ce que j'appelle le concept de baïfall dream.

Le slam opéra est donc une continuité, une passerelle entre les hommes, les cultures. C'est pouvoir donner aux artistes l'opportunité de pouvoir converger sur un concept universaliste. Je n'ai jamais dissocié la musique ou la peinture ou la danse ou la poésie.

Alors quelle est la différence entre le slam tout court et le slam opéra ?

Le slam tout court c'est la poésie directe. C'est un concept qui est né aux Etats-Unis depuis le 13e siècle. Nous, à Paris, on a voulu apporter au slam plus de richesse, plus d'envergure en mettant tout autour d'autres disciplines pour l'enrichir. Donner la possibilité que la poésie soit à la fois chantée, dansée et scandée. Redonner aux poètes le sens des mots, le sens de comment ils aimeraient que ce soit vu, entendu, et lu. Le slam opéra est complètement dans un esprit d'art total qui réunit plusieurs disciplines artistiques, mais dont le message est toujours au centre.

Des valeurs montantes du slam comme Grand Corps Malade sont passées chez vous. Comment définissez-vous votre place dans cet univers ?

J'en suis le concepteur. Je suis le rassembleur. Celui qui essaie de tisser les liens entre les artistes. Je suis plus connu, c'est vrai en tant que styliste, mais je suis aussi musicien. Je suis celui qui veut donner à la poésie la chance et la force d'exister et d'être partagée. De sorte qu'on puisse la consommer tout de suite et que ça fasse du bien aux gens. C'est ce que j'essaie d'apporter à chaque événement du slam opéra. Où l'on sent à la fois la peinture, la mode, la danse. Que la poésie puisse converger d'un tableau à un autre, et qu'on la ressente à travers les différents instruments. Que les artistes travaillent dans un esprit d'«unitotalité».

Alors comment se porte le slam opéra en France ?

Naturellement bien. Après Grand Corps Malade, après John Banzaï et Souleymane Diamanka, on a eu quatre dates au Théâtre de l'Européen. Cela a permis encore à d'autres stars de sortir du concept du slam opéra. On trouve encore que le slam opéra a son rôle de pivot. Le plus intéressant, c'est de pouvoir donner la chance à ces poètes cachés qui retrouvent dans la slam opéra leur place et que ça leur donne l'envie de continuer. Que ça donne aussi au public le moyen de les apprécier et de leur donner une chance d'être aimé par d'autres. La poésie est vivante et à travers elle, on peut toucher plusieurs disciplines, aller d'un art à un autre sans complexe. Ce qui m'intéresse par exemple, c'est de donner à la mode sa place dans la poésie. Il s'agit donc de trouver cette harmonie entre les arts.

Quels sont vos projets avec les artistes sénégalais ?

Il y a un certain nombre avec qui j'ai déjà travaillé en décembre dernier. Ces artistes ont goûté et c'est parti pour de bon. Ce sera les premiers slammers qu'on a eu à former et je crois qu'on les verra sur le slam opéra qu'on fera bientôt sur René Char et Senghor. Mais le slam est présent ici. Le Sénégal est un pays de poésie. On a toujours eu de grands poètes. Il faut intéresser aussi ces artistes contemporains qui sont plus axés sur le rap. La poésie est en nous. Elle est partout. Sur les murs. Elle fait partie de nos cultures. On la vit chaque jour. C'est dans nos langues, nos traditions. A travers le slam, on peut soigner les gens. Je dis toujours qu'on a une belle chance de saisir ce concept qui est tout nouveau et qui nous permet d'enrichir notre répertoire et de hisser plus haut la barre, donner aux artistes sénégalais qui sont en France la chance de s'exprimer, parce qu'ils sont talentueux.

Vous n'en doutez donc pas, le slam va accrocher les Sénégalais ?

Absolument !

Revenons à vous, qui est Mike Sylla ?

Je suis sénégalais natif de la Médina (rue 6), où j'ai eu la chance, dès ma tendre enfance, de grandir dans la rue entre deux grandes familles de griots, de poètes donc : la maison Doudou Ndiaye Rose et la maison Ngewel. Derrière Caravansérail qui était une maison de la culture où j'ai souvent assisté à des manifestations. Médina c'est quand même un vivier d'artistes. Et j'ai eu l'occasion de baigner dans ce cadre. A Paris, j'ai travaillé dans le milieu de la mode et j'ai senti que la mode ne me suffisait pas. Alors j'ai créé un lieu culturel qui s'appelle le Téranga. On est en train de voir comment transférer nos expériences de Dakar à Paris et de Paris à Dakar et à travers le monde.

En dehors de cet environnement est-ce que vous avez connu une autre formation classique ?

Je suis un autodidacte. Je suis arrivé à la mode d'une façon intéressante, car j'ai toujours voulu travailler dans un esprit de recyclage. Valoriser la matière en lui donnant une seconde vie. Ma mode en elle-même est tradi-moderne, mais surtout vivante, car je ne veux pas la cataloguer, la fermer ou la cantonner. J'aime bien travailler dans un esprit «diversitaire» et continuer à m'enrichir par le partage d'expériences.

Vous répétez que vous êtes fils d'alchimiste. Cela signifie quoi pour vous ?

Que je suis fils d'orfèvre, de bijoutier. J'ai baigné dans cet univers de rencontre, de fusion, d'ouverture. Ce qui a peut-être amené le concept sur lequel je travaille aujourd'hui.


Maxime Déthié SENE @ LE QUOTIDIEN
Posté le Vendredi, 16 mars 2007 @ 00:30:28 CDT par moizaa