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Po.m pages d'écriture

Wednesday, May 14, 2008 
Sylvie, a le bout du nez qui passe tout juste au-dessus du parapet. La famille marche en promenade du dimanche.
Sylvie suit. Sylvie précède.
Un mot, un autre traversent son espace sans jamais l'atteindre vraiment...grippe...bruine...impôts...repas d'anniversaire ...
"Moi, je me réserverai pour le dessert" pense-t-elle. Elle se concentre à l'écoute du rythme frappé par sa semelle plastique sur le bitume du trottoir

La ligne du parapet dirige ses yeux. Des débris de mousse s'accrochent ça et là. Les auréoles jaunâtres des lichens en découpent la grisaille. Les pisses de  chien détournent les pieds en promenade.

Roule déroule, roule déroule.
La mer ne tient derrière aucun parapet. Ce matin, elle s'échappe d'argent et d'or gris sur les galets qui chuintent au bercement des vagues

Nuages et mer se fondent à l'horizon crevé par la découpe sombre d'un bateau en attente du port. Un sursaut de mouettes grises nées de la couleur même de la mer, anime le vent qui court au visage. Sylvie ferme un instant les yeux pour mieux en apprécier le frisson, là, tout au coin des ailes du nez. Il pince aux joues pour mieux les rougir et assèche les lèvres au goût de sel

La semelle plastique roule sur le gravier qui se défile, accroche au béton rugueux et, au long de la falaise touche le bout du monde.

Le sol se dérobe, le regard cherche ses repères. La falaise s'écrase en un tas de terre rougeâtre, les galets mutent en rochers aux proportions inquiétantes.

Pneus, ferrailles tordues, carcasses de voitures éventrées, tambours béants de machines à laver redessinés par les tempêtes.
Tout pousse ici dans ce coeur de l'inutile.

Sylvie possède comme bout du monde cette vaste décharge publique des mondes du large. Elle enjambe le parapet, se tord les chevilles sur les galets.

Elle a trouvé. Ses mains se frottent au vieux pneu à moitié éventré

Elle le soulève, le pousse, le tire, y noircit ses mollets et le grimpe au plus haut de la langue de béton brise lames

Elle redresse le pneu, s'immobilise.
Elle embrasse l'espace et aspire son pouvoir à grandes goulées
Puis elle lâche tout.
Elle ferme les yeux à l'instant de l'incertitude. Juste un instant, celui d'une petite angoisse.

Maintenant, elle regarde de ses yeux de noisette chaude le pneu qui roule, roule roule et plonge dans la mer


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Tanies
Tanies H

 
Un superbe texte, mais pour moi un peu gâché par l'image : j'ai du mal à lire !
Et chez moi, ça met des plombes à télécharger... même pour le commentaire !!!! Help !!!
 
Posted by Tanies on Wednesday, May 14, 2008 - 3:17 PM
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Po.M
Mireille Delrieu

 
c'était un essai, je mets le texte sans l'image
Merci de ton aide
 
Posted by Po.M on Wednesday, May 14, 2008 - 3:21 PM
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Cedroide

 
Il paraît qu'il y avait une image. De toute façon, elle n'était pas nécessaire. J'ai vu comme si j'y étais tout le film de ce poème, et c'était un film total, en odorama, en toucherama, en souvenirama. J'ai repensé aux tongues roses délavées de mes petites cousines, aux après-midi qui s'étirent au soleil. Tu me rendrais nostalgique même des déchets qui trainaient sur les plages de mon enfance. C'est dire si ton art est pervers. ;-)

Rien que cette phrase est à tomber:
"Roule déroule, roule déroule.
La mer ne tient derrière aucun parapet."
 
Posted by Cedroide on Wednesday, May 14, 2008 - 5:02 PM
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milady write

 
vraiment bien écrit, on pousse avec cette petite fille le pneu à la mer!
 
Posted by milady write on Wednesday, May 14, 2008 - 7:34 PM
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ChAtPeRcHé
Pascal Chatelain

 
Quel énergie, tout est ici mouvement et travail sur les coprs, sur la matière... Un peu comme dans la peinture de V. Van Gogh !
J'aime, comme en contrepoint,la légèreté de Sylvie :
"Sylvie suit. Sylvie précède.
Un mot, un autre traversent son espace sans jamais l'atteindre"
Ce texte poétique est une giffle pour tout amoureux de la belle écriture. J'en suis !
 
Posted by ChAtPeRcHé on Wednesday, May 14, 2008 - 8:58 PM
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Tanies
Tanies H

 
Ah... Oui, vraiment mieux, maintenant je peux déguster ce texte sans avoir à cligner des yeux... J'adore ta mer, on s'y sent vraiment, c'est superbement rendu !!!
 
Posted by Tanies on Thursday, May 15, 2008 - 7:37 AM
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Aphrael

 
Le texte est beau, mais je crois que je ne comprendrai jamais les gens qui viennent se débarrasser de leur fatras dans la nature, qui est si belle quand elle est sauvage.
 
Posted by Aphrael on Thursday, May 15, 2008 - 6:41 PM
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Po.M
Mireille Delrieu

 
En fait c'est la décharge de la mer qui rapporte au cours des tempêtes ce que les hommes y ont jeté (fleuves, bateaux etc.)
 
Posted by Po.M on Thursday, May 15, 2008 - 8:36 PM
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Franck Zerbib

 
Petit bijou et gros bisous !
 
Posted by Franck Zerbib on Wednesday, May 21, 2008 - 10:06 AM
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André Guardiola
André Guardiola

 
Quelles images, dont la dernière!
 
Posted by André Guardiola on Thursday, May 22, 2008 - 7:29 AM
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Rébecca
Rébecca Alméras

 
Lorsque j'étais petite nous vivions dans un coin de Marseille un peu éloigné, et les voitures volées faisaient leur plongeon nocturne dans "notre" calanque... alors le fun était d'aller plonger la recherche de "trésors" bien minces...polluées déjà les mers..
 
Posted by Rébecca on Thursday, May 22, 2008 - 7:30 AM
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Po.M

Mireille Delrieu


Last Updated: 10/28/2009

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