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Psalmodies Journal d'une femme de cendres

Yaël

Yaël Hirsch


Last Updated: 9/8/2009

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Tuesday, February 03, 2009 
 La nouvelle adresse du blog est www.femmedecendres.com
Vous y trouverez critiques de films, poèmes et ma vie à NYC.

Voici quelques textes frais, plutôt "créatifs"

Manent



En ce moment je
reçois des lettres bizarres où l’on rêve de moi. Moi-même, j’envoie des
cartes culottées où j’invite un homme à coucher avec moi. Mais il y a
une seule missive qui ne se lira pas : elle risquerait de découdre le
fil barbelé sur lequel repose bien droite, l’amitié.

Cher Fred,

Je me suis bien comportée lors de ce déjeuner d’adultes où la gravité
l’emportait sur l’émoi. Avant tout, dans la porte d’entrée, t’ai posé
deux gros baisers sur les joues pour sceller notre amitié. Puis, bien
attablée, je t’ai écouté, et je me suis retenue de crier. Pendant que
tu parlais, que tu disais que tu ne pouvais pas, pour t’encourager à
nous condamner au raisonnable, et à éclater la possibilité d’un nous,
j’ai entrelacé nos doigts avec fermeté. Puis te relayant très vite au
créneau des banalités qu’on dit et que l’on croit, je t’ai confié que
cette liaison n’était pas digne de nous, et qu’elle ne nous satisferait
pas.
J’ai fait la femme raisonnable, éthique, appliquée et suffisamment
éloignée pour que tu me croies un peu juge de nos comportements sans
éclat. J’ai même été dure même avec toi, en déclarant que quand tu
étais quasi-nu à mon côté j’avais peur que tu meures, et que je m’étais
sentie vide et sale quand tu étais parti, ce jour là. Je t’ai aussi
rassuré : je n’étais pas fâchée, juste un peu déçue par un comportement
humain, trop humain, de la part d’un homme que j’admirais. Mais il y
avait quelque chose à sauver : nos chastes repas d’autrefois, quand le
pas n’avait pas été passé. Je t’ai laissé encore un peu t’exprimer,
avec tous ces fantômes lourds dans ta voix, puis j’ai fait pour nous
libérer un joli speech sur Maurice Sachs.
Mais en vérité, j’étais, comme la dernière fois, paralysée :
engoncée dans une morale de bois, à nouveau incapable de manger quoi
que ce soit, ayant vomi toute la nuit sur ce qui devait se passer,
j’avais assez d’énergie pour faire semblant, paraître raisonner. Mais
au fond, j’étais malade comme un chat dans la discrète solitude de ce
combat. Nous avons marché, mentionné comme si de rien n’était poètes et
hommes d’état. Je t’ai laissé filer sur une promesse de cinéma et la
certitude fragile que rien n’était brisé, que nous revenions en arrière
comme des magiciens béninois. J’ai encore fait quelques pas, et puis me
suis écroulée sur le quai de métro, lâchant des ficelles d’eau salée
sous mes yeux gondolés, sans craindre que l’on se moque de moi. Je
n’avais pas eu de larmes depuis plus de six mois. Les dernières, c’est
mon père qui a su les arracher.
Cela fait trois heures que je pleure sans discontinuer, assise sur
un sol qui semble se dérober, sans plus aucun désir devant moi.
Étranglée de peur et malade d’obscurité, je refuse en vain cet avenir
de solitude qui se dégage bien droit. Petite fille au cœur brisé, je
vois l’espérance s’envoler avec la foi. L’injustice me fait plier : je
voudrais tellement que quelqu’un enfin s’occupe de moi. Mais muse sur
l’étagère et infirmière en bas, je dois toujours être forte pour deux,
voire pour trois.
Amitiés, donc,
Yaël

Les corps de New-York



Hier, en
sortant du sauna, j’ai eu une envie irrépréssible de Seitan, cette
drôle de protéine d’origine végétale assez difficle à mastiquer. J’ai
donc appelé Danny mon conseiller spécial es nourriture végétaliene et
me suis régalée de légumes chez Gobo. En fait, privée de bon sancerre
et de steack tartare je suis de plus en plus attirée par les mets dits
“sains” dont la ville regorge : algues, quinoa, combucho (affreux thé
moisi chinois aux vertus soit-disant purifiantes) etc… Et en bonne
Française  attachée à son vin et son fromage, je me moque de moi-même
en de pareilles occasions… Je me sens même légèrement ridicule. Et
pourtant, je dois dire que je prend un plaisir non-feint à côtoyer en
touriste ce monde fascinant qui veut conserver sa santé et s’économiser
au maximum. Puis je me reprends, je me dis que c’est la meilleure façon
de passer à côté de la vie en attendant (plus longuement, certes) de 
mourir de quelque chose…
L’épicurienne vulgaire que je suis (je ne limite certainement pas
les plaisirs non naturels et non nécessaires, ce sont ceux qui on le
plus de goût) se heurte au même problème au cours de Yoga. J’ai une
relation ambigüe à cet exercice qui me ressemble tellement peu (Mon
truc c’est plutôt un bon body combat, des coups de pieds et poings dans
tous les sens pour finir dans une flaque d’eau et retourner pleine
d’adrénaline à mes livres). Mais comme disent nos amis allemands “wenn
schon, denn schon”: si déjà je suis à New-York, je me suis fait un
point d’honneur à essayer le sport cliché des locaux. Au-delà de la
discipline qui- mal placée- me fait peur (la volonté est une chose
effrayante, comme une machoire de chien qui ne pourrait lâcher prise),
je dois dire que l’après-yoga ressemble fortement à l’apesanteur gorgée
d’energie qui fait suite à l’orgasme. Un plaisir à prendre donc. Mais
qui coûte cher. Le “tapis” du yogi me met systématiquement face à
toutes mes contradictions, c’est-à-dire celle de l’esprit et du corps.
Et plus l’esprit s’irrite de ne pas tordre les membres dans
d’incroyables positions, plus le corps se bloque et perd l’équilibre.
Le blabla qui m’aurait fait hurler de rire il y a six mois : être doux
avec soi, répéter le mantra “je suis pleine et entière et belle dans un
corps parfait et je me remercie moi-même de si bien travailler”,
m’apporte fait beaucoup de confort. Il me détend et rend l’heure et
demie de convulsions plus acceptable. Qui plus est, j’ai l’impression
qu’on oublie pas. Je ne sais pas de quoi j’étais plus fière hier :
avoir fini mon plan de thèse ou être parvenue après un mois d’arrêt à
faire et refaire le poirier, le quasi grand-écart, ou passer mes bras
autour des cuisses pour les enlacer. Il y a là une sorte de révalation
que je ne veux pas trop voir car cela entraînerait des heures et des
heures d’exercice et des complications très peu rationnelles. Mais plus
j’avance et plus je m’éloigne des remèdes traditionnels utilisés dans
la maison d’un chirurgien : aspirine, alcool iodé, antibiotiques et
bistouri, pour soigner mes petits bobos physiques et moraux. Espérons
que mon sens de la dérision ne me lâchera pas et que je ne finirai pas
en pâture aux gourous. Mais ce qui me désespère, c’est que j’ai bien
l’impression que le corps a une mémoire et une volonté propres et qu’il
faut lui parler avec une douceur et un cucul-la-praline que je
n’oserais même pas dispenser à un enfant en bas-âge.
Pour couper la poire en deux, sans me priver ni du yoga, ni du
steack-frites, je crois bien que je vais mettre ma discipline et mon
oreille intuitive au service d’une jolie cause : enfin apprendre à
danser le tango. Après la gym (eh oui encore, je suis une junkie), ce
soir, j’ai rejoint un ami complétement mordu à un bal où les couples
dansaient avec grace. Tous mes souvenirs de Buenos aires me sont
revenus avec violence et surtout celui-ci : l’idée géniale des latinos
de ne pas morceler l’humanité en classe d’âge. En Argentine, comme à
Bogota, les  enfants sortent avec leurs parents, qui se retirent vers
les deux heures du matin après avoir dansé. Au bar de tango ce soir,
les couples avaient parfois des dizaines d’années d’écart et c’était
merveilleusement beau. Par ailleurs New-York oblige (il n’y a pas de
société plus blanche et uniformément maigre et parfaitement stéréotypée
que les gens de Buenos-Aires), il y avait aussi bien des russes que des
argentins, des noirs, des jaunes et des blancs, des new-yorkaises en
pantalon noir maigres à faire peur, et des portoricaines voluptueuses.
Et aussi, incognito mais immédiatemment reconnue par deux petites
parisiennes cinéphiles : Isabella Rosselini. Bref, j’ai un guide, sinon
un professeur et devrais suivre mon faux premier cours de Tango (oui
j’ai essayé en argentine et aussi sur les toîts de l’école Normale à
Paris).

Lascia la spina



Epaule rebelle

Apprends-moi la lenteur

Cache le chas des prunelles

Laisse-moi t’étendre en chantant

Attachant les doigts de la peur.

 

Sans un poinçon de sang

Je veux la paix du joueur

La peau-testament

M’attarder en fouillant

Les tarots tâtonnants

Et manger, maquerelle

La promenade des sueurs.

 

Bouche-ménestrel

Epelle-moi crus et sans gants

Les mots mauves et moussants

Apprends à mes bras laboureurs

L’attente du serpent

Sa nudité au goût de sel

.Et ses longs mouvements

Où s’émeraudent les heures.

 

La fessée viendra certainement

Ses fascinantes griffes de sœur

Fardant le dos de dentelles. .

 

Mais  viens, il est encore temps

Dans une bataille-lueur

De cheveux survivants

Etouffés de cannelle.

Apprends-moi en connaisseur

Le don sans divertissement.

 

Elève-moi loin

Echappe-moi en croyant

Refais-moi à nouveau enfant,

Apprends-moi la lenteur.


Vigidités



Licencieuse paralysie

Où la peur vient étrangler

Les morsures de l’envie.


Je sais dire non,

Mais pas d’emblée.

La gamine de granit

Est trop éprouvée pour ceci :




Recommencer

Corps et bouche liés

Mentir le jeu,

Le manège enneigé

Où l’amitié  fane sans ses fruits.





Mes jours sont rongés



Qui voudra m’épeler

La peau gracieuse de la vie ?

Gratter les nombreux souliers

Salissant les trahis?

Rendrez-vous le blanc effronté

A la veuve des « et puis ? »


Epuisée, quoi de mieux ?

Rature, inanité, ennui

Le bonheur est poreux

Quand le biais est mal pris.



Je fonds à nouveau

Pour les faiblesses aguerries,

De ceux qui savent regarder

Obliquement

Le miel et le céleri.

Banalités !



Ce qu’exigent les esprits :



Je survivrais,

Femme enfin accomplie.

Si la solitude se fait chapelet

Libérant l’empathie

Pour laisser place au vrai :

L’enfermement d’une famille.


Monday, December 08, 2008 
Pour aller voir les derniers articles sont art basel à miami, voici la nouvelle adresse :

http://femmedecendres.com/
Friday, November 28, 2008 
Le nouvel opus des frères Cohen est une suite de quiproquos qui manque
un peu de tenue. A réserver aux fans de leur univers déjanté qui
auront, en bonus un Brad Pitt parfaitement à rebours dans son rôle de «
Dude » et un Malkovitch toujours excellent.




Après leur géniale fresque sur la violence du pionnier en Amérique
profonde dans « No country for old men », Joël et Ethan Cohen
reviennent en milieu plus urbain.


« Burn after reading » est
une histoire de sombre quiproquo entre un agent de la CIA licencié
(génial John Malkovitch) et deux membres du staff d’un club de gym de
la banlieue de Washinton (Brad Pitt et en grande forme pour son retour
dans un film des frères Cohen depuis « Fargo », Frances McDormand).
Tout le monde couche avec tout le monde, sous prétexte que Frances
McDormand veut passer sur le billard pour redevenir jeune et trouver un
mari, tandis qu'un CD de données oublié à la salle de sport donne lieu
à u jeu de piste délicieusement absurde qui mène jusqu’aux portes de la
toujours terrible ambassade russe.


Moquant avec talent à la
fois la rue et les coulisses de la haute diplomatie, les frères Cohen
livrent un film divertissant, reposant largement sur de très talentueux
acteurs. Mais ils ont du brûler le script avant de le lire !
Heureusement, « Burn after reading » est court et n’a pas le temps de
lasser. A voir, ne serait-ce que pour la première scène dans les
couloirs des bureaux de la CIA où la caméra suit les jambes raidies des
fonctionnaires pour découvrir le visage hirsute et colérique de John
Malkovitch.



Joël
et Ethan Cohen, « Burn after reading », USA, 2008, avec George Clooney,
Brad Pitt, Frances McDormand, John Malkovitch, 1h35.



Friday, November 28, 2008 



New-York dans une fenêtre

De loin, le poing du vent

Et la gorge en salpêtre.

La toux, cet étourdissement.



J’ai joué sein contre dents

Et chanté, sans vêtements

Pour retrouver entre les hêtres

Ma langue sans ancêtres

Et si libre des chuintements.




Cheminements sans lettres

A cheval sur un talisman.

Contredanse mesurée

Aux lacis si champêtres.



La nacre à calé

En soubassement.

Et je commence

A négocier, maître après maître.

L’origine des commandements.




J’écris et tu interprètes

Comme si j’encastrais

Couteau au flanc.





Je devrais m’arrêter

Peut-être ?

Prendre  un fiacre, un bus, un mètre

Pour mesurer l’usure salée

De futurs errements.



Le bal a basculé

Sur une balustrade ouverte

Béance d’esseulement.


Nous perdons pieds

Les doigts sans sceptre

Carte du tendre

Sans ferment.




A force de tout régler

Au menu des gros êtres

Nous oublions d’être gourmands.



Ventre bas, rein d’esthète

L’ordonnance a sonné

Ce pouvoir est enivrant.


Nous classons sagement

L’avenir des hommes sans tête

Dans d’hermétiques cercueils blancs.



 

Tuesday, November 25, 2008 


Ce premier week-end seule à New-York s’est plutôt très bien
passé. J’ai plein de victuailles dans mon frigidaire, fruits des doggy bags
laissés par mes hommes, qui n’hésitent pas non plus à m’offrir des fleurs.  Il y a un mois que le vase ne désemplit pas ;
et moi qui n’avais jamais plus prêté attention à détail depuis que mon
grand-père ne m’en offre plus, je dois dire que c’est bien agréable. Je suis
tellement heureuse qu’au milieu du concert de John Zorn, ce soir j’ai réalisé
que je n’avais aucune envie de rentrer à Paris pour Noël. Légèrement amoureuse
d’un Luftmensch génial, je régresse dans des litres de musique baroque
empruntée par dizaines de CD à la bibliothèque de musique de Columbia. Samedi
et dimanche j’ai rencontré deux professeurs. Deux puissantes rencontres. L’une,
humaine avec un grand homme âgé, qui continue à écrire à 86 ans dans une
solitude qui m’a serrée le cœur. Comment peut-on laisser un tel trésor livré à
lui-même ? L’autre, brève et intense avec un jeune universitaire aussi sec
que profond dont le livre sur Levinas m’a durablement impressionnée. Les deux
universitaires étaient juifs, évidemment. Au programme des réjouissances :
un Chaplin qui réchauffe le cœur samedi dans un cinéma d’art et d’essai, une
soirée dans le monde du textile, chaleureux et simple, vendredi, et une amitié
qui se creuse avec mon ami juif syrien. J’ai aussi essayé pas mal de bars et
restaurants branchés : le rouge et bordélesque Madame X, sur Houston,
vendredi, l’asiatique et sculptural Tao hier et le bar feutré du Carlyle ce
soir. Autre belle rencontre : un étudiant suédois qui enseigne le Français
à Columbia et travaille sur théâtre et droit au XVII e siècle. Je crois que
c’est la première fois qu’on m’a dit « tu es belle » en suédois.
Rafraîchissant. Moins drôle : j’ai corrigé une cinquantaine d’essais de 5
pages sur Rousseau ce week-end. Avec, heureusement, le soutien rythmé de
Vivaldi et Haendel. Bref, la nave va !




Tuesday, November 25, 2008 
Dimanche et lundi, le Peter B. Lewis Theater du Musée Guggenheim de
New-York accueillait le compositeur John Zorn pour la création mondiale
de son « Chir-Ha-Chirim » (Le Cantique des Cantiques, en Hébreu).


Détendu dans son pull à capuche et son baggy militaire, le compositeur
de « Cobra » faisait jouer pour la première fois son « Cantique des
Cantiques » à New-York, dimanche. L’œuvre principale est un quintette
de voix de femmes, avec deux récitants énonçant le texte sacré en
Hébreu datant de 2007. Pour accommoder cette partition inventive d’une
demi-heure aux besoins d’un spectacle en soirée, le compositeur l’a
précédé d’une création instrumentale sur le même thème, plus
mélodieuse, et instrumentale (2008).


L’ambiance
était décidément aux mélanges des cultures, sous la baguette de John
Zorn, au Guggenheim. La version instrumentale du « Cantique des
Cantiques » étant exécutée par une harpe dans la pure tradition
orientale de la danse de Salomé de Strauss, un xylophone qui ancrait la
pièce dans un répertoire résolument contemporain, une basse aux solos
très jazzy probablement essayés dans la boîte de Jazz de Zorn : "The
Stone", des percussions sableuses aux accents de bossa nova, et un
violoncelle qui oscillait entre du Bach et du Kleztmer. Pour cette
première pièce, le dialogue des musiques a complètement fonctionné,
faisant grimper le folklore oriental vers les hautes sphères de la
création classique contemporaine.


Pour la deuxième partie, qui
était le plat de résistance, le syncrétisme a fait fausse route, les 5
voix de femmes ne choquant pas par leur atonie, mais plutôt par leur
paganisme pour un texte que Zorn voulait placer dans un contexte juif.
La performance simultanée de la troupe de danse cambodgienne Khmer Art
a encore brouillé les pistes, amalgamant la partition à une antique
danse païenne où la méditerranée et l’Asie se trouvaient animés par des
esprits malins et discordants. Ce malgré, la grâce exotique des
danseuses. Dans l’ensemble, cette performance était très intéressante,
séduisante par moment, mais trop œcuménique pour ne pas paraître
brouillon. Voici, pour patienter avant la sortie de ces deux pièces
musicales en CD un morceau de bravoure sur la résistance des Hébreux à
Masada.



 



Plus d'infos sur John Zorn sur son myspace.
Le compositeur sera présent le 25 février prochain à la Salle Pleyel pour un hommage à Serge Gainsbourg.
Monday, November 24, 2008 


Ils n’ont pas le sens du temps....

Sensibilité minérale....

De ceux qui travaillent....

Pour l’éternité du cristal.....

.. ..

Postérité sans lettres....

Des nouveaux monuments.....

Entre deux bras, le vent....

Et l’âge qui s’empale....

Au bois vert des vieilles balles.....

.. ..

Ils ne sentent pas le changement....

Quand l’archange est passé....

Sur les cristaux sans graal....

Gémit un ennui violent.....

.. ..

Le retour est un mensonge obsédant.....

.. ..

Pétulante clarté....

D’une éternité trop bannie....

Pour vivre vraiment.....

Et l’on aboie en l’air....

Face à d’éternels enfants.....

.. ..

Ils ne comptent pas les tourments....

Toujours près à refaire....

Ces bons vieux serments.....

Ils les croient sans mal.....

.. ..

Et pourtant.....

On reste seule vestale....

Avec ces prompts embrasements.....

.. ..

Les perles noircissent dans le val.....

Parcours crevassé des plaies sentimentales.....

Un an a passé, deux maitresses, quatre amants.....

L’innocence a éclaté dans sa corolle trop pâle.....

Et l’on est déjà plus les mêmes : l’on ment.....

.. ..

Le futur édenté sourit jusqu’ au sang.....

.. ..

L’ennemi enfonce dans la boue sale....

Les étoiles des commencements.....


Sunday, November 23, 2008 
Qu’est ce qu’une femme aveugle ?
Elle crie au lieu de parler
Beugle son bonheur
A qui veut bien écouter.

Les glouglous glaçons
De décembre
Ecorchent sa couleur.
Rouge cendre.

Dans un taxi jaune,
Les regrets
La mélancolie rougissante
Des plaisirs frôlés et écartés


Qui va les prendre ?

Quand l’envie vient
Des idées rugissantes,
L’époque se tord en V
Violence des cœurs apaisés


Vierge à nouveau
La femme sans nez
Prend patience
Et se tait.

L’ombre, lascive tourmente
Gratte les pores de la plaie.


Encre brune des vapeurs
Ivre de ne point céder
Pour une peau rougissante,
A ne caresser ni de loin
Ni dans l’après.

La rousseur n’a qu’à descendre
Malgré la peur, malgré le laid.
Le lait des têtes est sans ventre
Sans bouche pour aspirer
Et sans bras pour comprendre.

 L’obscurité est observante
Quand surgit l’intérêt.

Face à une lune saisissante,
J’expire, enfin inspirée.
Une main s’est tendue
Sans rien entreprendre
Une âme sera peut-être sauvée.

J’écris dans le noir
Privée de scaphandre
Pour plonger en fumée.


Le temps a commencé
Sa valse lente des attentes.
Lettres non parvenues
Et déjà déchirées.

Les pavés battent
Une mesure absente
Au métro fou
Des ferrailles périmées.

Je suis à qui veut m’étendre
Et m’étourdir de graviers.


Thursday, November 20, 2008 

Semaine à nouveau riche en rencontres dans un New-York un peu ralenti par les zéphyrs de l’hiver. Mais le froid ne m’a pas arrêtée grâce à mon meilleur ami : un grand manteau de fourrure 100 % sentier. Eve est partie aujourd’hui, après trois mois de compagnonnage qui ont fini de nous lier. Avec Eve à la maison, j’ai eu l’impression d’avoir une sœur pour la première fois. Et tout ce qui va avec : échanges de fringues, discussions nocturnes sur les hommes ou sur l’avenir des associations juives en France et aux Etats-Unis, et bien sûr ces pointes vivifiantes d’énervements qui vous saisissent quand vous connaissez trop bien quelqu’un. En l’aidant à descendre sa grosse valise rouge pour rejoindre le taxi que je lui ai commandé direction l’aéroport, j’avais vraiment du mal à croire que nous ne nous sommes rencontrées qu’en mai dernier sous le soleil dur et poussiéreux de Jérusalem. Sa soirée d’adieu a eu lieu lundi, où le mélange des genres et des gens était assez explosif. Attablés au café Le monde, il y avait aussi bien de brillants étudiants internationaux que des juifs français séfarades dont l’univers se limite à la finance. Hier, nous l’avons fêtée en plus petit comité. D’abord en buvant trop de champagne au lancement très chic d’une voiture électrique avec une semaine d’autonomie et un design ultra-chic. Puis dans un restaurant iranien, délicieux au point que j’étais ivre de riz. C’est étrange, tout se rejoint : Eve est passionnée de civilisation perse et ma meilleure amie d’adolescente était iranienne. Alors, malgré moi, la langue, la nourriture, et le raffinement perses me sont étrangement familiers. J’ai aussi pris la décision solennelle de m’activer autant à New-York qu’à Paris, et qui m’aime me suive. Dans le week-end j’ai ainsi vu deux opéras, dont un seule, un film (euh le James Bond, c’est pas non plus toujours de la haute culture avec une cuiller à soupe, comme disent les allemands), deux expositions –traversant à chaque fois avec émerveillement un central park aux couleurs caramélisé par l’automne), et une pièce de théâtre (avec une Kristin Scott-Thomas exécrable dans la Mouette de Tchékhov, n’ayant pas encore trouvé de copains comédiens, je ne sais pas quoi choisir sur Broadway). Ma vie universitaire avance, de rencontre en rencontre et de livre en livre. Cette semaine, j’ai douillettement dormi à la conférence de Charles Taylor, un des papes de la théorie politique, qui était soit très fatigué, soit un peu sénile. En revanche j’ai été très impressionnée par les deux conférences données par Quentin Skinner sur la liberté. Au-delà de ses talents de rhéteur, et de son charme anglais (la copine qui m’accompagnait s’est soudain senti l’envie de manger des chips au vinaigre et de faire du shopping chez Vivien Westwood), la connaissance encyclopédique était là, et le puissance de l’analyse aussi. C’est très vivifiant. Le dîner qui a suivi avec la professeure dont je suis l’assistante et un adorable post-doc belge a aussi été très stimulant. Ce soir, je bois un thé avec mon auteur vivant préféré : Arnon Grunberg et ce week-end je dois rencontrer deux professeurs, dont Peter Gay, né en Allemagne, exilé car juif et spécialiste de Freud et de la République de Weimar. Niveau sport tout va bien aussi. Le yoga est un exercice difficile, parce qu’il faut être doux avec soi, ce que je ne sais pas faire. C’est seulement en laissant couler ma fatigue hier, et mon incapacité à faire certains mouvements que j’ai pu à la fin réussir un équilibre. En bref, New-York me réussit au teint et au moral, et last but not least, je crois que j’ai trouvé Où j’allais commencer à écrire ma thèse dans deux mois : la bibliothèque de musique a non seulement une collection qui me nourrit à l’intérieur, me purifie (la musique baroque est toujours ma dialyse cérébrale préférée) mais aussi un havre de paix et d’inspiration.

Wednesday, November 19, 2008 

Le Français fait partie des artistes contemporains représentés dans l’exposition theanyspacewhatever qui a envahi l’illustre rampe du musée Guggenheim de New-York. ....

Sa contribution consistait en un « vernissage » où le musée était plongé dans le noir et où les visiteurs armés d’un bandeau à ampoule éclairaient eux mêmes le musée.

Guggenheim Huygues


                                 Le Guggenheim "au naturel"

Pierre Huygue a ainsi transformé pour deux heures la longue rampe imaginée par Frank Lloyd Wright pour le Solomon R. Guggenheim Museum en une ascension stellaire. Porter sur son front la lumière qui permet d’éclairer les œuvres des autres artistes contemporains change complètement la perspective du visiteur.

C’est à la fois un jeu, une espèce de grand cache-cache dans le noir et une quête pour voir de soi-même ce qui est normalement offert au regard. C’est aussi une expérience à plusieurs, où les mouvements des autres visiteurs changent le panorama, les jeux d’ombres transmuant les œuvres des autres artistes.

A quand un grand paintball au Louvre ?

Guggenheim Huygues


     Le Guggenheim dans la pénombre stellaire de Pierre Huygue.


L'exposition Theanyspacewhatever réunit les installations de Angela Bulloch, Maurizio Cattelan, Liam Gillick, Dominique Gonzalez-Foerster, Douglas Gordon, Carsten Höller, Jorge Pardo, Philippe Parreno, et Rirkrit Tiravanija.