THE RONNIE ROCKETS «
That ain't nothin' but right » Les fils illégitimes de
Brian Setzer,
Gene Vincent et
Charlie Feathers reviennent en force après nous avoir fait twister sur leurs douces sonorités de leur première démo («
Hot King Size » ) et de leur maxi CD («
Crossin' the Dust » ). Des premiers efforts discographiques probants, respectueux des traditions datées du rockabilly de base, quoique encore un peu scolaires et trop timidement appliqués à leurs influences... depuis, les noirauds (aucun blondin dans le groupe, tous arborant fièrement la crinière gominée, la fibre italienne transpirant par tous les pores, le peigne coincé dans la poche arrière du jean, le paquet de clopes roulé dans une manche de t-shirt et la devise du King -
Take Care of Business- tatouée à proximité du c--ur...) ont fait de la route et enflammé plus d'une scène... ce premier véritable album est donc logiquement beaucoup mieux fagoté, 12 titres qui les catapultent dans une autre dimension, celle là même où se repaissent les rois du rock brûlant et où se dandinent leurs douces compagnes aux minois grisants...
Le trio affirme sa personnalité et élargit son champ d'action... ils optent pour une formule multi vitaminée, un rockabilly lifté, kité et gonflé aux acides aminés... ils sont allés puiser dans des racines folk, n'hésitant pas à plonger dans des ressacs vintages et cryptiques, et sur quelques passages furtifs, arrivent même à diluer un peu de fougue sixties rock... sans parler d'un héritage blues évident et toujours omniprésent. Ils arrivent donc à insuffler un petit courant d'air frais au style, balançant avec fougue ce qu'ils savent faire, avec une spontanéité débridée et un allant qui revitalise la couenne, et ce en brassant large, en variant les plaisirs...
Avec eux, on ne danse pas que sur un pied, on ne remue pas mollement du derche, on se lâche et on se déchaînent sans se soucier des claquages musculaires. Du chabada énergique à la ballade langoureuse, du rock'n'roll tonique à la surf-music réverbée et désertique, on se prend un bon coup de fouet... ils se revendiquent clairement des premières années sauvages des
Stray Cats (avant que
Setzer anime des salons de thé avec son orchestre de musiciens de baloche) et du
Reverend Horton Heat (qui était plutôt bien inspiré à ses débuts sur le label
Sub Pop, véner', wild et tendu, mais qui m'ennuie profondément depuis une poignée de disque avec un swing à billy caricatural et mou de l'entre jambe). A l'écoute de certains titres, j'irais même jusqu'à dire, au risque de les contrarier, que la mélancolie et la classe de
Chris Isaac sont bien palpables... c'est un compliment, je vous rassure... l'intro instrumentale chevauche sur les plaines arides foulées par le grand
Ennio Morricone, avec un thème qui nous colle face contre terre, allongé sous un soleil palpitant, les vautours tournoyants, dans l'attente de déchiqueter nos chairs rosâtres et calcinées pour une petite bouffe entre prédateurs...
Perso', c'est avec leurs chansons les plus lentes (les plus fines serais-je tenté d'écrire) et les moins taraudées par leur références («
Ghostly Sleepwalkers », «
Best Friend Boogie », «
Dead End Street » ) que mes oreilles se régalent le plus... à noter que quelques pistoleros locaux sont venus prêter mains fortes aux 3 loubards (Jon, ex guitariste de
Second Rate, pour un arrangement à la slide guitar ;
Dick Deun's, ex guitariste d'
Hawaii Samurai, pour un long solo nerveux et
Mike Shannon, bluesman ricain pour une envolée à l'harmonica). La pochette est classe (à mon avis le meilleur travail à ce jour de l'illustrateur
Thom Addiction), complètement en phase avec l'esprit du groupe et la teneur de ce disque... donc, du tout bon sur toute la ligne, profilé pour ceux qui n'ont pas peur de se plonger dans le rock préhistorique.
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