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Sylvie, a le bout du nez qui passe tout juste au-dessus du parapet. La famille marche en promenade du dimanche. Sylvie suit. Sylvie précède. Un mot, un autre traversent son espace sans jamais l'atteindre vraiment...grippe...bruine...impôts...repas d'anniversaire ... "Moi, je me réserverai pour le dessert" pense-t-elle. Elle se concentre à l'écoute du rythme frappé par sa semelle plastique sur le bitume du trottoir
La ligne du parapet dirige ses yeux. Des débris de mousse s'accrochent ça et là. Les auréoles jaunâtres des lichens en découpent la grisaille. Les pisses de chien détournent les pieds en promenade.
Roule déroule, roule déroule. La mer ne tient derrière aucun parapet. Ce matin, elle s'échappe d'argent et d'or gris sur les galets qui chuintent au bercement des vagues
Nuages et mer se fondent à l'horizon crevé par la découpe sombre d'un bateau en attente du port. Un sursaut de mouettes grises nées de la couleur même de la mer, anime le vent qui court au visage. Sylvie ferme un instant les yeux pour mieux en apprécier le frisson, là, tout au coin des ailes du nez. Il pince aux joues pour mieux les rougir et assèche les lèvres au goût de sel
La semelle plastique roule sur le gravier qui se défile, accroche au béton rugueux et, au long de la falaise touche le bout du monde.
Le sol se dérobe, le regard cherche ses repères. La falaise s'écrase en un tas de terre rougeâtre, les galets mutent en rochers aux proportions inquiétantes.
Pneus, ferrailles tordues, carcasses de voitures éventrées, tambours béants de machines à laver redessinés par les tempêtes. Tout pousse ici dans ce coeur de l'inutile.
Sylvie possède comme bout du monde cette vaste décharge publique des mondes du large. Elle enjambe le parapet, se tord les chevilles sur les galets.
Elle a trouvé. Ses mains se frottent au vieux pneu à moitié éventré
Elle le soulève, le pousse, le tire, y noircit ses mollets et le grimpe au plus haut de la langue de béton brise lames
Elle redresse le pneu, s'immobilise. Elle embrasse l'espace et aspire son pouvoir à grandes goulées Puis elle lâche tout. Elle ferme les yeux à l'instant de l'incertitude. Juste un instant, celui d'une petite angoisse.
Maintenant, elle regarde de ses yeux de noisette chaude le pneu qui roule, roule roule et plonge dans la mer
2:36 PM
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