Lorsque mes paupières se sont ouvertes, j'ai ressenti comme un gant de boxe dans le diaphragme, comme une pierre dans le fond de ma gorge : j'avais perdu ma voix...
Perdu ma voix : j'ouvre la bouche, je met mes cordes vocales en vibration et... rien plus rien... Je me vois déjà, une pancarte au dessus de la tête, entre le lion qui saute dans le cerceau enflammé et le phoque faisant tourner un ballon sur son nez : la chanteuse sans voix
Je commencerais à chanter sans que jamais aucun son ne sorte du tréfond profond de ma gorge. Les gens hilares riraient à gorge déployée comme quand ils voient un clown triste tomber...
Et moi, impuissante marionnette dans ce théâtre de guignol, impuissante à protester, impuissante à prononcer la moindre bribe orale... Ils rient de plus belle me voyant m'agiter dans tout les sens : le corps pour exprimer les mots et maux...
Tout est flou et trouble comme une promenade en plein brouillard... Et la vie éveillée me rappelle à elle de toute sa force et me sors indemne des lourds méandres du sommeil... L'humanité reprend ses droits.