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Salut
Fred. Comment tu vas? Tu n'es pas devenu « dingue » après
tout le tapage médiatique organisé autour de ton dernier roman «
Un roman français »? Non ? La dernière fois qu'on s'était
vus, c'était dans un grand magasin parisien, à une séance de
dédicace, on avait discutés quelques minutes ensemble. Une amie
nous avait filmés, on peut trouver la vidéo sur Youtube et
Dailymotion. Mon idée c'était de partager avec toi quelques minutes
de célébrité, de gloire littéraire. Pour un auteur comme moi,
méconnu des grands médias, c'est important. Je l'avoue, Fred, je
t'envie. Toutes ses filles qui courent après toi, ça doit être dur
à gérer?
J'ai
toujours été fasciné par les gens « célèbres » , les
artistes, surtout. Alors, les écrivains, tu peux imaginer...On a
parlé donc quelques minutes, on a évoqué les soirées Slam à la
Coupole,
au
début des années 2000, Pilote le Hot, les people qui y ont
participé: Sapho, Jacky Berroyer, Jean-Claude Dreyfus et toi, Fred,
dont je suis fan depuis le début et dont j'ai lu pratiquement tous
les livres. J'aime beaucoup « Nouvelles sous ecstasy » et
« L'amour dure trois ans ». Je n'avais pas osé te
parler. Le fait ..oyer quelques heures des célébrités m'avait
fait perdre tous mes moyens. Cela pouvait sembler irréel.
Je
me suis contenté de dire quelques textes devant un public acquis à
la cause du Slam...
Les
slameurs ont fait du chemin en dix ans. Certains écrivent des
livres, d'autres sont dans la chanson : Grand Corps Malade, Rouda,
Souleymane Diamanka, Ami Karim,Frédéric Nevchehirlian. Certains
font les deux: Nada, Félix Jousserand...Pourquoi j'ai arrêté le
Slam?
J'ai
un sérieux problème avec la « célébrité ». Ce besoin
impérieux de « reconnaissance » est presque maladif. Je
devrais en parler à mon psy. J'avais presque trente ans quand j'ai
été hospitalisé pour « bouffées délirantes » en HP.
C'est grâce au soutien de ma famille, de quelques amis que je suis
parvenu à m'en sortir, non sans éprouver souvent quelques angoisses
. Je ne prends pas un neuroleptique pour faire chic mais parce que je
ne peux pas faire autrement. Cela ne fait pas pour autant de moi un
rebelle, un marginal.
J'essaie
depuis une dizaine d'années, en fréquentant le monde associatif, en
écrivant, en publiant des recueils de poèmes à tirage
confidentiel, à faire comment dire « bonne figure », à
être dans la norme. Mais tu vois, Fred, toucher une pension
d’invalidité, c’est bien, mais travailler également c’est
encore mieux. J'aimerais bien travailler dans l'Edition, la Presse,
la Radio, la Télé. Pas dans le Marketing où j'ai de mauvais
souvenirs. Peux-tu m'y aider?
Mais
comment faire pour se faire connaître? En écrivant sans doute des
romans.
Je
m'y attelle.
ERIC
DUBOIS