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Tuesday 14/07/2009 

Category: Writing and Poetry


Entre les lignes, d'abord trois textes, puis une résonance, un lien ténu, des couleurs, le souffle du vent.
Entre les lignes n'est pas l'illustration musicale de textes, ou l'inverse, mais un prolongement musical et visuel : partitions transformées en mobiles, le tout présenté et joué le 14 juin dernier.
Nous avions déjà posté un blog une étape de ce travail en commun.
Voici l'ensemble, à voir et entendre (lancez le player).




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mobiles et musique : agathe laforge
textes : hervé pizon



A une soeur

Alvéoles fermées, l’air ne passe que sur le visage éteint.
Chaleur, combustion du corps, ce corps tordu, maladroit et l’âme dansante et les rires tous entiers contenus désormais.
Nulle fuite possible, nécessaire, Salzbourg enneigée, plus de chant à tue-tête.
Des vitres de la voiture, les bas-côtés de la route sont parsemés de flamèches coquelicots et l’incendie gagne ma tête.
La branche d’églantier n’éteint pas le feu sur le taillis ; elle égratigne, entre les doigts, mes mains musiciennes.
Où niche donc le héron aux échasses inertes et maigres ?
Mon héron sanglé, ma soeur -un vase cassé- aimée. Mon héron cendré.
Dans la forêt d’arbres sacrés protégés par les guetteuses, l’armée des fourmis s’affaire. Sans moi.
Renouveau, miel ambre, ruche : je butine les fragments d'éternité des acacias en fleurs. Au vent dispersées.
Et de l’aube jusqu’à maintenant, impudique, du proche moulin à eau, on entend la musique dévoiler son grain de beauté.



Mobile

Parfois, entre les liens arrachés, les sentiments tournoient
légers, suspendus au regard vif, ils volètent avec agilité
à la souplesse du mouvement du vent en la cime de l’arbre
s’attachent aux branches jusques aux prochains automnes
de légèreté en centre de gravité tels mots chuchotés
à l’oreille de la terre, là à portée de mains, quelques notes
seules la musique et l’aubépine me piquent au souvenir de toi.


Entre les lignes

Entendre comme on crie sortis du ventre chaud,
ronde, à l’entrejambe, au col
la source coule d’ombres en lumière nue.
Arrachés à l’antre, au souvenir de l’eau si douce.
Respirer à l’air libre toutes alvéoles gonflées
sous le feuillage de l’amarante
à l’ombrage du giron à jamais perdu.

Goutte d’eau, miettes de pain sur la nappe
dent de lait sous, tête sur l’oreiller,
cognée, contre les murs anthracite, marteaux du piano.
Les souliers dévalent allègres le colimaçon
amarres larguées escale petit rat à la barre
en chaussons de danse et corps amaigri engoncé
les pointes au sol, les mains au ciel, l’index au fat.

A l’entracte des signes danser sur son dos
se toucher du bout des doigts, entremêler les peaux
oser déchirer la lettre, quelques lignes, un entrefilet
griffonner, étirer l’ombre sur la portée, bafouiller.
Entendre les non-dits au lavoir sur la pierre inclinée
linge blanc tordu, les coups de battoir, pulsation.
La musique naît du chaos puis du silence qui lui succède.

Entre les lignes, lyre : se pincer de rêver éveillé
crier l’intime de la voûte, sans ordre, en commune mesure
intuition interprétée d’une voix naturelle, tempérée
un passage échelle des sons de l’abyme du dedans au dehors.
Entendre entre les notes, la tension entre les notes
pied léger et cheville gracile, contre l’épaule droite
de la pulpe du doigt pincer l’arc au col de cygne.

Cet infime mouvement de bascule du buste vers l’avant,
puis l’épaule s’enroule liseron autour du corps sonore
qui amplifie la vibration imprimée aux cordes filées
par chaque doigt, sauf le plus petit confiant ses secrets
au creux de l’oreille : mon auriculaire m’a dit.
De bois ou de chair, si loin, si proche, se frôlent un instant
les cous dans l’inclinaison de leur repos, un effleurement.


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Agathe L. Elfassi

 
merci Hervé, infiniment

 
Posted by Agathe L. Elfassi on Tuesday 14/07/2009 - 20:37
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Jakie
Jakie Falco

 
Amoureuse des mots, quel plaisir cet accompagnement au piano!

Merci à toi Hervé, un délice à relire, ainsi qu'à vous, Agathe, pour cette merveilleuse toile!

 
Posted by Jakie on Tuesday 14/07/2009 - 23:39
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L.Artaud and Co

 
formidable moment!! merci!
 
Posted by L.Artaud and Co on Wednesday 15/07/2009 - 08:44
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Khun San

 
muse
et musique des mots...
 
Posted by Khun San on Wednesday 15/07/2009 - 12:15
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Christian

 
Merci Hervé, merci Agathe pour ce plaisir d'entendre de vous plume et "musique dévoiler (leur) grain de beauté". Un très bel ensemble, oui, où, de pulsations sensibles de mots et de notes, l'instant de lecture, d'écoute et de songe se prolonge magnifiquement.      
 
Posted by Christian on Wednesday 15/07/2009 - 22:27
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NAnou

 
Mélancolique
 

je suis en suivant les mots et la musique!
 
Posted by NAnou on Thursday 16/07/2009 - 15:38
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Le scribouilleur...©
Le Petit Scribouilleur

 
Je me suis laissé porter... Envoûtant...
 
Posted by Le scribouilleur...© on Saturday 18/07/2009 - 11:36
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André Guardiola
André Guardiola

 
Merci, cher Hervé. Je vois qu'il y a des fourmis et des aubépones jusqu'ici!...J'aime particulièrement le poétique de Mobile. De mon immobile homme, André.

 
Posted by André Guardiola on Thursday 23/07/2009 - 16:15
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babel
le babel

 
J'aime beaucoup. Aujourd'hui j'ai vu d'où me venait cette certitude que ce style était une signature : l'adjectif et l'adverbe. Des adjectifs sont en embuscade un peu partout. L'adjectif reprend, corrige. Flaubert le détestait. Je l'évite autant que faire se peut. L'adverbe : ici il n'y en a pas ou très peu. Ainsi, les choses sont qualifiées, et les actions passent après elles. J'aime tant l'adverbe que j'en mettrais trop : comme un bécare ou un demi-ton innatendu... Signatures entre les lignes :
Alvéoles fermées, l’air ne passe que sur le visage éteint.
Chaleur, combustion du corps, ce corps tordu, maladroit et l’âme dansante et les rires tous entiers contenus désormais.

Notez la différence avec "des rires tout entièrement désormais contenus".
Ce sont les choses qui règnent entre les lignes, non les actions....
Bon, je retourne à mes vacances.

 
Posted by babel on Saturday 25/07/2009 - 08:01
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hervé pizon



Last Updated: 11/17/2009

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